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Exclusif : Le fils d’Edouard Fritch et petit-fils de Gaston Flosse apparait dans les fichiers Offshore leaks (ACTUALISATION)

  • Serge Massau
  • Publié le , mis à jour le

Les fichiers de l’évasion fiscale révélés par le Consortium international de journalistes montrent l’existence d’une société-écran basée dans un paradis fiscal au nom du fils d’E. Fritch et petit-fils de G. Flosse. Le président polynésien dit ne pas connaitre cette société.

© OLIVER BERG / DPA
© OLIVER BERG / DPA
C’est un petit monde très fermé désormais accessible à tous. D’un clic, il est maintenant possible de connaître le nom des Polynésiens qui possèdent un compte dans un paradis fiscal. L’ICIJ, le Consortium international des journalistes d'investigation qui a révélé les fichiers Offshore Leaks et plus récemment Panama Papers, ont récemment mis en ligne une partie de leurs données.

17 adresses en Polynésie

Parmi elles, on trouve 17 adresses de bénéficiaires basés en Polynésie française, qui renvoient parfois au même nom. L’une d’elles nous mène à Pirae, sur l’île de Tahiti, plus précisément du côté de Vetea. C’est ici que l’on trouve l’actionnaire de la société Elite Success Investments Properties. Cette société, dont on ignore l’activité, est installée à l’autre bout de la planète, dans l’océan Atlantique, aux îles Vierges britanniques, un paradis fiscal.
© ICIJ
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Raphaël Dupenloux, inspecteur des impôts au ministère des Finances, explique le mécanisme tel qu’il apparaît sur le schéma fourni par la base de données de l’ICIJ : « Là, vous avez une société qui s’appelle Portcullis TrustNet qui est apparemment la société qui crée les sociétés écrans. Vous avez un certain Gay Peng Cheng, c‘est un prête-nom. Il est indiqué comme directeur mais il est en fait directeur d’une société qui est créée dans un paradis fiscal. L’avantage du système, c’est que le seul nom qui apparait, c’est celui du prête-nom. »


Une société-écran créée en 2008

Cette société écran, ou compte offshore, a été créée en 2008 et était toujours active en 2010, selon les informations dévoilées par l’ICIJ. Quelques temps plus tôt, deux des employés de la société TrustNet divulguaient des milliers de documents internes. TrustNet est l’une des plus grosses sociétés asiatiques de création de comptes offshore, qui travaillait essentiellement via Internet et dont le principal atout était « le secret ».

TrustNet a vu le jour au début des années 1990 aux îles Cook alors que le parlement kiwi avait fait de l’archipel un paradis fiscal depuis 1981 (jusqu’au scandale de fraude fiscale dit du Winebox Affair, en 1994.  Ensuite, TrustNet a changé de nom pour se nommer Portcullis TrustNet et déménager à Singapour en 2004, un endroit alors fiscalement plus secret.

Fils d'Edouard Fritch et petit-fils de Gaston Flosse

Parmi ses clients, les fichiers Offshore Leaks ont dévoilé d’anciens mercenaires en Sierra Leone, des traders américains  déjà poursuivis ou condamnés pour fraude fiscale, ou encore des proches de l’ancien dictateur indonésien Suharto, et donc l’unique actionnaire de Elite Success. Son nom ? Marc Manuarii Fritch. Il s’agit du fils d’Edouard Fritch, le président de la Polynésie française, mais également petit-fils de Gaston Flosse.

Un conflit d'intérêt ?

Le compte a été créé en 2008, à l’époque où Gaston Flosse se déclarait publiquement insolvable. La Haute autorité de la transparence de la vie publique contrôle le patrimoine du foyer fiscal des élus. Mais l’inspecteur des impôts Raphael Dupenloux souligne que la proximité entre un élu et le détenteur d’un compte caché peut poser des questions légitimes : « Il peut y avoir un conflit d’intérêt. C’est uniquement dans le cadre d’une procédure judiciaire que l’on pourra savoir si cela avait cet intérêt-là ou pas. Mais effectivement, s’il y a un lien entre cette personne et un élu, on peut se poser la question si elle n’a pas servi de prête-nom pour permettre de mettre de l’argent dans un endroit où personne ne saura où il se trouve. »


La réaction d'Edouard Fritch

Rencontré à l’aéroport parisien de Roissy avant de repartir pour Tahiti vendredi 24 mai, Edouard Fritch a dit ne pas connaître le nom et l’existence de cette société basée à l’époque dans un paradis fiscal (désormais, les îles Vierges britanniques acceptent une plus grande transparence bancaire) tout en reconnaissant sur le schéma l’identité complète de son fils. L’adresse indiquée correspondrait plutôt à celle de « la maman », Joann Flosse, fille de Gaston Flosse, d’avec qui il est séparé depuis plusieurs années.

Mise à jour : la réaction de Gaston Flosse

A la suite de la publication de cet article, Gaston Flosse a publié un communiqué dans lequel il indique ne pas être au courant de cette affaire et n'avoir plus aucun contact avec son petit-fils : "Je ne vois plus depuis longtemps. J’ignore ce qu’il fait, tout comme j’ignore l’existence de la société dont il est question. Manuarii FRITCH a utilisé l’adresse de sa mère à Vetea pour domicilier sa société, une adresse à laquelle il n’habite pas (...) Il est de notoriété publique que Manuarii FRITCH ne travaille pas et qu’il n’a pas de revenus fixes (...) J’ignore d’où proviennent les sommes d’argent déposées sur ce compte, mais je confirme que cet argent ne m’appartient pas."

Gaston Flosse évoque ensuite le patrimoine d'Edouard Fritch  :
"Si une enquête devait être ouverte, il appartiendra au titulaire du compte de clarifier la provenance des fonds. J’espère et je souhaite qu’Edouard FRITCH n’ait pas fait de fausses déclarations relatives à son patrimoine auprès de la HTVP, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. "
Voici le communiqué intégral de Gaston Flosse :

La1ere.fr précise qu'elle ne porte aucune accusation et ne fait qu'émettre des faits. 

 
Mise à jour : la réaction de Manuarii Fritch

Quelques heures après le communiqué de son grand-père, Manuarii Fritch a, à son tour, publié un communiqué dans lequel il confirme l'existence de ce compte et affirme qu'il a été ouvert dans le cadre d'une activité professionnelle de consultant pour différentes sociétés basées en Chine et à Singapour. Il poursuit : "Ma prestation  de consultant à l’étranger n’étant pas imposable en Polynésie française, il n’y a donc pas d’évasion fiscale ni d’acte répréhensible au regard des lois françaises."

Manuarii Fritch explique encore que ni son père, ni son grand-père, ni sa mère ne sont concernés par ce dossier. Mais il regrette "L'exploitation à caractère politique qui est faite de cette affaire par Gaston Flosse (...) Le réglement de comptes familiaux opérés par mon grand-père sur la place publique". 
Voici le communiqué intégral de Manuarii Fritch :


Mise à jour (3 juin) : Nouvelle réaction d'Edouard Fritch

Le président polynésien a donné une conférence de presse à Papeete pour réagir à cette affaire et déplorer la réaction de Gaston Flosse.  
Regardez sa réaction recueillie par Polynésie 1ère : 
Offshore Leaks : Reaction d'Edouard Fritch


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