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Un festival afroféministe avec des espaces réservés aux femmes noires fait débat

Un festival prévu fin juillet à Paris prévoit plusieurs espaces réservés aux femmes noires, où seront organisés débats et stratégies de lutte. La maire de Paris Anne Hidalgo a dénoncé un festival "interdit aux blancs", quand l'historienne François Vergès défend cette demande de non mixité. 

© DR / mwasicollectif
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  • Par Maïté Koda
  • Publié le , mis à jour le
C'est la polémique du moment. Le collectif afro féministe Mwasi organise du 28 au 30 juillet le festival Nyansapo. Un festival qui se définit comme "afroféministe, militant à l'échelle européenne".
 Lors de cet événement, des espaces non-mixtes,  réservés aux femmes noires sont prévus. L'objectif étant de mener des débats, des groupes de paroles et de réflexions théoriques.

Anne Hidalgo monte au front... avant de se raviser

Seulement, cette absence de mixité n'a pas manqué de faire réagir, l'extrême droite, tout d'abord, rapidement suivie par la Licra et la maire de Paris, puis de  nombreux médias et internautes sur les réseaux sociaux.
Anne Hidalgo, reprenant les informations et la sémantique de l'extrême-droite a dénoncé un événement "interdit aux Blancs". La maire de Paris a également demandé dans un premier temps l'interdiction du festival.

 
Revenant sur ces propos ce lundi, elle a assuré avoir trouvé un accord avec les organisateurs du festival. : seuls les ateliers mixtes auront lieu dans la locaux publics, les autres seront organisés dans des lieux privés. Une répartition qui était pourtant déjà prévue de la sorte, bien avant l'intervention d'Anne Hidalgo.
 

La Licra et Rosa Parks

Au-delà de la question de l'utilisation, ou non,  des locaux de la mairie de Paris, c'est bien le recours à la non-mixité qui interpelle, notamment les associations SOS racisme et la Licra, qui ont elles aussi emboîté le pas à l'extrême droite.
 
 
L'allusion à Rosa Parks, militante pour les droits civiques célèbre pour avoir refusé de céder sa place à Blanc dans le bus comme l'exigeaient les lois ségrégationnistes en vigueur aux Etats-Unis, fait bondir la politologue Françoise Vergès.  "Rosa Parks a été au parti communiste, elle a été traitée de racisme anti-blanc, voire de terroriste… Et aujourd'hui on la prend en otage!!", s'indigne-t-elle, jointe par La1ere.fr.

"Elle représente tout ce que ces groupes craignent et détestent: une femme noire qui ose dire à la suprématie blanche je ne céderai pas. Et elle s'est organisée dans des groupes non-mixtes" rappelle-t-elle, avant de dénoncer "un manque de respect, et une manipulation".
 
 

La non mixité en débat 

C'est bien cette non-mixité qui est perçue comme raciste par de nombreux internautes, à l'instar d'Audrey Pulvar qui imagine les réactions si la situation inverse s'était présentée.

 
Mais, selon Françoise Vergès, elle s'est déjà dans le passé,  s'avérée nécessaire. "Il y a eu dans les années 70, en France,  des mouvements non mixtes de femmes racisées: la coordination des femmes noires, et des groupes de femmes immigrées, tunisiennes et marocaines. Mais les racistes n'avaient pas le pouvoir qu'ils ont aujourd'hui. Quand on voit comment ils ont pu, aussi facilement, faire reprendre leurs propos par la gauche et des associations qui se disent anti-racistes, on se pose des questions".

 

Il y a un besoin pour les femmes noires, comme pour toutes les personnes opprimées, de se retrouver entre elles, sans avoir à se justifier sur leur ressenti
 
Selon l'historienne, cette demande de non-mixité répond à une réalité. " Il y a un besoin pour les femmes noires, comme pour toutes les personnes opprimées, de se retrouver entre elles, sans avoir à se justifier sur leur ressenti, ou se retrouver face à des gens qui leur expliquent qu'elles se trompent, que la race n'existe pas… tous les clichés et lieux communs qui nous sont opposés quand on veut poser un problème et qu'on a besoin d'en parler entre nous", explique-t-elle.

 

"Un espace où nous puissions nous sentir en sécurité"

Une position assez similaire à celle du collectif Mwasi à l'origine de l'événement, qui refuse de s'exprimer dans  les médias français. Mais sur son site, une rubrique FAQ donne déjà des éléments de réponse.

"Nous revendiquons uniquement le droit d’avoir un espace entre nous où nous puissions nous sentir en sécurité, et où il nous est possible de mettre notre temps au profit de notre lutte plutôt que de le consacrer à de la pédagogie (en répondant par exemple aux nombreuses questions sur la non-mixité et l’existence ou la non-existence de l’oppression des hommes par les femmes et des blanc.he.s par les personnes racisées) ", expliquent les responsables.
 

Quoiqu'il en soit, cette polémique a en tout cas donné un véritable coup de projecteur sur cet événement: l'appel aux dons du collectif pour financer le festival a été particulièrement relayé en quelques jours, avec plus de 5 000 euros récoltés ce lundi, contre 500 avant les premiers tweets de la maire de Paris.

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