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INSEE : L’importance de l’entreprenariat au féminin à Mayotte

L' étude de l' INSEE sur la création des entreprises à Mayotte  en 2016 fait état d'une diminution de 3% par rapport à 2015.  On a beaucoup d' entreprises individuelles et la part des femmes dans le commerce est fondamentale à Mayotte.

NOUVEAU MARCHE COUVERT DE MAMODZOU
NOUVEAU MARCHE COUVERT DE MAMODZOU
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le

 

Emmanuel TUSEVO : Votre rapport signale que dans le domaine du commerce, ce sont les femmes qui ont le vent en poupe ?

Jamel MEKKAOUI : C’est une particularité du territoire de Mayotte qui rejoint d’autres aspects sociologiques. C’est que d’abord, près de la moitié des créations d’entreprises individuelles à Mayotte sont portées par des femmes : 48% contre 40% au niveau national.
Et,  Mayotte est, cette année 2016, au  premier rang dans les départements français pour la part des femmes dans la création d’entreprises. C’est une vraie particularité, la place des femmes dans la création d’entreprises. C’est un vrai phénomène, l’importance de l’entreprenariat au féminin à Mayotte.

Emmanuel TUSEVO : Quelle est la moyenne d’âge du créateur ou de la créatrice d’entreprises à Mayotte ?

Jamel MEKKAOUI : C’est un point qui me semble important et qu’on avait déjà signalé l’année dernière mais qui se confirme cette année, c’est le fait que le créateur d’entreprises à Mayotte est en moyenne âgé de 39 ans. C’est deux ans de plus qu’au niveau national mais surtout, c’est très jeune par rapport à la jeunesse de la population mahoraise. Donc, on a une population de créateurs d’entreprise légèrement plus âgée qu’en métropole, avec une part de population jeune beaucoup plus importante.

Emmanuel TUSEVO : Dans la conclusion de cette étude, vous parlez d’une nouvelle diminution des créations d’entreprises en 2016 ?

Jamel MEKKAOUI : Le constat qu’on fait en 2016 est que la dynamique de création d’entreprises est assez faible à Mayotte. On est à un peu moins de 800, 797 créations  d’entreprises en 2016 et c’est moins que ce que c’était en 2015 et moins encore que ce que c’était en 2014. Donc, ça fait 2 années consécutives où la création d’entreprises a diminué …

Emmanuel TUSEVO : Qu’est ce qui justifie ces diminutions ?

Jamel MEKKAOUI : C’est une véritable interrogation, c'est-à-dire aujourd’hui, on sent que la dynamique de création d’entreprises n’est pas encore engagée à Mayotte… Le territoire est en développement, la croissance des richesses  est importante avec plus de 8% de PIB par an mais en même temps, on voit que la démarche de création d’entreprises n’est pas encore au rendez-vous et qu’elle n’augmente pas au fil du temps.

Emmanuel TUSEVO : Mais est-ce que ce n’est pas un peu trop facile de dire aux jeunes diplômés : «  créez votre entreprise », j’allais être grossier en disant : est ce que ce n’est pas se foutre du monde en disant «  créez votre entreprise » alors que pendant qu’on annonce 700 créations d’entreprises en une année, on ne nous dit pas celles qui, 6 mois après, sont allées déposer le bilan ?

Jamel MEKKAOUI : Alors, il y a deux choses : aujourd’hui, dans le système statistique d’entreprises, on connaît assez mal les cessations d’entreprises à Mayotte. Alors pourquoi ? C’est parce que les personnes, une fois qu’elles ont arrêté leur activité, ne font pas toujours les démarches. Donc, on connaît les dépôts de bilan administratifs mais globalement, on a cette difficulté de bien mesurer les entreprises qui n’existent plus et pour lesquels le chef d’entreprise n’a pas fait les démarches. Pour répondre à cette question, on n’a pas tous les éléments. Généralement, les politiques publiques essayent d’aider la création d’entreprises. Il y a évidemment le salariat qui existe mais la création d’entreprises est une chose généralement valorisée dans l’ ensemble du territoire pour permettre d’ abord de créer l’activité du créateur d’entreprise mais aussi des salariés qu’il embaucherait éventuellement.
JAMEL MEKKAOUI , INSEE MAYOTTE © PHOTO : EMMANUEL TUSEVO :
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO : JAMEL MEKKAOUI , INSEE MAYOTTE

Emmanuel TUSEVO : Quels sont les secteurs qui sont les plus dynamiques dans les créations des entreprises ?

