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Réparations: le Comité Marche du 23 mai 1998 est contre

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Serge Romana
Serge Romana, président du Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98) ©Capture d'écran de BFMTV/DR
Dans une tribune parue dans Le Monde vendredi, le président du CM98 Serge Romana déclare être contre les réparations, accusant certaines associations de « conflictualiser » la mémoire de l’esclavage. 
« Aujourd'hui, certaines associations conflictualisent la mémoire de l'esclavage en faisant miroiter l'obtention de réparations financières pour chaque descendant d'esclaves ou encore pour le paiement d'une dette qui assurerait l'indépendance des Antilles. Des revendications qui s'appuient sur un ressentiment anti-français tenace » déplore le professeur de médecine guadeloupéen, à l’origine de la marche du 23 mai 1998 à Paris. Cette commémoration des victimes de l’esclavage avait rassemblé environ 40.000 Afro-descendants.
 

"Question politique majeure"

« La mémoire de l'esclavage colonial est une question politique majeure dont le traitement pèsera sur l'avenir des peuples d'Outre-mer. Elle ne peut se résumer à des commémorations de l'abolition de l'esclavage, fussent-elles nationales comme celle du 10 mai » précise-t-il dans Le Monde de vendredi.
 
« Les sociétés d'Outre-mer ne s'en sortiront qu'en entamant un nécessaire et difficile travail de réconciliation. Ce travail doit se réaliser avec nous-mêmes – les descendants d'esclaves –, avec les descendants de colons, l'Afrique et la République » explique Serge Romana, mettant en exergue les groupes parole organisés par son association, le Comité Marche du 23 mai 1998.
 
Selon lui, les « fractures » des sociétés antillaises ont leur source dans une histoire non assumée, ou carrément occultée, de l’esclavage. D’où un nécessaire travail sur la mémoire, sorte de plongée thérapeutique dans un passé refoulé.
 

Réconciliation 

Plutôt que des réparations, Serge Romana appelle à la réconciliation de toutes les communautés de ces territoires, dont « les descendants de colons [qui] doivent faire l'effort de s'assumer également et pleinement comme des témoins de l'esclavage en donnant accès aux archives qu'ils possèdent et en mettant à disposition des autorités les terres sur lesquelles se trouvent des lieux de mémoire à réhabiliter. »
 
Il prône également une réconciliation avec l’Afrique, impliquée dans le commerce des esclaves, et bien sûr avec la République française, qui doit selon lui appuyer les initiatives permettant aux descendants d’esclaves de sortir du ressentiment et d’une relation conflictuelle.
 
« La réconciliation doit devenir un objectif politique majeur de la politique mémorielle de l'esclavage pour éviter que le ressentiment entraîne ces sociétés dans un gouffre sans fond », conclut Serge Romana. 
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