publicité

Esclavage : au XVIIe siècle, on exigeait déjà réparation

  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le

Dans son nouveau livre, le philosophe Louis Sala-Molins présente les écrits de deux religieux capucins du XVIIe siècle, Francisco José de Jaca et Epiphane de Moirans, qui exigeaient dès cette époque des réparations sans conditions pour les esclaves. 

A droite, la couverture du livre de Louis Sala-Molins, "Esclavage et Réparations" (éditions Lignes) © DR
© DR A droite, la couverture du livre de Louis Sala-Molins, "Esclavage et Réparations" (éditions Lignes)
A la fin du XVIIe siècle, alors que la traite et l’esclavage battent leur plein et que leur abolition n’est que rarement envisagée, deux voix singulières s’élèvent non seulement pour demander l’abolition immédiate de l’esclavage, mais également des réparations pour les victimes de ce système.
 

Inhumanité

Qui sont donc ces personnes qui osent défier l’ordre établi, légitimé par l’église ? Il s’agit de deux missionnaires capucins en mission dans les « Indes occidentales ». L’un est français, Epiphane de Moirans, et l’autre, Francisco José de Jaca, espagnol. Tous deux ont constaté de visu l’inhumanité et la brutalité de l’esclavage des Noirs. Ils dénoncent également l’asservissement et les traitements infligés aux Indiens des Amériques.
 
Leur (courte) vie durant (de Moirans meurt à 45 ans et de Jaca à 44), les deux ecclésiastiques n’auront de cesse de se battre pour l’abolition de l’esclavage et l’octroi de réparations pour les victimes. Ils refusent les sacrements et l’absolution pour les maîtres à moins que ces derniers libèrent leurs esclaves. Ils prêchent, écrivent, dénoncent les autorités civiles et religieuses complices du système.
 
Selon les deux capucins, la traite et l’esclavage sont contraires au droit divin. Et ils exigent, entre autres : « l’abolition totale de l’esclavage des Noirs ; l’octroi aux Noirs des terres qu’ils ont labourées ; le dédommagement pécuniaire à chacun pour les mauvais traitements subis ; et les paiements, restitutions et dédommagements à transférer aux ayants droit des esclaves déjà décédés, sans limitation ni du temps écoulé à partir de l’abolition ni du nombre de générations s’étant succédé depuis. »
 

Audace

Pour leur audace, Epiphane de Moirans et Francisco José de Jaca subiront les pires avanies : prison, suspensions, excommunications, renvoi forcé en Europe. Dans "Esclavage et Réparation" (éditions Lignes), le livre qui leur est consacré et qui fait une large part à leurs écrits, Louis Sala-Molins, ancien professeur de philosophie politique à la Sorbonne qui rédigea un essai sur le Code noir, retrace l’itinéraire des deux religieux.
 
Et il conclut en ces termes : « En les lisant aujourd’hui, on ne peut pas ne pas comparer la détermination radicale des deux moines aux conclusions mesquines des théologiens de leur temps, dont ils savaient tout et dont ils dénoncent les effets désastreux, et aux arrangements des philosophes qui viendront après eux, dont ils ne savent évidement rien mais dont nous savons tout. (…) »
 
« Dédommager ? Payer ? Restituer ? Réparer ? Depuis quand ces infinitifs bassement boutiquiers relèveraient-ils du vocabulaire ontologique ? (…) La politique s’aligne sur les pondérations de la philosophie. On abolit une fois (ou deux…) pour toutes. Puis on criminalise traite et esclavage. Enfin, à date précise et avec des trémolos dans la voix, on commémore l’abolition. Et basta. »
 

Louis Sala-Molins, « Esclavage et Réparation, Les lumières des capucins et les lueurs des pharisiens » - éditions Lignes, septembre 2014, 128 pages, 16 euros. 

Partagez :

les + lus

les + partagés

ECOUTER    VOIR    S'INFORMER   Partout et à tout moment
Mobile devices
Téléchargez la nouvelle appli La 1ère
  • AppStore
  • Google Play