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Réunionnais de la Creuse : Anne David, 49 ans, va découvrir pour la première fois son île natale La Réunion

Depuis 15 ans, les associations de Réunionnais de la Creuse réclament des billets d'avion pour La Réunion. Le combat de ces ex-enfants exilés dans des départements ruraux de l'Hexagone a abouti en février. Les premiers départs ont lieu. Parmi eux, celui d'Anne David, 49 ans, Bretonne d'adoption.

Anne David © DR
© DR Anne David
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le

Anne David prépare ses valises pour La Réunion. Une semaine avant le départ, elle a déjà presque tout bouclé. A 49 ans, cette native de La Réunion n’a jamais mis les pieds sur son île natale. Adoptée à l’âge de 18 mois par une famille du Finistère, elle savait seulement qu’elle était Réunionnaise, mais ne connaissait rien des circonstances de son abandon. Anne David va bénéficier des premiers billets d’avion payés à 90% par le gouvernement dans le cadre des mesures annoncées en février dernier. Regardez ci-dessous le reportage de France Ô :

1er billet Réunionnais de la Creuse

Les Réunionnais de la Creuse

C’est seulement en novembre 2016, en voyant un reportage sur les Réunionnais de la Creuse qu’Anne David a commencé à se dire que son histoire avait peut-être à voir avec cette affaire. Entre 1963 et 1982, près de 2 150 enfants réunionnais ont été envoyés dans des départements ruraux de l’Hexagone (dont un fort contingent dans la Creuse) sans l’avoir vraiment souhaité. Pour certains, on leur promettait un avenir meilleur, des études, la possibilité de revenir au pays, mais dans la plupart des cas rien ne s’est passé comme promis. Pire certains enfants ont été marqués durablement par des adoptions qui se sont mal passées. Des parents illettrés de La Réunion se sont vus dépossédés de leurs enfants sans l’avoir voulu.  

Juste une empreinte

Après avoir vu cette fameuse émission qui lui a fait se poser des milliards de questions, Anne David a contacté la Fédération des Enfants Déracinés des DROM. Grâce à l’association, elle a pu obtenir pour la première fois une partie de son dossier auprès du département de La Réunion. Anne David a alors pu lire le nom de ses parents biologiques. “Sur les documents que j’ai en ma possession, il apparaît que ma mère n’a pas signé, elle a juste posé son empreinte”, précise-t-elle.  

Décision d'abandon © DR
© DR Décision d'abandon

 

Les réseaux malbars

La Réunionnaise s’est ensuite précipitée sur les pages blanches et a téléphoné à Saint-André. “Une personne m’a donné le numéro de téléphone de l’une de mes demi-sœurs, raconte Anne David. Ensuite mon appel a été relayé sur Facebook de manière très efficace grâce aux réseaux malbars" ( NDLR nom de la population indienne de La Réunion). En janvier dernier, une autre demi-sœur de La Réunion l’a contactée. A chaque fois, à chaque discussion, Anne David essaie d’en savoir plus sur ses origines. 

Obtention d'un billet

A peine a-t-elle découvert une petite partie de son histoire qu’Anne David s’est trouvée embarquée dans un tourbillon. A force de revendications, les Réunionnais de la Creuse ont obtenu en février dernier une série de mesures de la part du gouvernement, en particulier l’obtention de billets d’avion pour l'île en faveur des ex-pupilles. 
 

Anne David, une enfance en Bretagne © DR
© DR Anne David, une enfance en Bretagne


Anne David fait partie des premiers Réunionnais dit de la Creuse à en bénéficier. Son nom figure en effet sur la liste des 2 150 enfants recensés par la commission d’experts mise en place par le gouvernement en février 2016. Elle va donc partir du 2 au 22 août à La Réunion avec son mari et ses deux enfants. “Jusqu’à présent je ne souhaitais pas y aller, c’était trop douloureux, mais cette fois j’ai envie de rencontrer ma famille, en particulier mon frère qui m’attend, mes demi-frères et sœurs. J’aimerais que les anciens me parlent du passé, de mon passé. Mon histoire m’a rattrapée”.

Voyage en famille

Seul le billet d’Anne David sera pris en charge à 90% par l’Etat. C’est l’UDAF (Union départementale des Associations familiales à La Réunion) qui se consacre à cette prise en charge. Ses enfants et son mari ne sont pas concernés par l’aide. “C’est un coût important pour nous, mais je ne voulais pas y aller seule”, avoue Anne David. Son mari, Claude David ajoute : “ce voyage est important pour Anne, pour mes enfants qui sont le fruit d’un métissage. Pour leurs vies d’adulte, ils doivent revenir à la source”. 

Connaissance de ses origines

A La Réunion, je vais essayer d’obtenir mon dossier complet auprès du conseil départemental de l’île. J’aimerais vraiment savoir ce qu'il s’est passé, mais j’accepterai aussi de ne pas avoir toutes les réponses”, confie Anne David. “Je pense trouver là-bas un certain apaisement. Et puis pour mes enfants, je pense que c’est important qu’ils connaissent eux aussi leurs origines. Moi je me suis construite. Pour eux, ce sera un plus. Et puis j’ai tout simplement envie de découvrir La Réunion, ses paysages, ses différentes cultures”. 
 

La seule photo d'Anne David prise à La Réunion © DR
© DR La seule photo d'Anne David prise à La Réunion


Avant de partir à La Réunion, Anne David a rendu une petite visite à sa mère dans son village du Finistère. Elle est venue chercher une photo d’elle, la seule dont sa mère dispose, prise à La Réunion à la pouponnière de Saint-Denis de La Réunion. "Je vais la montrer à la pouponnière et essayer de savoir qui a pu prendre cette photo”, explique Anne David. “On nous avait envoyé cette photo de La Réunion", explique Jeanne Le Berre qui a adopté Anne en 1970.

Déception

Cette Bretonne de 82 ans est très heureuse que sa fille parte à La Réunion à la découverte de ses racines. Elle ne lui a jamais rien caché, mais elle s’avoue aujourd’hui assez déçue de ce qu’elle a découvert il y a quelques mois. “Pour nous, cette adoption était tout à fait légale. Il s’agissait d’une adoption plénière et nous n’avons jamais imaginé qu’il y ait eu ainsi des centaines d’enfants expatriés contre leur gré. Mon mari n’est plus là, mais je suis sûre qu’il aurait été déçu d’apprendre tout ça”. 
 

Anne David et sa mère adoptive © CB
© CB Anne David et sa mère adoptive


Jeanne Le Berre se souvient toutefois d’un détail troublant. “Quand nous avons voulu baptiser Anne, nous avons appris qu’elle l’avait déjà été. Nous étions un peu étonnés avec mon mari. A l’évêché de Quimper, ils nous ont dit de ne pas y prêter attention et nous avons rebaptisé Anne ici”. La mère d’Anne David était femme au foyer, son père, instructeur dans la marine marchande.  

Découvrir ses racines

Pour Anne David, l’adoption a été une chance. “Je me suis retrouvée à la pouponnière de Saint-Denis de La Réunion à l’âge de deux mois, précise-t-elle. Ici j’ai tout gagné en venant dans une bonne famille". Mais aujourd’hui, cette Bretonne d’adoption a besoin et envie d’en apprendre beaucoup plus sur ses racines.

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