Les Kanaks, l’usine du Nord et l’ombre de Glencore…

nickel
Le massif du Koniambo
©Alain Jeannin(Outre-mer 1ère)
L'industrie du nickel de Nouvelle-Calédonie va faire son grand bond en avant. Après un siècle de présence et de production française, la construction de deux grandes usines métallurgiques va bouleverser la donne. Avec trois multinationales minières: Xstrata et Glencore pour le nord et Vale au sud.
Des investissements sans précédent. L'usine du Nord, le projet le plus gigantesque et le plus symbolique, a nécessité une levée de fond d'un montant de 4 milliards d'euros dont une base défiscalisable de 780 millions, et une déficalisation proprement dite de 230 millions. Il est le symbole d’une société kanak traditionnelle qui se tourne vers son futur industriel. Au nord mais aussi au sud, les deux nouveaux complexes industriels vont assurer le plein emploi ou presque dans leurs régions respectives aux deux extrémités du caillou. Près de 2000 emplois directs sont créés et huit mille autour des sites industriels.

"Retour des terres volées"

La province nord indépendantiste devient le nouveau moteur, le phare de l'économie calédonienne. Face à cette révolution industrielle qui répond aux revendications du nickel aux kanak, au " retour des terres volées," les craintes du groupe français ERAMET le « Renault calédonien » n’ont pas pesé lourds, pas plus que celles des milieux anti-indépendantistes de Nouméa.
Ce nouveau paysage concurrentiel constitue en effet un défi pour la Société Le Nickel et son usine historique et centenaire ; la « vieille dame de Doniambo » située à Nouméa, dispose néanmoins d'un énorme domaine minier. C'est son principal atout car ERAMET-SLN perd son monopole sur la production de ferronickel et va devoir affronter des concurrents beaucoup plus importants par la taille.

30% des réserves mondiales

Ces deux usines de dernière génération seront particulièrement compétitives sur les marchés asiatiques de l’acier inoxydable, principaux débouchés du nickel calédonien. Selon des expertises qui restent à approfondir, la Nouvelle-Calédonie détiendrait 25% des ressources mondiales minières en nickel ainsi que d'autres métaux stratégiques. L'extraction, la transformation et l'exportation de ces minerais vers la Corée, le Japon, la Chine et l'Ukraine sont au cœur de l'avenir politique aussi bien qu'économique du territoire qui se cherche un nouveau statut institutionnel.
 

"Le métal du diable"

Le nickel se trouve ainsi au cœur des défis de la province nord, de la Nouvelle-Calédonie et de la France. Le "métal du diable", comme on l’appelle, suscite bien des interrogations. Cette usine du Koniambo, symbole de la réussite industrielle kanak et de la volonté de deux hommes André DANG et Paul NEAOUTYINE, est la plus grande réalisation industrielle et métallurgique de la planète. Elle suscite toutes les attentes dans une région qui passe d’un chômage de masse au plein emploi.

Un avenir à construire

Le développement économique rapide du « triangle V.K.P » c'est-à-dire des villages de Voh, Koné et Pouembout autour de l’usine du Nord et sur la côte-ouest du caillou sera t-il partagé avec les tribus kanak de la côte-est, cette « côte oubliée » de la province nord ?
Quel sera l’avenir des relations entre la S.M.S.P, le bras économique des indépendantistes calédoniens, et son partenaire le géant GLENSTRATA qui devrait naître de la fusion annoncée mais toujours reportée entre Glencore et Xstrata ?
Le mariage entre le premier négociant mondial de matières premières et le second producteur mondial du secteur ne débouchera t’il pas sur un bras de fer forcément inégal avec leur partenaire calédonien pour lui retirer le contrôle majoritaire de l’usine du Nord dont la production de nickel sera commercialisée par Glencore ?
Quelle sera alors l’attitude de l’Etat français face au risque que représenterait une prise de contrôle du nickel calédonien par l’une des premières multinationales de la planète ? 

La SLN prise en étau ?

Xstrata et Glencore avec l’usine du Koniambo au nord, le brésilien Vale avec l’usine du sud à Prony, pour la première fois de son histoire le producteur français ERAMET-SLN se trouve pris en étau entre les nouvelles usines de ses deux puissants concurrents. Mais il n’est pas sans atout et dispose encore de 53% du grand domaine minier calédonien. Et à l'avenir, l’Etat français ne sera sans doute pas disposé à de nouvelles concessions qui porteraient atteintes aux intérêts nationaux, car le nickel c’est aussi le blindage des chars et les pièces ultra-résistantes des sous marins nucléaires et des avions de chasse.
Pour toutes ces raisons, ce nouveau défi au capitalisme français n’est pas sans implication dans les choix politiques que feront en 2014 partisans et adversaires de l’indépendance du territoire.
Le nickel calédonien était un monopole français, désormais c'est un "lit pour deux rêves". celui d'Eramet va devoir s'accomoder de celui de ses concurrents suisses, anglo-saxons et brésiliens. Des rêves qui tous passent forcément par le contrôle de la plus grande partie du vaste territoire minier calédonien.
A quelques semaines de l'inauguration de l'usine du nord, dont l'entrée en production se fera progressivement tout au long de l'année 2013, les grandes manœuvres ne font que commencer.
Didier Julienne invité du journal Infômidi Outremer actu lundi
Didier Julienne, est un économiste spécialiste des matières premières. Ses analyses sur le nickel calédonien sont à lire dans le quotidien économique les Echos. 
Il était l'invité  d'Infômidi à 12 heures 30 lundi 4 mars.
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