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Un documentaire sur Aimé Césaire bientôt sur les écrans, réalisé par Fabienne et Véronique Kanor

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Véronique Kanor
La réalisatrice Véronique Kanor à Paris, le 24 avril 2013 ©Stéphane Weber
Les sœurs martiniquaises Fabienne et Véronique Kanor, respectivement écrivain et réalisatrice, mettent la dernière main à un documentaire sur le "Cahier d’un retour au pays natal" d’Aimé Césaire, qui sortira à la fin du mois de juin. 
Le sujet du film est surtout le poète Aimé Césaire, inséparable de son œuvre littéraire majeure, le "Cahier d’un retour au pays natal". Le Cahier est en effet le livre emblématique de l’écrivain martiniquais, un ouvrage qui a eu au fil du temps un retentissement dans le monde entier. La préparation et le tournage du film ont conduit Véronique et Fabienne Kanor en Martinique, en Croatie, où Césaire commença à rédiger son texte, et dans l’Hexagone où le cofondateur du mouvement de la négritude vécut dans sa jeunesse et publia ses livres.
Avec un petit budget de 38.000 euros, les réalisatrices se sont accrochées malgré les galères, et une rémunération purement symbolique pour elles-mêmes. Le documentaire de 52mn, intitulé "Retour au Cahier", est actuellement en fin de montage. Il sera diffusé à la fin du mois de juin par France Ô et le réseau des chaînes Outremer 1ere, qui l’ont coproduit. Véronique Kanor nous parle de son projet.
 
Pourquoi un film spécifique sur le Cahier d’un retour au pays natal ?
Véronique Kanor : Le Cahier est un livre qui nous a constituées, qui nous a permis de grandir et d’avoir une position dans le monde. Il nous a permis de savoir qui on était par rapport à l’esclavage et la colonisation, par rapport à notre couleur. Ce livre nous a aidées à être debout et libres. Ce poème nous accompagne depuis l’adolescence.
A l’occasion de l’année Césaire, nous nous sommes dit qu’il serait bien d’inscrire notre regard dans cette année-là et de proposer notre vision. Beaucoup de choses ont déjà été dites. Nous avons choisi de trouver un angle singulier et de parler de ce qui nous importait vraiment. Quand Césaire explique qu’il faut descendre dans les profondeurs de soi-même pour essayer d’en extraire le minerai et de le faire ressurgir au monde d’une manière lumineuse, c’est ce cheminement humain qui nous intéresse. Voilà pourquoi nous avons choisi d’angler le film sur l’aventure de ce texte, le Cahier d’un retour au pays natal.


Plus que lu, ce livre a été vécu et réalisé. Il a accompagné des peuples dans leur lutte pour la libération. Le paradoxe est que certains pays ont réalisé la prophétie du texte, mais pas la Martinique. 











Quelle est la dimension particulière de ce texte selon vous ?
Véronique Kanor : D’un point de vue martiniquais les gens ne se rendent pas vraiment compte, mais c’est un poème universel. Il a été pris par les peuples, par exemple les Africains au moment des indépendances. Plus que lu, ce livre a été vécu et réalisé. Il a accompagné des peuples dans leur lutte pour la libération. Le paradoxe est que certains pays ont réalisé la prophétie du texte, mais pas la Martinique. Ce poème a été offert au monde et à l’humanité, mais les Martiniquais ne s’en sont pas véritablement emparés. Avec Fabienne, il nous importait d’évoquer cette dimension-là et de la mettre en relief.
Au niveau purement formel, il y a aussi la valeur littéraire et esthétique du texte, qui est classé parmi les chefs d’œuvres de la littérature internationale. C’est quelque chose que l’on méconnaît. Il a fallu que Césaire meure et qu’on lui rende un hommage national pour que l’on s’en rende finalement compte. C’est quelqu’un dont la parole aura eu un écho très large.
 
Quelle a été votre démarche cinématographique durant le tournage du film ?
Véronique Kanor : Faire un film sur un livre, ce n’est pas évident, car ce n’est pas forcément visuel. Mais ce qui nous importait était que l’on entende le texte par fragments et dit par plusieurs personnes. Des personnes différentes, des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, des Blancs, des Noirs, des gens d’ailleurs, enfin tout un tas de monde. On a choisi pour eux des extraits du Cahier. On a réalisé cette démarche-là en Croatie, en France et en Martinique. Ces modules nous permettent d’entrer dans l’œuvre.
Autour de cette ossature, nous avons suivi la répétition d’un spectacle autour du Cahier à Fort-de-France, au lycée technologique Joseph Gaillard. Nous avons voulu voir comment le Cahier était mis en chair et en langue, à travers le geste, le mouvement, les corps, la diction… Ensuite, il y a des intervenants, qui vont nous expliquer le Cahier selon la linguistique, la psychologie et la politique, entre autres.
 
A titre personnel, qu’est ce que vous retenez de cette aventure ?
Véronique Kanor :
Tous les films que je réalise me renvoient à moi-même, à mes convictions et mes idéaux. Travailler sur Césaire me donne envie de larguer mes propres amarres. Dans mon art, j’ai parfois l’impression d’être aliénée, par rapport à une éducation et une culture environnante. Je me suis rendu compte que je ne suis pas encore descendue au bout de mes profondeurs, pour y extraire véritablement le minerai, comme dit Césaire, qui m’identifierait au reste du monde. J’aimerais trouver une écriture qui serait vraiment mienne. C’est ce que le Cahier d’un retour au pays natal m’invite à faire.