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Le porte-parole des "500 frères contre la délinquance" est officier de la police judiciaire mais au bout de onze ans, il a décidé de se mettre en disponibilité et de créer ce collectif contre la violence en Guyane. Portrait.

Policier et chanteur

Mickaël Mancée impressionne avant tout par sa carrure et sa taille. Ce père de quatre enfants, âgée de 33 ans, au physique séduisant (il mesure près de 2 mètres) a été pendant longtemps le seul membre du collectif des 500 frères à s’exprimer à visage découvert devant les caméras. Il est l’un des deux porte-paroles de ce collectif créé en février dernier en Guyane. Il est aussi chanteur, sous le nom de Mika, régulièrement invité sur Guyane 1ère. Lors de la manifestation historique du 28 mars à Cayenne, il a entonné, en créole, un kamougué (un rythme guyanais) qui met des mots sur le grand malaise ressenti dans le département. Une vidéo (enregistrée par Mylène Mazia) très partagée sur les réseaux sociaux. La voici, (sous-titrée par La1ere) :

Le déclic

"Cela fait 11 ans que je fais partie de la police nationale. A l’intérieur je ne pouvais pas parler, alors j’en suis sorti. J’ai compris le système. J’ai compris pourquoi ça ne marche pas. Tous les jours j’allais au travail à reculons. Continuer de travailler pour rien, ça me détruisait la santé". La Guyane est le territoire le plus criminogène de France : 42 homicides en 2016 contre 33 à Marseille. Depuis vingt ans, les faits divers deviennent de plus en plus sordides en Guyane. Les braquages et les agressions à la personne atteignent des niveaux de violence jamais égalés dans l'ensemble du pays. Toutes les familles ou presque sont touchées. En 2009, Mickaël Mancée à perdu son neveu de douze ans : "Il a pris une balle perdue. La semaine suivante, il aurait eu 13 ans".

La naissance des 500 frères

En février dernier, un jeune de 30 ans a été tué pour avoir refusé de donner sa chaîne en or et sa montre à son agresseur. Employé d’une société d’entretien d’espace vert, Hervé Tambour était en train de faire sécher son linge à la laverie de la cité Eau Lisette, à Cayenne. Le premier coup de feu l’a déséquilibré. Son meurtrier l’a achevé d’une balle dans le ventre, alors qu’il était à terre. C’est le meurtre de trop. Mickaël Mancée écrit sa lettre de démission. "Mes collègues l’ont déchiré donc j’ai choisi de me mettre en disponibilité". Il créé alors le collectif et décide de leur première action. "Il fallait que la peur change de camp". Regardez le reportage de Guyane 1ère sur ce premier défilé :
La manifestation du collectif Les 500 frères

Les 500 frères défilent masqués, vétus de noir, dans les rues de Cayenne. Ils vont multiplier ainsi les actions coup de poing. Leur tenue et leur logo impressionnent. On y voit une épée et deux revolvers dont le canon est baissé : "Ils sont barrés par une une croix, ça veut dire stop".

© Caroline Marie / Outre-mer 1ère




Un collectif et un porte-parole très populaires

Aujourd’hui, les 500 Frères ont conquis les guyanais. L’immense majorité de la population soutient leur démarche qui a pourtant parfois été à la limite de la légalité. Regardez le reportage de Guyane 1ère sur le Collectif des 500 frères :
QUI SONT LES 500 FRERES?

Pour Mickaël Mancée, il ne fait aucun doute que c’est cette cagoule, cette provocation, qui explique aujourd’hui le succès des 500 frères. Et à ceux qui se demandent,inquiets, s’ils sont une milice, sa réponse est toujours là même :

 Il faut que les choses soient claires. Si nous étions une milice, nous  n’aurions pas demandé à rencontrer les autorités. Il fallait marquer les esprits. Sans la cagoule, nous n'aurions jamais été pris au sérieux. Depuis 20 ans, il y a eu beaucoup de collectifs, de marches contre la violence, ça n’a rien changé. Il fallait faire quelque chose de différent. Si on est écouté aujourd’hui, c’est bien grâce à cette cagoule".



Selon lui, le contrat entre la France et les Guyanais n’est pas respecté : "Nous acceptons de suivre les règles de la République et en contrepartie, l’Etat nous permet de profiter du système qu’il nous offre mais aujourd’hui, nous estimons que nous assurons nos responsabilités, contrairement à l’Etat.  L’Etat doit prendre en compte les spécificités locales, la réalité de la vie ici. On demande à être traité comme tous les autres départements de France. En termes d’infrastructures, de moyens matériels et humains, on est en retard sur tout. Tous les maillons de la chaîne pénale sont faibles, c’est pour cela que les délinquants se sentent en confiance : personne ne leur répond en face. C’est pour ça qu’aujourd’hui, il faut dire stop ! "

© Caroline Marie


Des zones de non-droit

En Guyane, sur la RN1 qui longe le littoral, il y a deux barrages filtrants. L’un à I’Ouest, à Iracoubo, l’autre à Bélizon, dans l’Est.

