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Réunionnais de la Creuse : une enfance brisée ? [DECRYPTAGE]

De 1963 à 1982, 2 150 enfants réunionnais ont été envoyés dans 64 départements de l'hexagone pour repeupler les campagnes de métropole. Comment une telle politique a-t-elle pu voir le jour ? Comment ces enfants ont-ils vécu ce transfert ? Regardez le décryptage de La1ère pour FranceInfo. 

DECRYPTAGE REUNIONNAIS CREUSE
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le
Imaginez, à 9 ans se retrouver du jour au lendemain dans une région inconnue, froide, sans ses proches, sans vraiment l’avoir voulu. C’est ce qui est arrivé à des centaines d’enfants réunionnais.

Jean-Charles Serdagne se souvient : "je travaillais sept jours sur sept. Il y avait toujours un pretexte pour me taper dessus". Ce réunionnais de la Creuse est arrivé à l'âge de 13 ans en 1966. Il rêvait d'être dessinateur industriel, il s'est retrouvé à travailler dans une ferme de la Creuse, sans relâche. 
 
Jean-Charles Serdagne © Martin Baumer / Outre-mer 1ère
© Martin Baumer / Outre-mer 1ère Jean-Charles Serdagne


Une politique encouragée par Michel Debré

De 1963 à 1982, environ 2 150 enfants ont été transférés dans l’hexagone. C’est sous l’impulsion de Michel Debré, ancien Premier ministre du Général de Gaulle, élu député de La Réunion à partir de 1963, qu’une telle politique a été amplifiée. En 1969, de passage à La Réunion, Michel Debré alors ministre des Finances lançait dans un discours à La Réunion : "je connais vos difficultés, vos problèmes. On sait qu'il existe ici beaucoup de misère".  
 
Michel debré, en campagne pour les législatives à Saint-Denis de La Réunion, en 1963, l'année de la création du Bumidom
Michel debré, en campagne pour les législatives à Saint-Denis de La Réunion, en 1963, l'année de la création du Bumidom


Des raisons démographiques

Pour justifier ces transferts d’enfants, on avance des raisons démographiques. Dans les années 60, plus de la moitié des Réunionnais avait moins de 20 ans. La natalité était en moyenne de 7 enfants par femme. Pendant ce temps, des départements comme la Creuse se dépeuplaient. D’où l’idée d’envoyer des enfants réunionnais dans 64 départements de l’hexagone et en particulier à Guéret au foyer de l’enfance. Regardez ce reportage tourné en 1965 au foyer de Guéret : 
 
Archives 1969 Réunionnais Foyer Guéret Creuse


Une histoire largement méconnue

Certains ont vécu dans des foyers, ont été adoptés ou hébergés en famille d’accueil. D’autres ont travaillé à la ferme. Pendant des années, cette histoire a été largement méconnue jusqu’au jour où en 2002 un Réunionnais de la Creuse, décide de porter plainte. Jean-Jacques Martial violé par son père adoptif décide de réclamer 1 milliard d’euros à l’Etat de dommages et intérêts.
 
Jean-Jacques Martial, dans les studios radio d'Outre-mer 1ère, découvre Libération qui consacre sa Une aux "orphelins de la République" © David Ponchelet
© David Ponchelet Jean-Jacques Martial, dans les studios radio d'Outre-mer 1ère, découvre Libération qui consacre sa Une aux "orphelins de la République"


Le vote de la résolution en 2014

Les Réunionnais transférés enfants dans l’hexagone s’organisent en associations. Ils militent pour que leur souffrance soit reconnue. Leur combat aboutit en partie en 2014 lors du vote d’une résolution à l’Assemblée nationale. Voir ci-dessous le discours de la députée Ericka Bareigts (aujourd'hui ministre des Outre-mer) :
 
Bareigts AN
 

La mise en place d'une commission

En 2016, sous l’impulsion de la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, le gouvernement met en place une commission de cinq experts chargée de faire la lumière sur l’histoire de ces enfants réunionnais transférés.
 
Prosper Eve, Michel Verneray, Philippe Vitale, George Pau-Langevin, Wilfried Bertile et Gilles Gauvin (de gauche à droite) © CB
© CB Prosper Eve, Michel Verneray, Philippe Vitale, George Pau-Langevin, Wilfried Bertile et Gilles Gauvin (de gauche à droite)


Des mesures concrètes

Depuis la plainte de Jean-Jacques Martial, plusieurs Réunionnais de la Creuse ont saisi la justice. Des livres, des films, des documentaires sont sortis. Et pourtant, pas une seule procédure n’a abouti. Les Réunionnais de la Creuse n’avaient jusqu'à récemment obtenu aucune réparation. La ministre des Outre-mer Ericka Bareigts a toutefois annoncé des mesures concrètes ce jeudi. Il s'agit principalement de billets d'avion et de la mise en place de cellules psychologiques. 

Le dossier complet de La1ère.fr

La1ère.fr a consacré un dosssier complet aux Réunionnais de la Creuse à consulter en cliquant sur les articles suivants : 

Volet 1 : Chonologie d'une page sombre de l'histoire de France
Volet 2 : Des témoins racontent
Volet 3 : Quel contexte à La Réunion dans les années 60 ? 

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