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Analyse: manoeuvres autour de la défiscalisation outre-mer

Moteur de l'économie des Outre-mer pour les uns, dépense fiscale exorbitante aux yeux des autres: les différents dispositifs de défiscalisation prévus dans ces territoires ont été sauvés pour 2013, mais avec l'obligation d'être repensés.

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  • La1ere.fr et Sophie Lautier (AFP)
  • Publié le , mis à jour le
Le calendrier se resserre: le débat d'orientation budgétaire, préalable à la fabrication du budget 2014, aura lieu en juillet et il faut que, d'ici là, le gouvernement donne des signaux sur l'avenir de cet instrument de soutien aux économies ultramarines, structurellement fragiles de part leur éloignement et l'exiguïté de leur marché.
           

Trois grands scénarios

Le débat porte sur trois grands scénarios: le maintien du dispositif actuel assorti d'un meilleur encadrement, la conversion en "tout budgétaire" - c'est-à-dire la subvention directe - ou bien un mélange des deux avec le maintien de la défiscalisation pour le logement social et du crédit d'impôt pour les investissements productifs.
           
La seule assurance qu'ont les entrepreneurs d'Outre-mer, ce sont les engagements répétés du président de la République: "pas un euro" ne manquera, mais il faut un "dispositif plus efficace", a dit François Hollande à plusieurs reprises depuis l'automne.
           
A l'Elysée, on assure à l'AFP que l'"on va sauver un instrument de soutien aux investissements" - peut-être la nouvelle appellation - mais "probablement pas la défiscalisation telle qu'elle existe". Car, souligne-t-on à Matignon, "la défiscalisation a un problème d'image qu'on n'arrive pas à changer, elle est donc morte politiquement et il faut trouver autre chose".
           

Rapports d'information 

"Les vrais abus datent d'il y a 20 ans et on reste malheureusement sur cette image", déplore Jean-Claude Fruteau (PS, La Réunion). Le député, président de la délégation à l'Outre-mer de l'Assemblée, travaille d'arrache-pied à un rapport d'information qui doit être examiné mardi. Viendront, quelques semaines plus tard, un rapport de la délégation du Sénat et un autre de Bercy.
           
Les élus ultramarins rappellent sans cesse que la défiscalisation sert désormais aux investissements productifs et de levier pour la construction de logement sociaux, "donc au BTP, donc à l'emploi local". Un point non négligeable dans des territoires au taux de chômage souvent compris entre 20 et 30%.
           
A La Réunion, justement, 1.600 logements sociaux étaient construits chaque année avant la défiscalisation, 4.700 depuis, alors que 22.000 demandes de HLM sont en attente et que les emplois du BTP en dépendent pour 30%. Même Huguette Bello, députée de La Réunion siégeant dans le groupe Front de Gauche, a reconnu y avoir été opposée "idéologiquement" au début et avoir finalement "reconnu son efficacité".
           
"Si on supprime la défiscalisation, ce ne sont pas 1,1 milliard de dépenses fiscales qui vont rentrer dans les caisses de l'Etat et c'est faire fi de l'effet démultiplicateur sur l'économie locale estimé à 1,5 à 2,5 milliards", explique-t-on dans l'entourage de M. Fruteau.
           

"L'échelle de Richter des risques économiques"

A Bercy, on penche pour transformer la défiscalisation en crédit d'impôt (CICE) pour les entreprises afin d'éviter "l'évaporation" due aux frais de montage des cabinets spécialisés.
           
"Mais, avec le CICE, les frais bancaires sont de l'ordre de 4,2%, c'est aussi de l'évaporation", souligne Jean-Pierre Philibert, président de la Fédération des entreprises d'Outre-mer (Fedom), qui fait valoir que les TPE et PME formant le tissu économique "n'ont pas la trésorerie suffisante pour avancer l'argent".
           
"Chaque année, 16.000 petits dossiers de défiscalisation d'environ 33.000 euros sont déposés. Comment va-t-on faire avec le crédit d'impôt ? Cela va extrêmement lourd ! Alors pourquoi remplacer un bon outil par une machine à gaz ?" s'inquiète M. Philibert, qui compare toute remise en cause à "un tremblement de terre sur l'échelle de Richter des risques économiques".
 
Pour les patrons qu'il représente, "il vaut mieux qu'un fortuné de France investisse outre-mer et optimise, plutôt qu'il aille mettre son argent en Suisse, à Singapour ou dans un paradis fiscal".
           
Reste à savoir quelle philosophie va l'emporter au gouvernement en ces temps de disette budgétaire et donc de chasse à toutes les niches fiscales, même si celles de l'Outre-mer ne représentent que 1,3% du total. 

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