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La recherche médicale sur la drépanocytose avance lentement

Alors que le drépaction 2013 s'achève ce mercredi, c'est l'occasion de faire le point sur la recherche médicale sur la drépanocytose. Cette maladie génétique est mal connue et intéresse peu les laboratoires pharmaceutiques. Décryptage avec Pierre-Louis Tharaux, chercheur à l'Inserm. 

Pierre-Louis Tharaux, Jim Huang, Léa Guyonnet et Guila Ghinati. L'équipe du laboratoire de Pierre-Louis Tharaux qui travaille sur la drépanocytose © Caroline Marie
© Caroline Marie Pierre-Louis Tharaux, Jim Huang, Léa Guyonnet et Guila Ghinati. L'équipe du laboratoire de Pierre-Louis Tharaux qui travaille sur la drépanocytose
  • Caroline Marie
  • Publié le , mis à jour le
La drépanocytose est une maladie du sang, plus exactement de l’hémoglobine, une molécule contenue dans les globules rouges et dont le dysfonctionnement provoque des complications graves extrêmement douloureuses pouvant provoquer la mort. En France il y a 12.000 malades et 150.000 porteurs sains qui peuvent potentiellement transmettre la maladie à leurs enfants. Les dons récoltés pendant le Drépaction sont principalement reversés à la recherche.


La1ere : Sur quoi concentrez-vous vos recherches ?
Pierre-Louis Tharaux : Notre laboratoire fait parti du PARCC, le Paris-Centre de recherche Cardiovasculaire, structure qui se concentre sur les maladies cardiovasculaires et rénales. Mon équipe travaille en particulier sur le globule rouge drépanocytaire en considérant cette maladie comme une maladie de l’interaction des globules rouges avec la paroi des vaisseaux sanguins. Nous cherchons en effet à comprendre comment la déstructuration permanente des globules rouges chez les malades de la drépanocytose endommage les vaisseaux sanguins, favorise l’inflammation (c’est à dire active les globules blancs) et provoque ainsi des crises de douleurs intenses et des complications.
Avec nos collègues cliniciens, nous travaillons, tout d’abord, à partir d’informations glanées chez des patients volontaires pour participer à nos travaux et ensuite, nous travaillons à partir de souris transgéniques. Les souris transgéniques sont de très bons modèles car elles ont la même hémoglobine que celle des hommes avec la mutation génétique de la drépanocytose. Grâce à nos travaux, nous avons identifié des molécules issues des globules rouges et des vaisseaux qui favorisent la destruction inflammatoire chronique des vaisseaux sanguins et la crise vaso-occlusive très douloureuse. Aujourd’hui, en combinant les informations issues de la recherche clinique et des modèles animaux, nous pouvons identifier des voies thérapeutiques potentielles. L’objectif est de trouver les mécanismes de l’interaction anormale des globules rouges et de leurs fragments avec les globules blancs et les vaisseaux sanguins afin de les bloquer à l’avenir. Ainsi, nous pourrons empêcher les crises douloureuses et la maladie vasculaire chronique des reins, des poumons, des yeux, du cerveau...
 

La1ere : Comment expliquez-vous qu’il n’existe qu’un seul traitement préventif contre la drépanocytose, l’Hydréa, alors que nous connaissons la maladie depuis 1910 ?
Pierre-Louis Tharaux : L’intérêt de l’hydroxycarbamide, la molécule de l’Hydréa, a été publié en 1995, il y a plus de 15 ans. Il faut dire que la connaissance approfondie des mécanismes de la drépanocytose n’a très rapidement évolué que depuis une dizaine d’années. L’effort de recherche sur la drépanocytose, qui est aujourd’hui multidisciplinaire, est une donnée relativement récente. Je crois que c’est donc maintenant que les conditions se créent pour qu’un vrai effort de recherche thérapeutique se développe, ce qui n’était pas le cas avant les années 2000.

La1ere : Est ce que l’Hydréa marche chez tout les malades ?
Pierre-Louis Tharaux : Non, cela ne marche pas chez tous les patients. Les seules alternatives sont la transfusion sanguine et dans les cas les plus sévères, la greffe de moelle osseuse. Or, la greffe est une thérapeutique lourde qui peut engager la vie du malade. Elle est l’apanage d’équipes très spécialisées. Nous verrons aussi probablement émerger la thérapie génique dans les années à venir. Toujours pour les malades les plus sévères.
L’Hydréa a été une révolution pour la prévention des crises mais ce traitement peut être moins efficace chez certains. Si chez les enfants, l’Hydréa est souvent satisfaisant, c’est moins le cas chez les adultes. Cette molécule ne « fonctionne » pas chez tous les sujets et est de toutes façons d’une efficacité partielle. Par ailleurs, au fil des années, les malades, qui aujourd’hui vivent beaucoup plus longtemps développent des complications vasculaires chroniques contre lesquelles nous sommes encore démunis.

La1ere : On sait que la recherche clinique en France est fortement liée au financement de l’industrie pharmaceutique. Selon vous, est-ce qu’aujourd’hui les laboratoires ont intérêt à favoriser la découverte de nouvelles molécules ?
Pierre-Louis Tharaux : Je ne peux pas répondre à leur place mais il est certain que la drépanocytose n’a pas été sérieusement envisagée par les laboratoires pharmaceutiques comme un marché, comme un débouché et une voie de recherche mais je pense que les choses sont en train de changer. Il faudrait toutefois mettre en place des structures et des financements institutionnels pour favoriser les essais cliniques des résultats de la recherche fondamentale.

La1ere : En dehors du manque d’argent qu’elles sont vos autres sources d’inquiétudes ?
Pierre-Louis Tharaux : Il faut renforcer les filières de recherche en sensibilisant les jeunes étudiants. L’expertise sur le globule rouge est moins à la mode que, par exemple, la recherche sur le cancer, et je crains que nous ayons de moins en moins de candidats pour venir travailler dans nos laboratoires si nous ne faisons rien, d’autant que l’étude de la drépanocytose se fait désormais selon une approche multi-disciplinaire (la génétique, les cellules souches, la recherche clinique, la biologie des cellules des vaisseaux etc.). La fédération récente de laboratoires dans le domaine du globule rouge incluant des cliniciens, des compagnies start up, des chercheurs et des enseignants au sein d’un réseau d’excellence comme le « GR-EX » va dans ce sens. Je suis optimiste.

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Hydréa ou Siklos?

Dans les années 1990, les laboratoires  Bristol-Myers Squibb commercialise Hydréa, un médicament dont la molécule principale est l'hydroxycarbamide, dont l'objet premier est de traiter certains cancers, mais qui a également comme effet de prévenir les crises chez les drépanocytaires. Bien que cela soit le seul traitement préventif connu pour les drépanocytaires, Bristol-Myers Squibb n'a jamais demandé l'extension de l'AMM, Autorisation de Mise sur le Marché, d'Hydréa pour son utilisation dans la drépanocytose. Les médecins utilisaient donc ce traitement hors autorisation de mise sur le marché. En 2012, un laboratoire pharmaceutique a eu l'idée d'obtenir une autorisation pour l'hydroxycarbamide dans le cadre du traitement de la drépanocytose. Ainsi, il existe maintenant une alternative thérapeutique reconnu par les autorités sanitaires, il s'agit de Siklos commercialisé par le laboratoire Addmedica. Conformément à la législation en vigueur, les médecins ne peuvent donc plus prescrire Hydréa.

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