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Hubert Reeves : "Le soleil nous envoie 10 000 fois plus d'énergie que ce que nous utilisons" [Volet 4]

  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le

Suite et fin de notre interview d'Hubert Reeves, le parrain de l'Agence française pour la biodiversité qui doit voir le jour le 1er janvier 2017. L'astrophysicien québécois conclut notre entretien sur une note positive. Certes, l'avenir de notre espèce n'est pas radieux, mais nous pouvons agir. 

Hubert Reeves © THOMAS COEX / AFP
© THOMAS COEX / AFP Hubert Reeves

Quatrième volet et dernier volet : faut-il désespérer de l’humanité ?


La1ère.fr : Est-ce que vous croyez à un scénario comme dans le film américain Interstellar dans lequel les hommes seront obligés de quitter leur planète après l’avoir rendu inhabitable ?

Hubert Reeves : c’est une question très discutée aujourd’hui. Pour certains, si la planète va mal, on va ailleurs. J’estime que c’est une mauvaise solution. Si l’on n’apprend pas à vivre sur la Terre d’une manière écologique, on va faire la même chose ailleurs en très peu de temps. L’autre raison : c'est que c’est tout simplement irréaliste. Les planètes potentiellement habitables sont à des distances de 65 000 ans.

Abell S1063, galaxie observée par le télescope Hubble © J. LOTZ / ESA/Hubble NASA / AFP
© J. LOTZ / ESA/Hubble NASA / AFP Abell S1063, galaxie observée par le télescope Hubble

Notre système solaire n’a aucun endroit habitable. Il faudrait aller jusqu’aux étoiles les plus rapprochées autour desquelles nous observons des planètes que l’on appelle les exoplanètes. Mais les distances sont telles et les vitesses dont nous sommes capables aujourd’hui sont telles qu’il faudrait compter des dizaines de milliers d’années. C’est donc une mauvaise solution. Cela ne répond pas au problème et ne fait que le perpétuer.

Est-ce que vous pensez que l’on peut s’en sortir ?

Moi je pense qu’il y a des moyens pour s’en sortir. Nous sommes devant deux grandes forces opposées : une force de détérioration qui se poursuit. On continue à émettre du gaz carbonique, on continue à couper des forêts dans les régions tropicales, on continue à polluer la planète. Cette force se poursuit d’année en année.

Des pans de massifs forestiers dénudés par les orpailleurs © guyane 1ère
© guyane 1ère Des pans de massifs forestiers dénudés par les orpailleurs

En parallèle, il y une autre force qui s’éveille, extrêmement puissante, une prise de conscience que l'on perçoit dans tous ces mouvements à travers le monde, dans les villes. Cette force de restauration s’oppose à la force de détérioration. Nous sommes dans un combat titanesque entre deux grandes forces dont personne ne sait ce que cela va donner.

La meilleure façon de réagir consiste à dire : cela pourrait aller bien mieux, mais cela pourrait être bien pire. Sachant cela, il faut continuer à faire comme si ça allait aller mieux, sachant que peut-être ce ne sera pas le cas. C’est une attitude volontariste.

Indiens Ashaninka à la COP21 © CB
© CB Indiens Ashaninka à la COP21

On a beaucoup parlé de la COP21 à Paris. Beaucoup de personnes se sont demandées si cela avait été utile. Et bien moi je trouve qu’il s’est passé quelque chose d’unique à cette conférence climat. 195 pays se sont mis ensemble et se sont mis d’accord. C’est le premier accord mondial de ce type. Il n’y en a eu jamais dans le passé.

Jamais on n’avait vu toute la planète se mettre d’accord sur un point. Et ce point c’est un problème : le réchauffement climatique. Les pays sont mêmes allés plus loin, en décidant de contenir le réchauffement à moins de 2° Celsius d’ici à la fin du siècle. Ca c’est l’élément positif qui fait de cette COP21 un moment historique.

