publicité

La Polynésie sur la liste de l'ONU des territoires à décoloniser: et maintenant?

Depuis vendredi dernier, sous l'impulsion du président polynésien sortant Oscar Temaru, la Polynésie est le 17ème territoire inscrit sur la liste Onusienne des territoires à décoloniser. Que va-t-il se passer maintenant? décryptage.

L'assemblée général de l'ONU à New York © SHENG HONG / NOTIMEX
© SHENG HONG / NOTIMEX L'assemblée général de l'ONU à New York
  • Par David Ponchelet
  • Publié le , mis à jour le

Que dit la résolution L56?

La résolution "affirme le droit indéniable de la population de la Polynésie française à l'autodétermination et à l'indépendance", conformément à la charte de l'ONU (article 73 sur les territoires non autonomes).  Elle invite le gouvernement français à "faciliter et accélérer la mise en place d'un processus équitable et effectif d'autodétermination" en Polynésie.  


Quels pays ont poussé à l'adoption de la résolution L56?

Vendredi dernier, la résolution L56 voulue par Oscar Temaru a été présentée par plusieurs états du Pacifique faisant partie des 193 nations représentées aux Nations Unies: Les îles Salomon, Nauru, Tuvalu, Samoa et le Timor oriental. Le texte a été adopté "par consensus", autrement dit sans vote de l'Assemblée générale de l'ONU. 


Quels pays se sont désolidarisés de cette résolution?

Si la France n'a pas participé à cette séance et a dénoncé très rapidement "une ingérence flagrante", d'autres pays se sont démarqués du vote "par consensus" de l'Assemblée générale. Ce fut le cas de l'Allemagne, des Pays-Bas, du Royaume-Uni ou des Etats-Unis. Ces pays sont soit des pays diplomatiquement très proches de la France (Allemagne, Pays-Bas), soit des nations qui ont également des territoires inscrits sur la liste des territoires non-autonomes (Etats-Unis, Royaume-Uni), comme le montre la liste des 17 territoires dans l'encadré ci-dessous.  


Quelle est la portée de cette résolution?

Cette résolution a une portée largement symbolique. Elle ouvre, en principe, la voie à un référendum d'autodétermination par lequel la population polynésienne pourrait à terme se prononcer en faveur de l'indépendance, de la départementalisation ou d'un statut intermédiaire d'autodétermination. 


Y aura-t-il nécessairement un référendum d'autodétermination en Polynésie ? 

En théorie, la réponse est oui, mais en pratique, plusieurs des gouvernements qui ont des territoires sur la liste Onusienne (encadré ci-dessous) ne respectent pas ces règles. Un diplomate anonyme cité par le journal Le Monde explique que l'adoption de cette résolution "n'a fait qu'agiter de vieux démons, mais elle n'aura a priori aucune conséquence".
 

La Polynésie est-elle dorénavant dans un processus similaire à celui de la Nouvelle-Calédonie?

La réponse est clairement négative. Pour le cas de la Nouvelle-Calédonie, la diplomatie française accompagne le processus et collabore très régulièrement au Comité spécial de l'Onu. L'assemblée générale suit de très près le processus et publie périodiquement des rapports sur l'évolution du processus calédonien, comme le montre le dernier en mars 2012:
Rapport ONU processus décolonisation Nouvelle Calédonie


Quelle est la prochaine étape?

Le Comité spécial de l'ONU devra rendre son rapport à la prochaine session de l'Assemblée générale des Nations Unies, en 2014. Mais la France ne sera pas contrainte de coopérer à ses travaux. C'est ainsi que sur les 16 autres territoires de la liste, de nombreux dossiers sont en jachère depuis des lustres. C'est le cas par exemple de Gibraltar, des Falkland (iles Malouines, à l'est de l'Argentine).


Tous les territoires non-autonomes de la liste de l'ONU souhaitent-ils l'indépendance? 

Le paradoxe de cette liste est que plusieurs territoires qui y figurent ne souhaitent pas obtenir l'indépendance.  En mars dernier, un référendum organisé par la Grande Bretagne dans les Falklands (îles Malouines) a montré que 99,8% de la population locale souhaitait rester britannique. 
A Tokelau, deux référendums successifs (2006 et 2007) ont montré que les habitants rejetaient majoritairement l'idée d'indépendance et souhaitaient rester un territoire Néo-zélandais. 
La diplomatie française s'appuie d'ailleurs sur le résultat des élections territoriales du 5 mai dernier pour expliquer que les Polynésiens ne souhaitent pas l'indépendance. Le président sortant, l'indépendantiste Oscar Temaru, a été largement battu par l'autonomiste Gaston Flosse. Un argument rejeté par  les pays favorables à la décolonisation de la Polynésie. Selon l'ambassadeur des îles Salomon, "ces élections territoriales ne peuvent être assimilées à un référendum"...

 

Les 17 "territoires non autonomes" de la liste de l'ONU

AFRIQUE

  • Sahara occidental (Maroc/Algérie/Espagne)

ATLANTIQUE ET CARAIBES

  • Anguilla (Royaume-Uni)
  • Bermudes (Royaume-Uni)
  • Iles Caïmans (Royaume-Uni)
  • Iles Falkland (Royaume-Uni)
  • Iles Turques et Caïques (Royaume-Uni)
  • Iles Vierges Britanniques (Royaume-Uni)
  • Montserrat (Royaume-Uni)
  • Sainte-Hélène (Royaume-Uni)
  • Iles Vierges américaines (Etats-Unis)

EUROPE

  • Gibraltar (Royaume-Uni)

ASIE ET PACIFIQUE

  • Pitcairn (Royaume-Uni)
  • Nouvelle-Calédonie (France)
  • Polynésie française (France)
  • Guam (Etats-Unis)
  • Samoa américaines (Etats-Unis)
  • Tokélaou (Nouvelle-Zélande)

Sur le même thème

L'actualité la 1ère partout et à tout moment
Téléchargez l'application La 1ère
  • AppStore
  • Google Play