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[SERIE] "Ultramarins du métro" 2/3 - Dominique, le "rameur" martiniquais du RER A

  • Par Thomas-Diego Badia
  • Publié le 15/03/2016 | 07:07, mis à jour le 15/03/2016 | 07:07

Depuis 10 ans, ce Martiniquais passe ses journées sous terre pour gagner sa vie. Vendeur de pacotilles, un brin philosophe, celui que l'on surnomme Dom veut également redonner le sourire aux voyageurs.

Dominique Mikart alias "Dom" s'époumonne dans le RER A pour gagner sa vie © TDB / LA1ERE.FR
© TDB / LA1ERE.FR Dominique Mikart alias "Dom" s'époumonne dans le RER A pour gagner sa vie
D'un bout à l'autre de la rame, on n'entend qu'elle, couvrant le brouhaha quotidien du RER A parisien. La voix de Dominique Mikart entonne son refrain habituel alors que s'ébranle le train qui relie les banlieues Est et Ouest de la capitale.

"RERiens, RERriennes", interpelle ce Martiniquais de 55 ans, dont 10 passés dans le ventre de Paris, avant de se lancer dans une longue tirade : "mille excuses pour cette interruption dans votre trajet. Tous mes vœux pour 2016. N'oublions pas que la priorité de toutes les priorités ce n'est pas d'être milliardaire. Regardez Michael Schumacher, sur un lit d'hôpital, on n'a jamais servi à grand-chose". Le texte est rodé, la mise en scène humoristique et l'effet immédiat.

Autour, les quidams plongés dans leur téléphone portable lèvent timidement les yeux. Certains retirent les écouteurs de leur oreille. Des sourires commencent à apparaître sur les visages. Après son discours, "Dom", comme il aime qu'on le surnomme, passe dans les couloirs pour récolter les quelques euros que lui tendent les voyageurs avant de s'engouffrer dans un autre wagon.


De l'intérim à la rue

Il est 11h30, mais la journée de Dom a commencé bien plus tôt. Fidèle à son habitude, il a englouti un premier café peu avant 8 heures au Clémenceau, un bar de Conflans-Sainte-Honorine, commune du nord-ouest de Paris où il a longtemps résidé. Il est ensuite entré dans le RER A direction la gare de Lyon, au centre de la capitale. Deuxième café avalé au Station Café, son point de chute lorsqu'il décide de prendre une pause dans sa longue journée.

Regardez une vidéo de Dominique dans le RER A :


C'est autour d'un ristretto qu'il raconte son histoire singulière qui l'a amené à travailler dans la rue. Né en Martinique, Dom arrive dans l'Hexagone à 10 ans pour rejoindre sa mère habitant en banlieue parisienne. Après un bac électro-technique, il enchaîne pendant plus de 25 ans des métiers les plus divers, d'animateur pour enfants à gérant de pressing, en passant par la logistique où la conception d'un magazine semestriel.

2005 marque un tournant dans sa vie. "Une grosse dépression à la suite d'une séparation, d'un licenciement et de la mort d'un proche en l'espace de six mois", se souvient-il. Dom touche le fond et au moment où il allait sombrer dans la rue, le Martiniquais parvient à se reprendre en main. "Ce qui tue l'être humain, c'est de se morfondre. Je ne voulais pas mourir", lance-t-il, philosophe.

Le sourire des passagers, sa victoire

Dominique Mikart après ses courses chez les grossistes des Halles © TDB / LA1ERE.FR
Des rencontres lui présentent "L'Itinérant", un hebdomadaire d'action solidaire qui permet aux plus démunis de vendre dans le métro le journal contre un contrat de travail et une rémunération. Après quelques années, il décide de se mettre à son compte. Le "rameur" se met à vendre des bracelets colorés, porte-clefs, bonnets achetés en gros dans les ruelles qui bordent les Halles de Châtelet. Il vit de la rue, sans vivre dans la rue.

Peu à peu, son métier devient également le moyen de faire passer un message dans une société où "les gens se croisent, mais ne se parlent plus. En France, l'indifférence est la plus grande misère". Dom, lui, a fait de la rencontre son leitmotiv. "Le regard des autres sur ceux qui travaillent dans la rue est négatif. Ils veulent nous éviter. Lorsque j'interpelle les passagers, ils sont d'abord choqués, car je brise leurs habitudes de transport et je rentre dans leur sphère privée. Peu à peu, en insufflant une bonne dynamique, ils sont prêts à m'aider et la discussion s'engage", détaille Dom.

Une morosité ambiante

Sa vie dans le métro en fait un observateur privilégié de l'évolution des comportements. "Les gens sont très moroses ces temps-ci, mais restent généreux", diagnostique le Martiniquais qui s'est donné une mission : "décrocher un sourire coûte que coûte. C'est ce qui me donne l'énergie de continuer jour après jour". 

Son futur, Dom ne l'imagine nulle part ailleurs que dans le RER. S'il accepte parfois quelques emplois en intérim, l'homme tient à l'indépendance que lui permet son travail. Il assure ne "pas trop mal s'en sortir ", et même si sa situation reste précaire, il parvient à mettre un peu de côté, "au cas où"L'homme rêve de monter une structure pour "aider les jeunes en difficulté dans la rue à s'en sortir". En attendant, les anonymes du RER A n'ont pas fini d'entendre la ritournelle du Martiniquais et de lui sourire...parfois.

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