L'accord historique a été signé en décembre dernier à Paris © FLICKR.COM
© FLICKR.COM L'accord historique a été signé en décembre dernier à Paris

Une solution pour lutter contre ce réchauffement de la planète, on la connait, c’est la séquestration. Il faut prendre tout ce gaz carbonique, le liquifier, le mettre en bouteille et le stocker à un endroit où il ne posera pas de problème. Mais on ne sait pas aujourd’hui comment le faire à l’échelle mondiale.

Cela met devant nous un problème de technique.  Or quand les humains s’affrontent à un problème et qu’ils sont d’accord pour le résoudre, ils sont géniaux. L'humanité a réalisé comme ça des merveilles. Le plus important c’est la volonté.

Projet Bardzour : pose de plaques solaires devant la prison du Port à La Réunion © DR
© DR Projet Bardzour : pose de plaques solaires devant la prison du Port à La Réunion

Nous savons par exemple faire de l’électricité avec le soleil. Cette énergie n’est pas valable pour 1 000 ans mais pour des milliards d’années. Le soleil nous envoie 10 000 fois plus d’énergie que ce que nous utilisons. Il s’agit d’en récupérer un 10 millième, ça ne parait pas beaucoup, mais nous n’en sommes pas encore capables.

Ecoutez ci-dessous Hubert Reeves au sujet de l'énergie solaire :

Toutefois, les progrès sur le plan de la récupération de l’énergie solaire par les cellules photovoltaïques avancent très vite. A tel point qu'un pays comme le Danemark fabrique 20% de son électricité grâce à des sources naturelles d'énergie.

Ca donne de l’espoir. Il y a des façons d’y arriver, comme dans le film Demain qui montre des exemples concrets pour trouver des solutions.

Que penser de la machine à nettoyer les océans imaginée par un jeune hollandais Boyan Slat à laquelle participe un ingénieur martiniquais dans le cadre de la fondation The Ocean Cleanup ?
 
L’idée paraît excellente. Mais les scientifiques sont sceptiques. Le problème c’est le rendement. Il ne s’agit pas d’enlever un peu de plastique quelque part, mais de savoir si l’on peut nettoyer l'océan à l’échelle de la planète, en particulier les 5 grands gyres rassemblant ces milliards de déchets plastiques qui tournent dans l’Océan. Boyan Slat a une idée intéressante, mais ce n’est pas suffisant. Cependant l’avenir est ouvert, des progrès peuvent avoir lieu.

Bruno Sainte-Rose et Boyan Slat à l'Institut maritime des Pays-Bas © CB
© CB Bruno Sainte-Rose et Boyan Slat à l'Institut maritime des Pays-Bas

Si vous aviez un petit conseil à nous donner avant de se quitter ?

Je vais vous parler d’un projet que nous défendons dans notre association Biodiversité et Humanité. Il s’appelle Oasis Nature. En gros, vous ne pouvez pas faire grand-chose contre la déforestation de l’Amazonie, mais si vous avez un territoire qui vous appartient, que ce soit un balcon ou un grand terrain, vous pouvez en faire un lieu pour la préservation de la nature. Vous évitez les pesticides, vous en faites un lieu accueillant pour les oiseaux. Cela s'appelle un Oasis nature.

Sensibilisation à la lutte contre la molécule chlordécone dans un jardin familial à Saint-Joseph © Martinique 1ère
© Martinique 1ère Sensibilisation à la lutte contre la molécule chlordécone dans un jardin familial à Saint-Joseph

Ces Oasis nature, nous en avons plus de 600 au Canada, en Belgique, en France, un peu partout et vous êtes gagnants sur deux plans. Vous savez que vous n’êtes pas dans la détérioration de la nature. Et vous n’êtes pas non plus dans ce mouvement dépressif. Nous avons des écoles qui ont transformé des bouts de terres en jardin. Ils ont organisé des fêtes, crée des journaux. Pour se joindre à nous, il suffit de taper Oasis nature, sur le site de notre association, et il y aura tout ce qu’il faut ! 

Les conseils d'Hubert Reeves en version sonore :

 

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