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En attendant les concerts de Kassav' au Zénith de Paris du 27 au 29 mai, La1ere.fr publie chaque jour un portrait d'un ou d'une musicien(ne) du groupe. Au delà des têtes d'affiche bien connues, Kassav' c'est aussi des cuivres, des choristes, des claviers, ou des percussions.
Aujourd'hui rencontre avec Hamid Belhocine, trombone du groupe depuis le tout début.



Hamid Belhocine n'aime pas parler de lui. Il préfère qu'on s'intéresse à la musique, ce qui revient quasimment au même, tant la musique prend une part importante dans son existence.
Celui qui assure avoir commencé le trombone "par accident" à l'âge de 10 ans - au grand dam de ses parents qui le voulaient violoniste- est aujourd'hui un tromboniste de renom. Et cela fait tout de même une soixantaine d'années que la musique est entrée sa vie.
 

© Photo Facebook Kassav' officiel / Jocelyne Béroard


 
Tout a donc démarré par un essai au violon pas très concluant, "je m'ennuyais et je ne m'imaginais pas finir dans un orchestre symphonique", qui s'est transformé dès la première rencontre avec le trombone. Nous sommes alors à la fin des années 50, à Alger, la ville natale d'Hamid Belhocine. Doué et travailleur, l'adolescent apprend vite et bien. A 17 ans, il intègre ensuite le conservatoire de Paris où il sera même primé en 1972.

"Quand j'étais gamin, je voulais jouer avec Johnny Hallyday. On m'avait qu'il fallait passer par le Conservatoire. Mais je me suis bien vite rendu compte que le diplôme ne me servait à rien, seul le bouche à oreille avait de l'importance".
 

Johnny, Sardou, Jonaz, Mitchell… le diplôme n'a peut-être pas aidé, mais Hamid Belhocine les aura finalement tous accompagnés. Fin des années 70, son nom circule vite parmi les amateurs de cuivres. C'est à cette époque, qu'au détour d'un studio, il rencontre le trompettiste Freddy Hovsepian avec qui il noue de solides liens d'amitiés.
 
 Regardez Kavalie o Dam de Kassav sur scène avec un solo d'Hamid Belhocine
Kavalie o dam

Logiquement, quand en 1979,  Jacob Desvarieux de passage à Paris recherche des cuivres pour le tout jeune groupe qu'il vient de monter, c'est vers eux qu'il est orienté. Hamid et Freddy sont recrutés pour des disques, puis des concerts.

Kassav' débute, les finances ne sont pas toujours au beau fixe. "Je me souviens de concerts en Guadeloupe. Le deal avec Jacob c'était que le voyage et le séjour soit financé. Ca nous suffisait, c'était l'occasion de voyager on s'en foutait un peu de tout le business."

Avec un son trop propre, on perdait de la magie



Si la seule chose qui interesse Hamid c'est le son, celui de Kassav' était loin d'être facile à acquérir. "Au départ, Jacob voulait quelque chose de très précis, à l'américaine, un peu comme les Earth, Wind and Fire", se souvient le tromboniste. Mais il s'est rendu compte qu'avec un son trop propre, on perdait de la magie".

© Photo Facebook Kassav' officiel / Jocelyne Béroard



 
Le déclic se produit en Martinique, en 1983, alors que le groupe se produit sur un char de carnaval avec des cuivres locaux.

 Ils ne jouaient pas forcément juste, pas toujours très précis. Mais y avait ce truc… On s'est laissé emporter, on a fini par jouer comme eux, avec cette folie en plus.


"On a mis du temps mais on avait compris!, se souvient-il avant de poursuivre en riant: Vous vous rendez compte, ca faisait quand même pas loin de quatre ans, qu'on cherchait le truc. D'ailleurs Jacob ne s'y est pas trompé. Il nous a dit 'ah enfin, vous commencez à jouer comme des Noirs!'"
 
 
 
L'aventure se poursuit donc avec un groupe qui diffuse à la fois une musique festive et un discours engagé, voire militant. A l'instar de ce séjour en Nouvelle-Calédonie qui fera grincer quelques dents, le groupe s'étant publiquement prononcé en faveur de la cause indépendantiste. "Rien n'était calculé, assure Hamid Belhocine, c'était naturel. En Afrique , on jouait souvent deux fois. Dans des salles pour les élites, et dans des stades pour le peuple. Et on s'est toujours tous senti beaucoup plus à l'aise dans les stades!".
 
kassav' et l'afrique

 

Une enfance en Algérie, une installation en proche banlieue parisienne, des concerts sur toute la planète…  Au final, Hamid Belhocine ne se sent  "ni Algérien, ni Français, ni Antillais". "J'avance par rapport à la musique, c'est tout", assure-t-il. Et s'il y a bien un terrain sur lequel il est intarissable c'est celui là.

Les sonorités de Miles Davis, "un génie qui réinvente la musique tous les jours" le fascinent. Et puis, bien sûr, on en revient à Kassav'.  "Jacob (Desvarieux, ndlr), Georges (Decimus ndlr) et Pierre-Edouard (Decimus, ndlr) ont apporté une autre dimension. Ils ont fait du neuf avec quelque chose dont les fondations ont été posées depuis 150 ans. Pour nous, c'est passionnant".

S'il ne devait choisir qu'un seul morceau, ce serait 'An ba Chen'n La'. "J'aime sa construction, sa rtyhmique, ce que dit ce morceau. La mélodie est extraordinaire et l'écriture des cuivres aussi est très belle. Je me suis toujours régalé à jouer ce titre."


an ba chen n la


Les musiques plus urbaines, qu'il découvre souvent via ses (grands) enfants suscitent également son intérêt: "Tout n'est pas bien dans Booba, mais il y a quelques sons qui sont pas mal!", reconnaît-il.
 

 Monter sur scène et jouer, c'est plus qu'une drogue pour moi, c'est vital


Cette même musique qui, on le devine, ne le quittera jamais. A 67 ans, il ne se lasse pas des tournées, pourtant éreintantes physiquement. "Tant que ça tient, je vais continuer. De toute façon, le jour ou ca devra s'arrêter, je serai malheureux. Monter sur scène et jouer, c'est plus qu'une drogue pour moi, c'est vital".
 
Sa curiosité dans le domaine, elle aussi est insatiable. "Ca doit faire trente ans que j'écoute le 'Sacre du Printemps' de Stravinsky. Et bien à chaque écoute, je découvre de nouvelles choses dedans. Vous voyez-bien que je ne peux pas m'arrêter maintenant, il me reste trop à apprendre!"