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Nouvelle-Calédonie : les scénarios de Vale pour l’usine de nickel du Sud

À Toronto, au siège de la branche nickel de la multinationale brésilienne, le vice-président de Vale répond à notre appel. Il confirme la position de son groupe. Vale "réévalue" son usine calédonienne.

A gauche sur l'image, Cory McPhee vice-président et directeur de la communication de Vale. © Vale
© Vale A gauche sur l'image, Cory McPhee vice-président et directeur de la communication de Vale.
  • Par Alain Jeannin
  • Publié le , mis à jour le
Fin juin à Rio au Brésil, le PDG de Vale, Fabio Schvartsman indique aux investisseurs de la banque américaine Citi qu’il va « éteindre son usine calédonienne ». L’information est relayée par le Metal Bulletin et le Financial Times puis l’agence Reuters. Depuis cette annonce, l’inquiétude est grande en Nouvelle-Calédonie. L’usine de nickel du Grand-Sud emploie plus de 1350 salariés auxquels s’ajoutent près de 3000 emplois dans la sous-traitance. La fermeture -éventuelle- de l’usine VNC aurait de graves conséquences économiques et sociales en Nouvelle-Calédonie. "Le PDG de Vale le sait, et il étudie différents scénarios" souligne Jean-François Lambert, expert des matières premières et membre du cercle Cyclope.

Vale répond depuis Toronto 

Il est 7 heures du matin ce 14 juillet à Toronto. Cory McPhee, le directeur des relations extérieures pour les métaux de base chez Vale est en congé. Mais il répond à notre appel. Durant notre bref échange, il précisera simplement que la décision finale concernant l’avenir de l’usine calédonienne sera prise au Brésil par le PDG de la multinationale entouré de son conseil stratégique. Vale n’est donc pas aux abonnés absents, mais un silence s’instaure dès que les questions se font plus précises : « Je ne peux pas en dire plus, mais je réponds rapidement à votre mail » conclut M. MacPhee. 

La réponse écrite du vice-président de Vale nous parvient quelques minutes plus tard : « Je ne peux pas commenter le rapport de Citi, mais je peux vous dire que sous la direction de notre nouveau PDG, Vale étudie tous ses actifs peu performants, toutes ses opérations qui perdent de l’argent, un domaine particulièrement sensible. Vale Nouvelle-Calédonie fait partie de cet examen. Le prix du nickel, aujourd'hui, languit à environ 9.000 $ la tonne, sans indication de reprise à court terme. Cela nous oblige à réévaluer toutes nos implantations minières dans le secteur du nickel, y compris nos opérations en Nouvelle-Calédonie, qui continuent à perdre de l'argent à ces prix ». Réévaluer n’est pas fermer, mais dans le langage des gestionnaires financiers la frontière entre les deux mots est mince. Le 10 mars dernier, Vale confirmait la fermeture de la mine de nickel de Stobie au Canada. Mais c'était une mine en fin de vie, sans réserve de minerai, tout l’inverse de sa mine calédonienne…

L'usine de VALE NC à Goro dans le sud de la Nouvelle-Calédonie © NC 1ère
© NC 1ère L'usine de VALE NC à Goro dans le sud de la Nouvelle-Calédonie

Décryptage

A Londres, Jean-François Lambert analyse la situation de Vale. Expert et consultant en matières premières, l'ancien responsable du secteur pour la banque HSBC n'est pas étonné. Il connait bien ces situations : « Le nouveau PDG de Vale fait "son audit de la Cour des comptes". Il identifie la plus grosse fuite de revenus de Vale (sa présentation chez Citi) comme étant Vale Nouvelle-Calédonie. Ce qu’il ajoute, c’est que les perspectives sont mauvaises, donc le message est le suivant : si je peux me séparer de ces activités, je suis intéressé. Il y a donc plusieurs scénarios : 1/ Arrêt des activités (difficile dans le contexte sensible de la Nouvelle-Calédonie). 2 / Vente totale. Mais qui va acheter VNC dans ce contexte de marché et à quel prix ? 3 / Vente partielle (alliance) mais avec qui ? 4 / Maintien de VNC, mais coupe sombre sur les coûts et donc les emplois ».

Course au nickel

En 2006, le groupe brésilien Vale rachète Inco, compagnie minière et métallurgique canadienne du nickel, Inco est alors le numéro trois mondial. Dans l’euphorie des prix du métal gris qui évoluent autour de 30.000 dollars la tonne, Vale poursuit activement le projet d’une grande usine hydro métallurgique en Nouvelle-Calédonie. Moins de dix ans plus tard, l’usine est en activité mais le prix du nickel est tombé. Aujourd'hui il se situe autour de 9.000 dollars la tonne. Surproduction et crise mondiale frappent durement les cours des métaux industriels. Vale affirme perdre beaucoup d’argent dans le nickel en Nouvelle-Calédonie et depuis trop longtemps. Plus d’un milliard de dollars pour la période 2014-2016.

À Nouméa, le député Philippe Gomes rappelle le soutien financier de l’État français et du gouvernement calédonien à Vale et à son usine calédonienne. Pour pérenniser l’activité du site industriel, près de 440 millions d’euros ont été mis à disposition de Vale Nouvelle-Calédonie sous forme de prêt et de financement d’infrastructures pour le complexe de nickel.

Comprendre les enjeux

En conclusion, précise Jean-François Lambert, "la balle circule entre les trois principaux producteurs de la région. L’Indonésie, après avoir limité ses exportations de nickel reprend ses activités. Les Philippines, finalement, ne les arrêtent pas et donc la variable d’ajustement devient la Nouvelle-Calédonie qui va se retrouver sous forte pression jusqu’à ce que la roue tourne à nouveau. Le PDG de Vale montre du doigt son hémorragie, c'est VNC, il se positionne mais tout ce qu'il dit est connu et relève aussi d'une stratégie de communication". Reste à en connaître la cible et les objectifs.

Ce vendredi soir à Londres, comme un clin d'oeil ironique adressé à Vale, les cours mondiaux du nickel enregistraient leur plus forte hausse de ces derniers mois. Le métal progressait de 4,03 % à 9.558 dollars, soit un gain de plus de 6 % sur la semaine.
 

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