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Hubert Reeves : "la mort des vers de terre ne fait pas la une des journaux, et pourtant…" [Volet 1]

  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le

Quelques jours après l’adoption de la loi biodiversité, La1ère.fr donne la parole à Hubert Reeves. L’astrophysicien qui connaît l'Outre-mer est le parrain de la future AFB, l’Agence française pour la biodiversité. Premier volet cette interview en quatre chapitres. 

Hubert Reeves, le parrain de l'Agence française de la Biodiversité © CONSTANT FORMÉ-BÈCHERAT / HANS LUCAS
© CONSTANT FORMÉ-BÈCHERAT / HANS LUCAS Hubert Reeves, le parrain de l'Agence française de la Biodiversité

Premier volet : La biodiversité

La1ère.fr : Hubert Reeves, qu’est-ce que signifie le mot biodiversité ?

Hubert Reeves : J’ai envie de vous répondre pourquoi on en parle ? Pourquoi est-ce venu sur le devant de la scène ? Et bien, car on a constaté que nos comportements, notre agriculture a pour effet de causer des problèmes qui promettent d’être graves et je pense en particulier aux vers de terres. La disparition des vers de terre un peu partout dans le monde à grande vitesse à cause de l’agriculture, des pesticides, c’est quelque chose de très grave.

Léon Tisgra, l'un des pionniers du bio en Martinique © CB
© CB Léon Tisgra, l'un des pionniers du bio en Martinique

Pourquoi ?

Car les vers de terre oxygènent le sol, ça le rend plus fertile. Or aujourd’hui nous avons une population sans cesse croissante et des quantités de surfaces agricoles de moins en moins fertiles en raison notamment de la disparition des vers de terre. Voilà un problème concret qui se pose devant nous. Evidemment la mort des vers de terre, ça ne fait pas la une des journaux ! Ce n’est pas comme un cyclone ! Mais nous sommes affectés dans notre présence sur Terre, notre confort. Notre propre nourriture est menacée.

Hubert Reeves chez lui à Paris © CB
© CB Hubert Reeves chez lui à Paris

C'est la même chose pour les insectes qui pollinisent : les abeilles, les papillons. Plus de 40% de la nourriture sur la Terre, notamment les fruits, est produit grâce à la pollinisation et donc à la présence des papillons, des abeilles. Or ces insectes sont en nombre décroissant.

Mais Hubert Reeves, quelle est votre définition à vous de la biodiversité ?

La biodiversité, c’est l’ensemble de tous les vivants sur la terre. C’est non seulement l’ensemble, mais aussi leurs interactions, le fait que quand on élimine une espèce, cela en élimine d’autres, par une sorte de réaction en chaîne. La biodiversité représente tout ce qui compose la vie sur la terre, comment elle est organisée, et comment nous en dépendons. Nous découvrons aujourd’hui que nous dépendons de la bonne santé de la biodiversité. Sans elle, nous disparaissons. Ce n’est pas un sujet académique, c’est très pratique et essentiel.

La commune de Teahupoo à Tahiti (Polynésie) © CB
© CB La commune de Teahupoo à Tahiti (Polynésie)

Cette loi biodiversité qui a été adoptée récemment par l’Assemblée nationale prévoit la création d’une Agence française pour la biodiversité au 1er janvier 2017. Hubert Reeves, vous êtes de parrain de cette agence, que va-t-elle changer ?

En ce moment plusieurs agences s’occupent de différents problèmes reliés à la biodiversité. L’idée d’une agence nationale consiste à les regrouper pour les rendre plus efficaces (NDLR l'Office national de l’eau et des milieux aquatiques, l’Agence des aires marines protégées, les Parcs nationaux ainsi que l’Atelier technique des parcs naturels)

Ecoutez ci-dessous Hubert Reeves sur l'Agence pour la biodiversité :

C’est une idée de François Hollande avant les élections qu’il a beaucoup tardée à mettre en œuvre. Et notre rôle, dans notre association Biodiversité et Humanité, a été de faire pression pour que ce projet aboutisse. Cela a mis beaucoup de temps, mais en politique c’est un peu normal. Les choses ne se font pas à la vitesse que l’on souhaiterait. Mais à une époque où les caisses sont vides, c’est intéressant de faire des économies.

La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, entourée de parlementaires ultramarins, mercredi 11 février, à Paris. © Léia Santacroce
© Léia Santacroce La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, entourée de parlementaires ultramarins, mercredi 11 février, à Paris.

La1ere.fr : A votre avis, où devrait se trouver le siège de l’Agence française pour la biodiversité (AFB), sachant qu’il y a un député en Guyane, Garbiel Serville, qui préconisait qu’il soit à Cayenne, car c’est là en Guyane que se trouve la moitié de la biodiversité française ?

Ah ça je ne peux pas répondre. C’est une décision qui revient au gouvernement. Normalement, l'AFB devrait se situer autour du ministère de l’Ecologie à Paris avec Ségolène Royal. C’est probablement ce qu’il va se passer. Je ne sais pas, ce sont les secrets des hommes politiques.

Le député maire de Matoury, Gabriel Serville, à l'Assemblée nationale © Capture d'écran site de l'Assemblée Nationale
© Capture d'écran site de l'Assemblée Nationale Le député maire de Matoury, Gabriel Serville, à l'Assemblée nationale

La 1ere : Cette agence va se décliner probablement Outre-mer, il y aura au moins cinq membres au Conseil d’administration de l’Agence française pour la biodiversité d’Outre-mer. Est-ce que localement, cette agence va rendre plus efficace la préservation de la biodiversité ?

L’action de cette agence va porter sur l’hexagone, mais aussi sur la Guyane, sur La Réunion, sur tous les territoires français. Son œuvre, son travail, ses opérations vont s’appliquer à la France et aux Outre-mer bien sûr.

Demain, deuxième volet de notre interview d’Hubert Reeves. 

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