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Le temps de l'amour

Il est temps de donner un peu de soi à cette île car elle nous a tant donné, elle nous donne tant. Elle a mal, elle a mal pour nous car nous ne savons pas, nous ne savons rien d'elle. Elle était là avant nous, elle a une âme, elle respire, elle a un cœur, qui tambourine.

  • Azidou MANDHUI
  • Publié le , mis à jour le
Cher élu, quelle chance d'être "élu", d'être parmi ceux à qui le peuple a confiés sa confiance. Quelle chance d'être au plus haut sommet porté par les espoirs d'un peuple ! Cher élu, fais honneur à ton île, sois digne, respecte-toi, respecte ton nom, celui de tes  ancêtres, de ton père, de ta mère, de tes enfants, respecte le nom de ton peuple.

Cher élu, regarde-toi, sans rompre avec la réalité, regarde-toi: qu'allons-nous garder de toi ? Que vas-tu laisser à cette île ? Que vas-tu transmettre à ta famille ? Allons-nous nous souvenir de toi ?  Tu as bâti ta réputation sur le prestige, l'art de la dissimulation, des ficelles, du marionnettiste et que veux-tu ? Regarde-toi. Si sur ce miroir tu parviens à te voir, à te regarder plutôt, si tu vois ton seul reflet, alors couvre-toi de honte. Agenouille-toi et demande pardon au peuple, car tu as souillé sa confiance.

Élu, cher élu, quand tu te regardes dans un miroir, tu dois voir le peuple en toi, tu dois entendre les doléances de ton peuple, tu dois sentir le poids de la confiance, cette confiance entre tes mains, puis le poids de cette île sur tes épaules. Elle pèse sur toi pour que jamais tu ne te courbes, mais que tu gardes la tête haute, le dos droit, les yeux rivés vers un seul but: l'intérêt de cette île.

Tends tes bras et écoute ton corps: si les intérêts personnels pèsent plus que ceux de notre île, alors lutte pour investir plus d'amour dans ton île. Ton île, c'est ta famille, ce sont tes enfants, c'est le lait maternel. Bats-toi contre la haine de ton frère, bats-toi pour ton frère, sois prêt à affronter la balle qui s'apprête à faire tomber Zakia Madi, sois prêt à porter la voix de Zéna vers les cieux quand elle dit "Kari Vendzé", à rire avec Bamana avec ce "à la merde à la con", à entendre le serment de Marcel et à le raconter à tes enfants, à signer le traité de cession et remercier Andriantsouli, à murmurer avec délicatesse le nom de Mawana Madi, à célébrer les chatouilleuses, à aimer ton île. Pense à ce peuple en toi qui est fier et qui t'a donné sa voix. Tu parles avec sa voix. Sois sûr de ne jamais trahir ses paroles, son timbre, ses espoirs.

Un élu ne laisse pas de regrets derrière lui quand il a été le porte-voix du peuple. Aimez-vous, embrassez-vous, prenez le temps de vous regarder, cherchez le peuple dans votre regard, dans votre gestuelle, votre attitude. Trouvez d'abord le peuple et ses espoirs. Puis aimez-vous, vous aimerez cette île. Quand on aime cette île, on n'a aucune haine, aucune peur, on se met au-devant de l'arène. Quand on a la bénédiction du peuple, on prend les meilleures décisions.

Un jour, Marcel Henry avait fait naufrage avec un ami. Ce dernier, respectueux, conscient du statut de ce grand homme, proposa de nager jusqu'à la rive chercher les secours. Marcel lui dit: "non, c'est moi qui vais y aller. Je n'ai peur de rien car j'ai la bénédiction de mon peuple, des nôtres. " Il partit chercher les secours sans souci.

Cher élu, si tu es "élu", c'est qu'on t'a donné la bénédiction du peuple. Si tu la trahis, elle t'engloutira. Et nous t'oublierons. Ouvre tes yeux et regarde autour de toi. Regarde ton île qui sombre. Es-tu prêt à nager, affronter les houles, les vagues scélérates pour la sauver ?

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