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Festival d’Avignon : une partition sombre de "Jaz"

A la Chapelle du Verbe incarné au Festival d’Avignon, Alexandre Zeff met en scène et en musique les mots du dramaturge ivoirien Kofi Kwahulé dans un spectacle qui a pour thème principal la violence faite aux femmes.

Prise de vue d'une scène de la pièce "Jaz". © Clara Pauthier
© Clara Pauthier Prise de vue d'une scène de la pièce "Jaz".
  • Par Patrice Elie Dit Cosaque
  • Publié le
Elle s’appelle Jaz. C’est ce qui frappe avant même que le spectacle ne commence : ce jazz auquel il manque une lettre. Comme une amputation, comme une irrémédiable amputation que l’on comprend, que l’on saisit, une fois plongés au cœur du récit.
 
Seule sur le devant de la scène – dans un décor de néons rouges et de néons blancs sur fond noir derrière lesquels on distingue cependant quatre musiciens - la comédienne Ludmilla Dabo apparaît, robe fourreau, micro vintage à la main, voix de velours mais puissante. Elle entonne un premier air qui vous fait tout d’abord croire que vous allez assister à un concert de jazz comme ceux que livrent ces cabarets de la Nouvelle-Orléans… Mais il n’en est rien. « Jaz, elle s’appelle Jaz… ». C’est à un récit, à l’histoire d’une femme confrontée à la violence que subissent des milliers de femmes à travers le monde que nous convie l’auteur ivoirien Kofi Kwahulé dans cette mise en scène d’Alexandre Zeff. Et la plongée est âpre et dure.
 
© DR

Des mots sans concession 

Au fil de la narration par Ludmilla Dabo, on comprend que Jaz est une femme qui évolue dans une cité, une ville où visiblement il ne fait pas toujours bon vivre. Qu’importe, il faut y résister et survivre surtout quand vous n’avez pas la chance d’avoir toutes chances de votre côté. Quand l’un de ses voisins qui depuis longtemps l’observe, la remarque et en fait l’objet de ses obsessions puis la viole, le récit change de rythme. Les mots de Kofi Kwahulé se font sans concession : parfois il n’y a pas quatre chemins pour décrire la violence des faits, la souffrance endurée et les maux infligés.

A l’instar de cette réalité, la comédienne se transforme – physiquement - et nous présente un tout autre visage. Sa voix se fait plus dure, répétitive et la chanson jazzy du début fait place à une sorte de slam rageur sur fond de guitares saturées, de saxo gémissant et de rythmes de batteries effrénés au fur et à mesure où les viols se multiplient. Le décor se replie pour former une sorte de cage où Jaz se trouve presqu’irrémédiablement enfermée. Et ça dure, comme une litanie du désespoir que seule la mort vient interrompre. Jaz tue son bourreau, la violence a répondu à la violence…

Extrait de "Jaz", de Koffi Kwahulé

Belle performance

L’actrice Ludmilla Dabo livre une belle performance : de la distance de la chanteuse de jazz et de la narratrice à la prise en charge du « je », elle se met littéralement à nu pour raconter et incarner ce qui ressemble à – et ce qui est- une tragédie du fait divers. On accrochera ou pas aux compositions musicales qui accompagne tout le spectacle. Un jazz pas forcément accessible, basé visiblement sur pas mal d’impros, et qui parfois prend le pas sur le texte dit par la comédienne. Mais l’intention est là, dans l’interprétation comme dans la scénographie et la mise en scène signées Alexandre Zeff : à l’instar du jazz qui peut se faire tendre ou violent, « Jaz » ne laisse pas indifférent. Où qu’elles soient et quel que soit l’endroit du monde où elles vivent, les femmes subissent ces violences qui doivent d’une façon ou d’une autre cesser. Et c’est cette vérité nue à laquelle il nous est donné de réfléchir et ressentir.
 
« JAZ » de Kofi Kwahulé, mise en scène d’Alexandre Zeff. Avec Ludmilla Dabo et le Mister Jazz Band. Festival d’Avignon, à la Chapelle du Verbe Incarné jusqu’au dimanche 30 juillet à 19h.  

« JAZ » se jouera également à partir du 5 octobre au Théâtre de l’Opprimé à Paris (12e).

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