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Assises : la terrible soirée de Papara racontée à la barre

Un déferlement de violence, un effet de meute qui n'a freiné aucun des protagonistes et qui n'a laissé aucune chance aux victimes. Voilà, le glaçant résumé des faits raconté à la barre, avec les premiers témoignages.

La barre de fer de 10kg ayant servi à frapper une des victimes, grièvement blessée dans la bagarre. © M. TUMATARIRI/POL1ère
© M. TUMATARIRI/POL1ère La barre de fer de 10kg ayant servi à frapper une des victimes, grièvement blessée dans la bagarre.
  • L.G, A. M
  • Publié le , mis à jour le
Le procès doit durer toute la semaine.
Mardi 12 septembre, la cour a examiné le déroulé des faits. Un déferlement de violences raconté à la barre.

Vers 19h00, une première dispute éclate entre des jeunes femmes au sujet de ce vol d'enceinte audio. Le calme revient rapidement. Mais la jeune fille, victime présumée du vol, fait appel à trois amis : Enoa, son ex-compagnon, Moearii, frère d'Enoa et parrain de son enfant et leur cousin.

Vers 20h00, la petite équipe revient dans la cour, au PK 30,7, très énervée. Ils réclament l'appareil, Enoa crie, des menaces sont échangées, la jeune fille est violentée. Mais en retour, ils essuient des jets de bouteilles. Tout d'un coup, tout bascule. Les assaillants sont une quinzaine et les coups pleuvent. Le cousin de Moearii essaie de venir les aider avec sa voiture, mais il est caillassé. Il est impuissant.

Moearii lui-même essaie de s'enfuir en courant, son frère le suit. Mais les assaillants font chuter son frère au sol. Moearii revient sur ses pas pour tenter d'aller le chercher. "Ils avaient des barres de fer, raconte le cousin. Nous, nous n'avions que nos pieds et nos poings."

Les forces de l'ordre arrivent à 22h00. Il y a alors deux blessés graves. A 23h00, le décès de Moearii est constaté. L'examen médical note "un fracas du massif facial" et un gros traumatisme crânien. Son visage a été enfoncé probablement à cause des violents coups de pied portés au visage.

Les suspects se seraient acharnés sur lui, alors qu'il était au sol. Son frère, grièvement blessé, assiste à la scène, impuissant : "Je les ai vu le tabasser, s'acharner sur mon frère, lui donner des coups de pieds dans le visage alors qu'il était au sol, mais j'étais K.O, je ne pouvais rien faire," raconte-t-il à la barre.

Aujourd'hui, il souffre de séquelles au cerveau avec d'importantes pertes de mémoire. Lui-même a été frappé avec un barre de fer de 10 kg. "La dernière chose dont je me souvienne, c'est cette barre fer. Ils se sont acharnés sur nous." Enoa s'était vu notifier un mois d' ITT. C'est un miracle qu'il soit toujours en vie.

Un des prévenus, 18 ans au moment des faits, raconte : "Je voulais taper jusqu'au bout, mais pas pour le tuer. J'étais bourré. J'étais en rage, je n'arrivais plus à me contrôler." Il est revenu à la charge alors qu'un jeune tentait de réanimer Moearii : "Il était en mauvais état, je le voyais bouger comme quelqu'un qui a une crise". L'enquête a démontré qu'il a marché cinq fois sur la tête de la victime.

"Pourquoi ne pas les avoir laissés partir ? demande la Présidente à un autre prévenu.
-J'étais trop en colère. Je voulais les blesser, mais pas les tuer.
-Pourquoi les avoir frappé à la tête, dans ce cas ?
- Ça m'est venu comme ça, je tapais comme dans un ballon. Il n'avait pas à imposer sa loi comme ça chez moi, dans mon quartier. Il reste chez lui, je reste chez moi.


Les photos des lieux projetées lors de l'audience témoignent de la violence des coups portés, avec des tâches de sang au sol et sur les murs. Les prévenus buvaient de l'alcool depuis le matin. Certains avaient entre 0,83 g/L et 1,6 g d'alcool/L de sang, d'autres des traces de cannabis dans le sang au moment des faits.

Lorsque l'huissier sort les fameuses barres de fer de leur emballage, les pièces à conviction, la mère de la victime s'effondre. De lourdes barres de fer utilisées en construction, pour l'armature des toitures. "Ça me fait mal, témoigne-t-elle à la sortie de l'audience. Quand j'ai vu les barres de fer utilisées, j'ai pleuré. Ça me fait penser à mon fils qui a laissé son bébé de 7 mois. Je n'ai pas encore fait mon deuil. J'y pense tous les jours. Dans sa chambre, sa voix résonne. Les accusés ont demandé pardon. Pourquoi ? Eux, ils sont vivants. Mon fils à moi est mort. Je ne peux pas accepter. Peut-être plus tard, quand j'aurais fait mon deuil, mais je ne crois pas. J'attends qu'on les punisse. Pas un, tout le monde."

Les plaidoiries des avocats devraient suivre. Le verdict est attendu jeudi soir ou vendredi.

Les six accusés, âgés de 21 à 32 ans, encourent 20 ans de prison pour violences volontaires commises en réunion ayant donné la mort sans intention de la donner.

Un autre procès aura lieu au tribunal correctionnel pour juger les blessures graves infligées aux deux autres victimes.

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