publicité

Le rythme mémoriel des Guadeloupéns d'origine indienne

  • Par Catherine Le Pelletier
  • Publié le , mis à jour le

Un ouvrage pour dire l'Histoire, cachée, enfouie, occultée, d'une partie des Antillais, Guadeloupéens et Martiniquais. Jean Sahaï apporte sa contribution à la réparation. 

Césaire, St John Perse, réunis par Jean Sahaï
Césaire, St John Perse, réunis par Jean Sahaï

« Rattrapage »

« L'indianité, chatoiement de l'univers créole, est foyer de transcendance des antagonismes du passé, legs et sanctuaire des héritiers de la tragique histoire du sucre riche de tous ses pigments », nous dit l'auteur en liminaire. Le ton est donné : il est question de la place de l'Indianité dans nos sociétés. L'ouvrage est signé par un Guadeloupéen d'origine indienne qui, affirme ici son indianité en déficit de dire, dans une société dont l'Histoire commence, pour tous. 

Mémoire essentielle

Afrique du Sud, Seychelles, Réunion, Ile Maurice, autant de pays où les premiers débarquements d'Indiens ont eu lieu, puis les bateaux ont terminé leur course dans les pays de la mer Caraïbe.
Jean Sahaï, revient sur l'Aurélie, le premier, en provenance de l'Inde, arrivé à Pointe-à-Pitre le 23 décembre 1854. Le dernier bateau, « coolie-ship » est arrivé en Guadeloupe le 31 janvier 1889, il avait à son bord 599 Indiens. La maltraitance des premiers Indiens, est soulignée par l'auteur, de même que leur statut très « particulier », de travailleurs des terres, amenés après l'Abolition.
Le mépris dont les Indiens ont été victimes est aussi dit par Jean Sahaï, qui ne cache rien des souffrances d'une communauté, générées par le rejet par les populations noires et créoles : « Bien après l'abolition de l'esclavage, la condition de Damnés de la Terre était encore celle des Indiens des Antilles.
A l'inverse du reste du peuple blanc, noir et métissé issu de la société d'habitation, les descendants d'Indiens, traités en coolies (travailleurs exploités), n'avaient pas la nationalité française ».
Et l'auteur de rendre un hommage appuyé à Henri Sidambarom.

Sidambarom, le juste

Henri Sidambarom a beaucoup fait, le premier, pour la dignité des Indiens de Guadeloupe. Cette année 2013, est celle du cent-cinquantenaire de sa naissance et de nombreuses manifestations sont organisées en son honneur. L'auteur, lui, rappelle l'immense travail réalisé par ce fils d'immigrant Tamouls né à Capesterre, qui n'a eu de cesse, sa vie durant, de lutter pour le respect des Indiens.

Perse vs Césaire

Quel serait le point commun entre Saint-John Perse et Césaire ? Tous deux ont été bercés par des Indiennes : les servantes de sa mère pour le premier et une Da, pour le second. Jean Sahaï rappelle les faits, d'abord pour le poète Martiniquais : « La Da d'Aimé Césaire était d'origine idienne, précisément tamoule, comme l'étaient bon nombre d'habitants de cette partie de l'île" (…) ; ensuite, pour le Prix Nobel Guadeloupéen : « Enfant, Alexis avait été initié aux sonorités de l'Inde par les servantes de sa mère, sur la Plantation Bois-Debout de La Capesterre. Il avait été lui aussi nourri au sein de l'indianité et de la diversité ».

Enfin Guadeloupéens, enfin Martiniquais

On peut encore s'interroger sur les raisons pour lesquelles, longtemps, trop longtemps, la mémoire des Indiens de Guadeloupe a été occultée. De nombreuses raisons, politiques, sociales, pas toujours nobles, peuvent expliquer cela. Quoiqu'il en soit, l'ouvrage devient alors comme un élément de réparation et de recouvrement de cette mémoire trop longtemps enfouie : la revendication culturelle et identitaire est proportionnelle à l'étouffement dont cette part d'Histoire a été victime.
En 2013, enfin, les Indiens de Guadeloupe sont devenus les Guadeloupéens d'origine indienne, tout comme en Martinique, les Martiniquais d'origine indienne. Ils sont, en tout état de cause, partie intégrante de l'Archipel caribéen, dans son ensemble.

Adagio

L'ouvrage, original, a été conçu en plusieurs parties, le lecteur y trouve parfois des analyses, parfois une expression poétique, qui souligne la cassure de rythme à laquelle le titre fait allusion : un adagio musical, est une pièce où alternent des moments lents et plus cadencés. Au final, le lecteur est cadencé au rythme de l'auteur, dans une belle harmonie poétique.

Adagio pour la Da, est un recueil de textes de Jean Sahaï, certains ont déjà été publiés, mais tous ont été revus et augmentés. L'ouvrage est paru aux éditions Atramenta. La préface est signée Raphaël Confiant

Partagez :

  • littérature

    Une échappée ...entre les lignes...

    C'est à une chute vertigineuse que Valérie Siracus a choisi d'entrainer ses lecteurs, celle de son héroïne Laurence qui,pour l'amour d'un Prince Charmant, entame une dérive à travers les lignes de l'auteure; une dérive que la littérature emprunte sans peine au quotidien.

    Mis à jour le jeudi 11 Août 2016 à 16:16
  • littérature

    L'Exorde ou le monde fantastique d'Ericka Duflo

    Exorde est le titre du livre de la jeune écrivaine Ericka Duflo, un ouvrage qui vient d'être publié respectivement au Canada et France métropolitaine et sera présenté ce week-end en Guadeloupe. Amoureuse de littérature fantastique, elle se prend au jeu et se lance dans l'écriture.

    Mis à jour le samedi 28 Mai 2016 à 17:34
  • littérature

    Les lycéens de Port- Louis éliront la meilleure BD de reportage

    Un prix pour élire la meilleure bande dessinée de reportage…C’est le projet de l’association Paroles d’une Grande- Terre. Il est proposé aux élèves du lycée polyvalent de Port- Louis. Verdict le 10 juin.

    Mis à jour le mardi 17 Mai 2016 à 16:31

les + lus

ECOUTER    VOIR    S'INFORMER   Partout et à tout moment
Mobile devices
Téléchargez la nouvelle appli La 1ère
  • AppStore
  • Google Play