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En attendant les concerts de Kassav' au Zénith du 27 au 29 mai, La1ere.fr publie chaque jour un portrait d'un ou d'une musicien(ne) du groupe. Au delà des têtes d'affiche bien connues, Kassav' c'est aussi des cuivres, des choristes, des claviers, des percussions ou des percussions.
Aujourd'hui, rencontre avec Freddy Hovsepian, 72 ans et trompettiste du groupe depuis plus de trente ans.

Kassav' c'est une drôle d'histoire. Parfois j'ai l'impression que c'est irréel".


 Trente-cinq ans après, Freddy Hovsepian, trompettiste de Kassav' semble toujours ne pas y croire. Les dizaines d'albums enregistrés, les tournées aux quatre coins du monde, l'accueil du public toujours plus enthousiaste, tout ça lui paraît parfois trop beau pour être vrai.

"Je dois avoir un ange au dessus de ma tête", sourit-il. Un ange qui aurait pris soin de lui dès sa naissance chaotique à Marseille sous les bombardements alliés, au sein d'une famille originaire d'Arménie.

Freddy Hovsepian (3e en partant de la droite) au Zénith de Paris avec la section cuivres de Kassav' en juin 2013 © MK /Outremer 1ere


 
Rapidement, le jeune Freddy, et surtout ses parents, se rendent compte que l'enfant n'est pas fait pour les études. Son père se désespère, sa mère a alors l'idée de lui imposer des cours d'accordéon. Freddy se prend au jeu, grâce surtout à un professeur "extraordinaire".

Il travaille son solfège et son instrument. "J'étais doué", commente-il aujourd'hui sobrement, quand sa femme Marcelle précise qu'il a été primé à des concours musicaux.


La découverte du jazz

L'élève prometteur met pourtant de coté la musique quelques années plus tard. C'était "l'âge de déraison", soupire-t-il.. Jeune adulte, Freddy devient chauffeur livreur et approvisionne les débits de boissons de Marseille.
C'est à cette époque que se produit la rencontre avec le jazz, via la musique de l'Américain Lee Morgan.

"J'ai entendu ça et j'ai tout de suite voulu apprendre", se souvient-il. Qu'à cela ne tienne, des amis dockers lui dégotent une trompette.

Reste encore à savoir maîtriser la bête. "Je me suis entraîné tout seul, chez moi. J'écoutais des disques et je jouais par-dessus. Le problème, c'est que comme ça faisait quelques temps que j'avais arrêté l'accordéon, j'ai tout quasiment tout réapprendre". 

La trompette de Lee Morgan, qui a inspiré Freddy Hovsepian
Lee Morgan

Et Freddy a tout réappris. La semaine, il continue de décharger ses palettes; le week-end, il joue. De l'accordéon et de la trompette,  dans un dancing avec ses copains... 

Pour jouer d'un instrument à vent, il ne faut pas juste souffler. Il faut travailler la vibration. Il y a une manière de retenir l'air avec la sangle abdominale qui est bien particulière


Coup de bol: à force de soulever des litres de boissons, la sangle abdominale du jeune Hovsepian est particulièrement développée. Et le trompettiste en herbe développe une manière bien à lui de jouer.  

Un soir, au dancing, il joue le morceau Summertime. " Ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, j'ai commencé à souffler, et j'ai eu l'impression que le son s'est ouvert. J'ai tout envoyé… et ça sonnait". Plus qu'un déclic, une révélation.



Débuts parisiens et rencontre avec Kassav'

A partir de là, tout s'enchaîne. Un ami lui conseille de venir à Paris. En 1971, le Marseillais s'installe dans la capitale, remporte un premier contrat au Lido. Même si ce boulot "c'était un peu l'usine", son premier salaire fixe lui permet de faire venir sa femme et sa fille.

"Entre deux spectacles du Lido, on allait boire un coup, on rencontrait des gens", se souvient Freddy. "Des gens", à savoir, entre autres Michel Sardou qui le recrute, ou encore Johnny Hallyday avec qui il boit jusqu'au petit matin, et qui se précipitera pour l'embaucher une fois que son contrat avec Sardou prendra fin.
 

Conversation au soleil, balance St Barth... Freddy et Jean Claude...

Une photo publiée par KASSAV' (@kassav_official) le


Polnareff, Vartan, Dave, Enrico Macias, Eddy Mitchell… Les  collaborations se multiplient, jusqu'à ce jour de 1979. A l'époque, Kassav' avait déjà commencé à se faire une petite renommée aux Antilles.
Jacob Desvarieux est à Paris, il cherche des cuivres. Avec son ami trombonniste Hamid Belhocine, Freddy Hovsepian le suit en studio.

"C'était incroyable. On s'est dit: 'mais c'est quoi cette musique?' 


"Jusque là, nous les musiciens on était quand même frustré avec les chanteurs de variétés française. Quand on rentrait, on écoutait beaucoup d'afro jazz, de musique cubaine… de la musique vivante quoi!".

Regardez Freddy Hovsepian parler de son aventure Kassav'

Freddy Hovsepian Kassav





L'Afrique, "la folie à chaque fois"

Rapidement, Freddy accompagne le groupe en Martinique. C'est la période de carnaval, et sa,première approche de la culture antillaise. "C'était féérique, magique. Tout m'a saisi. Le bruit, les senteurs, l'ambiance, les chars, les costumes…".
Des Antilles, il apprécie également les valeurs de partage qui lui rappellent les traditions arméniennes. Il y retournera souvent, Kassav' continuant son chemin et remportant de plus en plus de succès.

Après plus de trente ans avec le groupe, Freddy peine a choisir des anecdotes tant elles sont nombreuses et ses souvenirs "hors du commun". Les concerts en Afrique, "la folie à chaque fois"; les mésaventures avec les autorités au Cameroun, ou encore leur départ en urgence d'Haïti époque Bébé Doc et les tentatives de racket des tontons macoutes.

Pierre-Edouard Décimus a réussi à faire quelque chose de bien


Freddy se souvient également "de la grande époque", avec Patrick Saint-Eloi, décédé en 2010. "Il savait contrebalancer notre côté TGV avec ses chansons de crooner".

Il tient également à rendre hommage à Pierre-Edouard Décimus, fondateur du groupe; "Je lui tire mon chapeau. Ce n'était pas facile de créer une histoire pareille. Il fallait de l'organisation, de la discipline, il fait comme il a pu et il a réussi à faire quelque chose de bien". 


Lorsqu'il n'est pas sur scène, c'est chez lui dans le Lubéron que Freddy Hovsepian se ressource © MK/ Outremer 1ere



Aujourd'hui âgé de 72 ans, Freddy, officiellement retraité, continue de jouer avec le groupe. Quatre ou cinq dates, par mois, en France, aux Antilles, aux Etats-Unis…
Lorsqu'il n'est ni dans l'avion, ni sur scène, c'est dans le Lubéron, auprès de son épouse,  que Freddy Hovsepian a trouvé refuge, dans un mas acheté il y a une vingtaine d'années. Un havre de paix provençal, dans lequel il travaille son jardin, prend soin de ses trois chats, de ses poules, de ses abeilles  et de ses oliviers.
 
Tout juste de retour de Sainte-Lucie, où le groupe s'est produit à l'occasion du Saint-Lucia Jazz and Arts Festival, il se réjouit d'avoir découvert la bas les disques d'un trompettiste allemand, Till Brönner.  
Et lorsque ses journées jardinage se terminent, vers 18-19 heures, Freddy prend sa trompette, lance le disque de sa trouvaille, et joue par-dessus. "Comme au tout début, comme quand j'ai commencé", sourit-il.