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L'alimentation en Outre-mer au menu du Parlement

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Vue de l'Assemblée nationale ©AFP
Aliments plus sucrés, dates de péremption allongées : les Outre-mer sont traités différemment de la métropole par des firmes agroalimentaires, un manque d'équité et un problème de santé publique que les députés vont s'atteler à résorber à partir d'aujourd'hui.  
La proposition de loi socialiste "visant à garantir la qualité de l'offre alimentaire en Outre-mer" était à l'origine axée sur le problème de la distribution en Outre-mer de produits plus sucrés que dans l'Hexagone, afin de lutter contre l'obésité. Mais le texte a été élargi lors du passage en commission des affaires sociales mercredi dernier.
           

Promesse de campagne 

Composé de quatre articles, il devrait être adopté en séance publique "sans problème", a déclaré la rapporteure du texte, la députée de Guadeloupe Hélène Vainqueur-Christophe. "Cela devrait faire consensus : c'est un vrai problème de santé publique avec l'obésité et toutes les pathologies associées, et un vrai souci d'inégalité entre consommateurs", a souligné cette élue socialiste.
           
Pour illustrer l'ampleur du problème sanitaire outre-mer, l'exposé des motifs de la loi rappelle que "25% des enfants et adolescents et plus d'un adulte sur deux sont touchés par des problèmes de surcharge pondérale (obésité ou surpoid) dans les régions d'Outre-mer".
           
Ce texte avait été défendu en octobre 2011 par l'actuel ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, alors député de Guadeloupe, et avait été repoussé de justesse à l'Assemblée par 199 voix contre 190. La réinscription du texte au Parlement était une des promesses de campagne de François Hollande.
           

"Changer les comportements alimentaires"

L'article emblématique de cette proposition de loi interdit la différence de teneur en sucres ajoutés entre des produits vendus Outre-mer, notoirement plus sucrés, et ceux vendus dans l'Hexagone. Il entrera en vigueur six mois après la promulgation de la loi, permettant ainsi aux distributeurs d'écouler les stocks existants. Il concerne essentiellement les produits laitiers et les boissons, dont les sodas.
           
"Le fameux goût sucré des Ultramarins, c'est un argument des professionnels. On nous a très certainement conditionnés à aimer sucré, et dès le plus jeune âge", a souligné Mme Vainqueur-Christophe, qui a bien été "approchée par les lobbies" mais "n'a pas changé le texte".
           
"Il faut changer les comportements alimentaires, il faut le faire progressivement", a poursuivi la députée, notant que certains fabricants avaient "déjà commencé à diminuer la teneur en sucre" de certains produits.
           

Interdiction d'un double étiquetage

La nouvelle mouture du texte tient dans ses deux derniers articles, et notamment celui qui prend à bras le corps la date limite de consommation (DLC) : elle devra désormais être la même pour un produit qu'il soit destiné au marché hexagonal ou ultramarin. Pour les yaourts, souligne Mme Vainqueur-Christophe, le délai jusqu'à cette date limite est actuellement de 55 jours outre-mer contre seulement 30 jours en métropole.
           
La Fédération des entreprises d'Outre-mer (Fedom) s'est réjouie de cette future interdiction d'un double étiquetage, y voyant un moyen de préserver les producteurs locaux, qui eux sont soumis aux 30 jours pour les yaourts, et subissaient donc "une forme de concurrence déloyale" de produits importés de métropole.
           

"Tromperie"

De plus, "le véritable problème réside dans la tromperie envers le consommateur ultramarin, qui ignore qu'il consomme des yaourts 2 fois plus vieux que ceux proposés dans l'Hexagone", a ajouté la Fedom.
           
Le texte de loi prévoit aussi de modifier l'article 53 du code des marchés publics afin de favoriser la production locale via des circuits courts lors de l'attribution des marchés publics de restauration collective, et notamment scolaire.
           
La loi s'appliquera dans les départements d'Outre-mer (Guyane, Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Mayotte), ainsi que dans les collectivités de Saint-Barthélémy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon. La Polynésie française, la Nouvelle Calédonie et Wallis-et-Futuna ne sont pas mentionnés car ils ont leurs compétences propres en matière de santé. Libres à ces collectivités de se saisir de la future loi. 
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