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Antillais convertis à l'islam: "Ce n'est pas une démarche militante"

C'est le dossier de la semaine sur La1ere.fr: Qui sont ces Antillais qui se tournent vers l'islam? Pourquoi choisir de se convertir, quelles sont les conséquences, comment l'entourage le perçoit-il? Plusieurs sociologues répondent à ces questions.

La grande mosquée de Paris © MICHEL SETBOUN / PHOTONONSTOP
© MICHEL SETBOUN / PHOTONONSTOP La grande mosquée de Paris
  • Par Maïté Koda
  • Publié le , mis à jour le
Les Antillais qui se convertissent à l'islam sont-ils de plus en plus nombreux? Dans l'Hexagone, ce sentiment prédomine, bien qu'il ne soit pas appuyé par des chiffres.  Aucun registre ne comptabilise le nombre de conversions à l'islam, qui peuvent avoir lieu à la maison comme dans une mosquée.
"Pour se convertir, il suffit à la personne de réciter la chahada devant deux témoins", rappelle le sociologue Loïc Le Pape, auteur de nombreux articles sur la conversion et l'engagement religieux. "Le chiffre de 4 000 convertis par an en France,  avancé par les renseignements généraux semble être une estimation plausible, mais ils sont invérifiables."
 
Agathe Chamou Larisse, étudiante à l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) s'est intéressée lors de son master 2 aux originaires des Antilles installés en Ile-de-France qui font le choix de se tourner vers l'islam. Elle confirme qu'il est impossible d'établir un chiffre précis. "J'ai rencontré un jeune de quinze ans qui s'est converti dans sa salle de bain, en se cachant de ses parents", souligne-t-elle.
 

Questions existentielles

Pour rédiger son mémoire, Agathe Chamou Larisse, a  rencontré 24 convertis, tous originaires des Antilles. Et tout autant de parcours différents. "Certains sont véritablement en quête de spiritualité. Ils ont, de par leur éducation chrétienne, un sens du religieux prononcé, mais cherchent à obtenir des réponses à des questions existentielles", souligne-t-elle. Parfois, les parcours s'apparentent à de véritables introspections, avec des étapes menant vers le bouddhisme ou le rastafarisme.
 
Le Bumidom aidant, nombre d'originaires des Antilles  se sont retrouvés dans l'Hexagone dans le but de décrocher un emploi. "Beaucoup de familles se sont  installées dans la banlieue parisienne, dans des zones où l'islam est le plus dynamique, du fait d'une forte présence d'origine maghrébine. C'est ainsi que de nombreuses interactions se sont créées", précise Agathe Chamou Larisse.
 

Autant de convertis que de conversions

Conversion relationnelle et conversion spirituelle, les deux s'entremêlent souvent, et ce, quelque soit l'origine géographique du converti. Il n'est pas rare que la quête spirituelle s'accompagne de discussions et de réflexion avec un entourage musulman. "Il y a autant de convertis qu'il y a de conversions", précise  Franck Fregosi,  directeur de recherche au CNRS.
 
Il reste effectivement très difficile, voire impossible d'établir un profil type de ces convertis Antillais. Ce sont souvent de jeunes adultes, de toutes origines sociales. Pourtant, comme chez la majorité des convertis, un certain déterminisme social subsiste quant à la voie adoptée. "Les jeunes adolescents sont très rarement attirés par le soufisme, note Franck Fregosi; Cette voie, plus mystique, attire plus les personnes plus mûres, avec un certain capital culturel. A l'inverse, les personnes avec une bagage intellectuel plus faible seront davantage séduites par la dimension de justice sociale et de communauté de l'islam".
 

"Ce n'est pas une démarche politique"

Dans l'Amérique ségrégationniste, adopter l'islam revenait à exprimer sa singularité et à rejeter la religion du dominant. C'est ainsi, dans un contexte d'oppression envers les Afro américains, qu'ont émergé les Black muslims et la figure charismatique de Malcom X.  Dans l'Hexagone, les originaires des Antilles sont souvent renvoyés à un ailleurs lointain.  Pour autant, chez ces convertis , le choix de l'islam n'est pas politique. "Il n'y a pas de militantisme dans cette démarche. Beaucoup disent avoir ressenti, à un moment ou un autre, une forme de rejet lié à leurs origines, mais cela n'apparaît pas comme un moteur pour leur conversion. C'est sans doute un simple facteur, parmi beaucoup d'autres", remarque Agathe Chamou Larisse.
 

Du changement de nom au port du voile: un changement apparent

Qu'est-ce qui change vraiment quand on change de religion? Le nom, tout d'abord, pour ceux qui le souhaitent, même si cet acte symbolique est loin d'être un rituel obligatoire. Mais aussi la perception de l'entourage. Embrasser une religion régulièrement stigmatisée par les médias comme par l'opinion publique, est loin d'être un choix anodin. Certaines questions restent épineuses, comme le choix de se couvrir la tête pour les femmes converties. Une décision qui peut parfois conduire ces dernières à cesser de travailler.
 

Les réactions de l'entourage

"Le converti doit faire un travail auprès de ses proches. Qu'ils soient d'accord où non avec son choix, ils doivent accepter qu'il a changé de religion, explique Loïc Le Pape. Pour le sociologue, avoir terminé sa conversion, c'est être capable de la raconter. "Les convertis racontent leur cheminement, des sentiments aux croyances. On passe sous silence certaines choses, on en développe d'autres…  Ce récit ils l'ont façonné, il s'est élaboré au fil du temps. C'est cette histoire là qui est ensuite rapportée à la famille, qui à son tour doit "prendre en compte cette conversion".
"C'est une religion qui évoque des stéréotypes de guerre et de violence. Beaucoup appréhendent d'annoncer leur choix à leur entourage. Les réactions sont souvent négatives au début, mais généralement, on observe une acceptation au fil du temps", conclut Agathe Chamou Larisse. Dans les familles antillaises comme dans toutes les autres.

Demain suite de notre dossier avec le portrait de femmes antillaises converties


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