Le barrage d'Iracoubo © 97320.com


A ces check-point, les forces de l’ordre contrôlent les identités pour interpeller les délinquants et les trafiquants. Le trafic de stupéfiants est un problème majeur en Guyane. Le département est l’un des points de passage de la cocaïne et du crack en direction de l’Europe. Les drogues font des ravages en particulier chez les jeunes déscolarisés et livrés à eux-mêmes. "Mais la Guyane, ce n’est pas juste entre ces deux barrages. La République, c’est toute la Guyane. Il faut replacer dans la République les communes qui sont au-delà des barrages . Il est hors de question que ces habitants vivent dans des zones de non-droit. Ce que l’on réclame aujourd’hui, c’est quelque chose qui nous est du."

Une forte immigration

La Guyane connaît une croissance démographique de plus de 4 %. A Saint-Laurent du Maroni, à la frontière du Surinam, c’est bien plus. En Guyane, l’immigration atteint des records. En quatre ans, 13.000 demandeurs d’asiles ont déposé un dossier. Proportionnellement, c’est comme si en France hexagonale environ 3 millions et demi de personnes s’étaient présentés à la préfecture. Dans la prison du pays, plus des 2/3 des détenus sont originaires des pays voisins. Or, la population carcérale est en surnombre et l’administration n’a pas les moyens de faire face à la situation.  A plusieurs reprises, le collectif des 500 frères s’est rassemblé devant les consulats du Brésil, du Guyana et du Surinam pour réclamer des accords bilatéraux avec la France afin de pouvoir renvoyer les détenus dans leur pays d’origine.

Des communautés diverses

Ce sont ces revendications communes qui vont faire le lien entre l’ensemble de la population. Depuis sa création, la Guyane a accueilli des vagues de migrants. Martiniquais, Guadeloupéens, Métropolitains, bagnards, Chinois, Hmongs, Brésiliens etc... Tous se sont installés et ont investi un domaine professionnel spécifique. Tout le monde vit ensemble, se croise, sans véritable unité. Un système qui semble être arrivé à bout de souffle.

L’originalité de ce mouvement, c’est que toute la population se mobilise, discute ensemble des besoins spécifiques de la Guyane. Dans la foulée des 500 Frères, une vingtaine de collectifs s’est créé un peu partout dans le département. Toutes les professions sont mobilisées : avocats, transporteurs, chefs d’entreprises, enseignants, personnels soignants etc. Et lors de la marche du 28 mars à Cayenne, tout le monde était là, mobilisé.

Absence de chef

© Caroline Marie


La particularité de ce mouvement c’est bien l’absence de "chef". Les élus, les syndicats, sont parties-prenantes de ce mouvement au même titre que les collectifs. Les 500 frères tiennent à être au même niveau que les autres collectifs. C’est bien un mouvement citoyen et solidaire qui se veut démocratique. Lors de ce rassemblement, le drapeau guyanais a été très présent. Un emblème sous lequel toute la population peut se retrouver désormais unie.

Une nouvelle page

La Guyane est en train d’écrire une nouvelle page de son Histoire. C’est bien la naissance d’un destin commun, pour reprendre une expression calédonienne, auquel on assiste. «"J’ai été ému de voir toutes les communautés de Guyane rassemblées lors de la marche. On a enfin compris que c’est tous ensemble qu’il faut être pour faire avancer les choses, et c’est le début de plein de jolies choses", explique Mickaël Mancée.

Quel avenir pour Mickaël Mancée ?

Mickaël Mancée membre du collectif "500 frères contre la délinquance" © Guyane 1ère


Bien que les 500 frères bénéficient d’une aura particulière, dû en partie au charisme de Mickaël Mancée, celui-ci n’a pas, en tout cas pour l’instant, d’ambition politique. "J’ai été approché mais la politique, ce n’est pas mon monde. Je veux faire tout mon possible pour mon pays. Je travaille pour mes collègues mais je n’y retournerai pas. Mon combat est incompatible avec la fonction de policier. Je vais déposer ma lettre de démission". 

Les 500 frères lors de la marche du 28 mars à Cayenne © Caroline Marie