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A Rio de Janeiro, le musée-cimetière d'esclaves menacé de fermeture

A Rio de Janeiro, le plus grand musée-cimetière d'esclaves des Amériques découvert en 1996 est menacé de fermeture. Le gouvernement de Rio a coupé la subvention qu'il lui versait. 

Musée-cimetière d'esclaves à Rio de Janeiro © YASUYOSHI CHIBA / AFP
© YASUYOSHI CHIBA / AFP Musée-cimetière d'esclaves à Rio de Janeiro
  • La1ère.fr avec AFP
  • Publié le
Quand Merced Guimaraes a découvert un empilement d'os humains sous le sol de sa maison en travaux à Rio de Janeiro, elle a cru avoir affaire à l'oeuvre d'un tueur en série.

Le plus grand cimetière d'esclaves

Paniquée, elle a même cru un instant que la police penserait qu'elle avait tué tous ces gens. Quant aux ouvriers, ils ont pris leurs jambes à leur cou. La réalité était plus terrifiante encore: sa maison avait été construite sur les restes du plus grand cimetière d'esclaves des Amériques.

Découverte en 1996 du plus grand cimetière d'esclaves des Amériques © YASUYOSHI CHIBA / AFP
© YASUYOSHI CHIBA / AFP Découverte en 1996 du plus grand cimetière d'esclaves des Amériques

Merced milite pour un musée

Cette rencontre accidentelle avec l'histoire, survenue en 1996, a eu un effet transformateur sur Merced, une femme pleine d'énergie et de joie de vivre, aujourd'hui âgée de 60 ans. Elle a alors cédé le contrôle de sa petite entreprise familiale à ses enfants et au lieu de rénover sa maison, elle en a fait un musée.

Création du musée en 2005

Son idée était de créer "un témoignage vivant d'un crime contre l'humanité". Mission réussie en 2005 quand elle a ouvert l'Institut des nouveaux noirs, un musée construit autour d'une gigantesque fosse remplie de squelettes devant encore
être exhumés. L'an dernier, il a attiré 70.000 visiteurs.

Un musée menacé de fermeture

Mais malgré ce succès croissant, le musée est sur le point de fermer ses portes, victime de la profonde crise économique frappant le Brésil. Le gouvernement de Rio de Janeiro a coupé la subvention qu'il lui versait, étranglé
par la récession et les frais de l'organisation des jeux Olympiques. Le musée peine désormais à régler ses factures d'électricité et à acheter des produits d'entretien.

Une "honte nationale"

Pour Merced Guimaraes, le problème est plus profond: selon elle, les Brésiliens ne veulent tout simplement pas affronter leur "honte nationale". Le Brésil a eu jusqu'à dix fois plus d'esclaves - près de cinq millions - que les Etats-Unis, avant d'abolir cette pratique en 1888. C'était le dernier pays des Amériques à le faire.

Marché des esclaves à Rio de Janeiro © dessin de Riou ©Bianchetti/Leemage
© dessin de Riou ©Bianchetti/Leemage Marché des esclaves à Rio de Janeiro

Une histoire taboue

Aujourd'hui, il garde en héritage la population noire la plus importante hors d'Afrique, porteuse d'une richesse culturelle et musicale. Mais un tabou continue de peser sur cette partie sombre de l'histoire brésilienne, voire même sur un simple hommage aux victimes.

Le quai Valongo

La découverte sous la maison de Merced Guimaraes de dizaines de milliers d'os humains, tout comme celle en 2011 du quai Valongo, où accostaient les bateaux d'esclaves, n'ont pas suffi à soigner cette amnésie.

Vue de Rio de Janeiro au Brésil © DR
© DR Vue de Rio de Janeiro au Brésil

Méconnu du grand public

Si le musée est largement visité par les écoles et universités, il reste méconnu du grand public. "Le gouvernement brésilien n'a pas et n'a jamais eu aucun intérêt dans ces questions-là. Le problème n'est pas la crise financière d'aujourd'hui. Cela dure depuis des années", affirme Antonio Carlos Rodrigues, secrétaire général du musée.

"C'est du racisme"

"C'est du racisme", accuse Merced qui a financé pendant longtemps le musée avec sa propre entreprise de lutte contre les parasites, jusqu'à l'octroi d'une aide par Rio en 2013, pour couvrir les frais mensuels de 9.000 réais (2.800 dollars).

Fermeture en juillet

La suppression de cette subvention signifie qu'à partir de juillet, "nous devrons fermer pour une durée indéterminée", se désole-t-elle, refusant de rendre l'entrée payante pour s'en sortir. "Ce n'est pas juste de faire payer les gens pour voir un crime".

Le Corcovado, symbole de Rio de Janeiro © DR
© DR Le Corcovado, symbole de Rio de Janeiro

Fosse commune de 1769 à 1830

Les visiteurs de l'institut découvrent différents instruments d'époque, comme un fer servant à marquer les nouveaux esclaves achetés. Mais ce sont les crânes, tibias et fragments d'os éparpillés dans la poussière qui créent un vrai choc.
Cette fosse commune aurait servi de 1769 à 1830.

Un long cri inachevé

Personne ne sait vraiment combien de personnes y sont enterrées, les estimations les plus prudentes parlant de 50.000, selon l'archéologue Reinaldo Tavares, de l'université d'Etat de Rio, participant volontairement aux fouilles. La semaine dernière, il a trouvé le squelette complet d'une femme allongée, la bouche ouverte dans un long cri inachevé.

L'endroit est "irréel", confie Leticia Valdetaro, 12 ans, venue au musée avec son école. "Je me sens vraiment mal, ça me donne honte", déclare-t-elle. Et "cela s'est passé dans notre pays".

Andrei Santos, un archéologue dans le plus grand cimetière d'esclaves des Amériques en 1996 © YASUYOSHI CHIBA / AFP
© YASUYOSHI CHIBA / AFP Andrei Santos, un archéologue dans le plus grand cimetière d'esclaves des Amériques en 1996

Ne pas abandonner

Même si le musée ferme ses portes, Merced Guimaraes promet de ne pas abandonner ses colocataires inattendus : ils ont été jetés là comme "des ordures", dit-elle, essuyant une larme sur sa joue. Mais pour elle, "ce sont des enfants, des enfants dans la maison, dans notre maison".

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