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Vente en ligne de médicaments: les Outre-mer pas intéressés?

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©AFP/Venance
Depuis vendredi, la vente en ligne de médicaments est autorisée et strictement encadrée, en France. Pour l'instant, 35 sites, adossés à des pharmacies bien réelles sont autorisés à les commercialiser. Mais aucun n'est situé dans les Outre-mer.
C'est fait, la France a du se plier à la directive européenne concernant la vente en ligne de médicaments. Chez nous aussi, il est donc possible de commander son doliprane ou son lait maternisé sans se déplacer, et de recevoir son colis à domicile dans les jours qui suivent.
 

Une pratique très encadrée

Mais la pratique est, et c'est une spécificité française, bien encadrée. Seuls les médicaments n'étant pas soumis à une prescription médicale peuvent être commercialisés sur Internet. Les e-pharmacies ne peuvent être véritablement virtuelles. Pour bénéficier d'une autorisation délivrée par l'Agence régionale de santé (ARS), chaque site de vente doit être adossé à une pharmacie bien réelle. Le numéro de l'officine permettant de contacter le pharmacien doit par ailleurs être affiché sur chacun de ces sites.
Le cahier des charges ne s'arrête  pas là : de nombreuses informations doivent figurer sur la page d'accueil, comme entre autres une adresse mail, le numéro de licence de la pharmacie, les coordonnées de l'ARS et de l'hébergeur du site Internet
 

 Aucune pharmacie en ligne n’est localisée Outre-mer

La France compte, départements d'Outre-mer compris, pas moins de 22 601 pharmacies. Vendredi 12 juillet, seuls 35 sites ont bénéficié de l'autorisation (voir la liste complète). Et sur les quelques 627 pharmacies des départements d'Outre-mer, aucune ne figure sur la fameuse liste. Même si quelques dossiers ont été refusés,  l'arrivée du e-commerce de médicaments n'était pas particulièrement attendue par les pharmaciens français. L’absence de véritable engouement est, selon les professionnels du secteur, avant tout liée au fameux guide des bonnes pratiques. C’est lui qui définit, outre les mentions à porter sur les sites de vente, la présentation des produits, les quantités maximales recommandées, la publicité, la conservation des données… Un guide très précis mais qui n’a été publié au Journal officiel que le 23 juin. Soit moins de trois semaines avant l’entrée en application du décret. Un peu court pour les pharmaciens, qui, pour beaucoup, n’ont pas souhaité prendre les devants au risque de devoir tout changer à la dernière minute.
 

 
« Les clients ont besoin de nous voir »

Pour ce qui concerne les Outre-mer, estime Ejuliberte Pauillac, présidente de l’Union régionale des professionnels de santé en Guyane, la vraie raison est ailleurs. " Ici en Guyane, nous avons beaucoup d’immigrés et de personnes qui ne maîtrisent pas toujours bien le français. Ils ont besoin de nous voir pour obtenir des explications sur les ordonnances et des conseils. Nous sommes encore obligés d’écrire sur chaque boîte la posologie, alors que ça ne se fait quasiment plus dans l’Hexagone ", poursuit-elle.

Et si l’envoi de médicaments à domicile pourrait à première vue sembler idéal pour des habitations particulièrement enclavées, encore faudrait-il que ces personnes puissent passer commande  "On envoie des fusées mais il reste encore pas mal de coins où le réseau  mobile ne passe pas. Alors Internet… ", soupire la pharmacienne qui reconnaît, à titre personnel, "ne pas être  particulièrement favorable" à ces nouvelles méthodes. "Mais ça va arriver ici aussi, assure-t-elle. On prendra sans doute plus de temps que l’Hexagone, mais en Guyane aussi on va finir par s’y mettre..."
 

Coût élevé pour le consommateur

Les habitants de Rémire-Montjoly ou de Saint-Paul de la Réunion désireux de se fournir en médicaments sur Internet peuvent néanmoins commander sur les sites métropolitains ayant obtenu l'autorisation. En effet: ces derniers sont habilités à livrer sur l'ensemble du territoire français. Mais les frais de port, très élevés, devraient rapidement les en dissuader : au moins  24 euros pour un colis d’un poids inférieur à 3 kilos à destination des départements d’Outre-mer, nous précise le responsable un site de vente en ligne situé en Alsace.  
De quoi rassurer le gouvernement, inquiet des dérives, et contraint malgré lui de  céder aux directives de l'Union européenne.  En aucun cas le ministère de la Santé ne souhaitait inciter à la consommation en ligne.
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