Jamel MEKKAOUI : Ce qui est intéressant à Mayotte,  c’est le commerce en termes de création d’entreprises qui est le secteur le plus dynamique. On a une part de créations d’entreprises de 67% dans ce secteur contre 26% en France et quand on regarde, à l’inverse,  la part des professions libérales créant des entreprises individuelles, cette part est particulièrement faible à Mayotte, 12% contre 43% en France.  Ca se comprend très bien. Les professions libérales sont particulièrement liées à des territoires en développement fort et donc le niveau de  richesse à Mayotte est quand même globalement faible et donc n’incite pas aujourd’hui  la création dans ce domaine là et en revanche , le commerce se développe assez naturellement en lien avec la hausse de la consommation.

Emmanuel TUSEVO : De vos observations, est  ce que ces différentes créations d’entreprises sont pourvoyeuses d’emplois pour d’autres salariés ?

Jamel MEKKAOUI : Alors, il y a le moment de la création et il y a après. Au moment de la création d’entreprises, 4% des entreprises emploient ders salariés. On a parlé de beaucoup d’entreprises individuelles, des petits commerces, ainsi de suite, dans la très grande partie des cas, il n’y a pas encore des salariés. Pour les 4% qui sont employeuses, elles ont en moyenne 3,1 salariés. D’abord, la création d’entreprise conduit à la création de son propre emploi. Après, il faut voir dans le temps, si er fonction de la dynamique d’entreprise, celle - ci permet à d’autres salariés  de s’endosser à l’entrepreneur individuel qui a créé son entreprise.
Emmanuel TUSEVO : En parallèle à ce que nous disions sur les femmes qui sont prédominantes dans le commerce, votre enquête signale que dans les bâtiments, la construction, ce son(t les hommes ?
Jamel MEKKAOUI : Oui, d’un côté, on les femmes dans le commerce, c’est assez caricatural, et dans les constructions, l »es réparations automobiles, les transports, on est à  plus de 90% d’entreprises crées par les hommes.
Emmanuel TUSEVO : En gros, que faut-il retenir de cette étude ?
Jamel MEKKAOUI : On a une création d’entreprises qui est moins forte que celle de l’année passée, on a une diminution de 3% du nombre de créations d’entreprises, on a un taux de création d’entreprises qui, en indicateur pur, est le plus faible de France. On utilise beaucoup l’entreprise individuelle à Mayotte.
La SARL est relativement peu répandue. On a des petites structures, des petites entreprises, beaucoup dans le commerce et les deux particularités fortes dans la nature de créations d’entreprises, c’est la part des femmes, c’est fondamental et le fait que les jeunes sont peu nombreux dans la création d’entreprises aujourd’hui à Mayotte.
Emmanuel TUSEVO : En fin de compte, à quoi servent vos nombreux rapports ? C'est pour finir dans des tiroirs ? 

Jamel MEKKAOUI : L’idée, c’est vraiment d’éclairer la question de l’économie et de voir, avec tous les indicateurs qu’on rassemble, quelle est la dynamique qui se crée, montrer que le commerce est dynamique à Mayotte, c’est intéressant et ça peut permettre comment on oriente les politiques générales de création des richesses et aussi de savoir vers quels secteurs s’oriente naturellement la population mahoraise.
Emmanuel TUSEVO : En conclusion, c’est un des indicateurs du développement économique ou pas de l’île ?
Jamel MEKKAOUI : On a vu que 33% de la richesse crée par les entreprises privées à Mayotte était dans le commerce. Donc on voit que ce secteur là en lien avec la création des richesses avec les importations fortes sur le territoire qui augmentent  chaque année à Mayotte est porteur. Quand on regarde les sortes d’emplois qui sont créés aujourd’hui à Mayotte, ce sont souvent des petites entreprises, on ne parle pas de gros groupes, c’est assez naturellement vers le commerce qu’elles se tournent. Donc, ça interpelle. Est-ce que c’est un modèle de développement que l’on souhaite, le commerce… on n’a pas beaucoup de créations dans l’industrie par exemple de manufacture. On a beaucoup de choses dans les reventes directes ou un tout petit peu dans la construction évidemment en lien avec les besoins du territoire.

Propos recueillis par EMMANUEL TUSEVO DIASAMVU



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