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Ernest Breleur, plasticien : "Il faut aller vers le dépassement de la notion de racines"

Le peintre et plasticien martiniquais Ernest Breleur est de passage à Paris. Dans une interview à La1ere.fr, il évoque son parcours et explique la singularité de son art, nourri par une démarche poétique et métaphysique. A 72 ans, il s’estime encore « à l’aube » de son travail. 

Le peintre et plasticien martiniquais Ernest Breleur. © PH.VIRAPIN (courtesy Maëlle Galerie)
© PH.VIRAPIN (courtesy Maëlle Galerie) Le peintre et plasticien martiniquais Ernest Breleur.
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
Agé de 72 ans, Ernest Breleur est « né à la campagne » comme il dit, près de la commune de Rivière-Salée en Martinique. Son père était agriculteur et sa mère institutrice. Après des études de comptabilité, sur l’insistance de ses parents qui voulaient qu’il ait « un métier », Ernest Breleur entreprend des études d’arts appliqués. Avec succès. Il commence d’abord par peindre, et crée le groupe artistique Fwomagé en Martinique. Mais en 1992, il réalise ses dernières toiles et arrête la peinture.
 
« J’ai rompu avec la peinture car je n’arrivais pas à trouver ma singularité d’artiste et ma propre écriture. Je suis passé à un autre médium. Mon travail est aujourd'hui tout à fait différent », explique-t-il. C’est en enseignant à l’Ecole des Beaux-Arts de Fort-de-France, qui était un ancien hôpital, qu’Ernest Breleur tombe par hasard sur « des tonnes de radiographies », précise-t-il. « Là se présente à moi mon médium. » Avec ce matériau, le plasticien va travailler pendant de longues années, « passant de la planéité à des objets tridimensionnels, sur la sculpture. »
 

Figure majeure de l'art contemporain 

Aujourd’hui, Ernest Breleur est devenu une figure majeure de l’art contemporain et ses œuvres sont présentées et vendues à l’international. Parmi les biennales, il a notamment participé à celles de Sao Paulo, des Seychelles, de l’Equateur, de Cuba et de Dakar au Sénégal. Ses créations ont été retenues entre autres pour l’exposition Caribbean : Crossroad of the World au Queens Museum of Art de New York, et figurent dans les collections de la World Bank à Washington et de la Fondation Clément en Martinique. A Paris, c'est la Maëlle Galerie qui représente son oeuvre.  
 
Ernest Breleur, "Sans titre", série "Corps Carapace" (collages, radiographies, photographies, agrafes). © DR (courtesy Maëlle Galerie)

Ernest Breleur, lorsqu'il n’est pas en déplacement pour des expositions ou pour des conférences, quitte rarement son atelier, situé au Lamentin. « Quand je n’y suis pas, ça me manque », avoue l’artiste martiniquais, qui passe entre huit et douze heures par jour dans son espace de création. « C’est le lieu où je vis, où je prends des grandes décisions, je suis nourri par cet atelier ». Le plasticien affectionne aussi les longues marches dans ses « lieux secrets », où il aime particulièrement méditer.   
 
« Je travaille autour de mes préoccupations métaphysiques. J’interroge la question de la finitude au moment où je suis au zénith de ma vie. J’interroge la question du vivant, et celle du féminin. Cette dernière question donne la plus grande idée de la retransmission de la vie. Je considère la terre comme féminine, qui va donner naissance à des choses également infimes, invisibles, qui vont produire toutes sortes d’espèces. »
 
« J’ai une approche poétique de la question du vivant et de l’origine du monde » ajoute Ernest Breleur. « L’artiste est quelqu’un qui avant tout réfléchit et pense. Il va s’évertuer à rassembler un certain nombre d’éléments de domaines différents, sciences, littérature, philosophie, sciences humaines, et à partir de cela il va faire son amalgame poétique pour aborder les grandes questions qui fondent sa pensée. Il va ensuite transmettre cette pensée à travers son œuvre. »
 

"Ma singularité artistique est composite"

« Ma singularité artistique est composite. Certes je suis né au cœur de la Caraïbe, et cela m’habite. Mais ce qui est intéressant c’est comment dans son travail sortir de la solitude de sa culture et franchir ses propres frontières. Cela se fait par la rencontre des imaginaires des autres, comme dirait Edouard Glissant, c’est aller à la rencontre de toutes les poétiques. »
 
Vue de l’exposition "Le vivant passage par le féminin", à la Fondation Clément en Martinique. © DR (courtesy Maëlle Galerie)
© DR (courtesy Maëlle Galerie) Vue de l’exposition "Le vivant passage par le féminin", à la Fondation Clément en Martinique.

« Il faut aller vers le dépassement de la notion de racines. Le Caribéen est avant tout un être multiple mais un être qui n’est jamais achevé. Chaque fois que l’on effectue une nouvelle rencontre, il y a une espèce de valeur ajoutée et l’être composite s’enrichit de provenances différentes. En tant qu’artiste je suis extrêmement sensible à toutes ces poétiques. »
 
Des poétiques qui ont contribué à irriguer l’œuvre d’Ernest Breleur, incarnées par exemple par ses amis Edouard Glissant (1928 – 2011), l’écrivain tchèque Milan Kundera et Patrick Chamoiseau, le Marocain Tahar Ben Jelloun, et les écrivains d’Amérique latine. « Ces auteurs me nourrissent énormément. C’est le croisement des poétiques, mais c’est également la rencontre d’artistes, car les écrivains sont des artistes. », dit-il.
 
« Aujourd’hui le temps qu’il me reste est court, même si je me suis promis de vivre jusqu’à 145 ans et demi », plaisante Ernest Breleur. « Je crois que les années qui me restent ne sont pas assez importantes pour développer l’œuvre », confie-t-il plus sérieusement. « C’est vraiment une hantise, car je pense que je suis véritablement à l’aube de mon travail. Les choses ne font que commencer ».
 
>>> AGENDA : le vendredi 19 mai à 16h00, Conférence d’Ernest Breleur aux Beaux-Arts de Paris, amphithéâtre des Loges
 

>>> VOIR des œuvres d’Ernest Breleur sur le site de la Maëlle Galerie
 
 

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