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Insultes, racisme : une Guadeloupéenne de Bretagne ferme boutique

  • Par Pierre Lacombe
  • Publié le , mis à jour le

Insultes, racisme, actes de vandalisme…C'en est trop pour Anmary Théophile. Cette Guadeloupéenne, originaire des Saintes, a décidé de fermer sa boutique de création de vêtements à Quimper pour, affirme-t-elle, retrouver "sa sérénité et sa créativité."

A gauche, la boutique avec son enseigne, à droite la boutique sans les lettres de l'enseigne
A gauche, la boutique avec son enseigne, à droite la boutique sans les lettres de l'enseigne
A l'extérieur, la porte vitrée du magasin est désormais verrouillée. À l'intérieur, les étagères sont presque vides et des cartons jonchent le sol. Encore quelques jours et Anmary Théophile fermera définitivement boutique. Les insultes, les actes d'incivilité, les propos racistes ont eu raison de son enthousiasme, de sa bonne humeur et même de son esprit créatif.

Elle décide d'ouvrir sa propre enseigne à Quimper 

© FRED TANNEAU / AFP
© FRED TANNEAU / AFP
Tout avait pourtant bien commencé pour cette créatrice Guadeloupéenne arrivée il y a quatre ans pour s'installer à Quimper. Dans cette ville du Finistère, elle ouvre un atelier de création de vêtements à domicile. De fil en aiguille, la notoriété de la créatrice dépasse le seuil de sa maison. Elle participe à un salon et présente sa collection lors de défilés et décide d'ouvrir sa propre enseigne, Téofildussac, dans le quartier emblématique de Locmaria. L'inauguration de la boutique au mois de juillet dernier est un moment convivial et chaleureux auxquels se sont associés élus locaux, clientes, amis et commerçants du quartier.

"Comment un propriétaire a pu louer à une négresse ?"

Un matin de septembre alors qu'elle arrive à sa boutique, elle constate avec désarroi la disparition de l'un des deux oliviers entreposé devant sa vitrine. Anmary ne s'en formalise pas et décide d'en acheter un autre. Plus tard, au mois de novembre, c'est la lettre "T" de son enseigne "Téofildussac" qui s'est volatilisée, "heureusement un habitant du quartier l'a mise de côté" affirme t-elle.

Le 4 décembre, une autre lettre de l'enseigne est déplacée. Cette série d'actes malveillants atteint son paroxysme le 20 décembre lorsque Anmary s'apprête à fermer sa boutique. "Deux femmes entrent et bousculent les mannequins sur lesquels je travaille. S'en suivent des insultes racistes d'une violence et d'une vulgarité qui m'ont profondément choquées. Visiblement, ces deux femmes n'acceptaient pas ma présence ici puisqu'elles se sont interrogées devant moi, "comment un propriétaire a pu louer à une négresse dans ce quartier ? T'as rien à faire là. Dégage !"

La plainte a été déposée ce lundi

Secouée, Anmary ne peut garder ses insultes pour elle et se confie à ses sœurs et à ses amis, "ils m'ont tous encouragé à porter plainte, mais je ne parvenais pas à m'y résoudre jusqu'à la semaine dernière ou en arrivant le matin j'ai retrouvé l'enseigne par terre." La plainte a été déposée ce lundi et dans la foulée Anmary a pris la décision de fermer définitivement sa boutique : "je ne ressens aucune amertume, mais je suis très affectée par ces agissements. Depuis quelques jours je reçois énormément de messages de soutien et ça me fait beaucoup de bien. Je suis certaine que la conscience et l'intelligence collectives s'éveilleront et qu'on sortira un jour des discriminations.

Talentueuse et travailleuse, Anmary Théophile ne tardera pas à rebondir, "j'ai des projets, et même des propositions de créateurs de Quimper, mais pour le moment, je vais me reposer et partir quelques jours chez moi, retrouver ma famille aux Antilles. "


 

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