Témoignages de surfeurs qui ont quitté La Réunion

attaques de requins
Surfeur Thomas Joncour
©Menswave
Après l'attaque d'un requin qui a causé la mort de Sarah, 15 ans, en vacances à Saint Paul, comment réagissent les surfeurs de La Réunion installés dans l'hexagone ? La présence menaçante des requins a contribué à leurs départs.
Pierre Antolin a quitté la Réunion en 2007. Ce quarantenaire, fanatique de surf y a passé sept année de sa vie. "J'étais venu en vacances chez un copain deux semaines pour faire du surf, j'y suis resté sept ans. On était en 2000, raconte Pierre Antolin. C'était un lieu unique au monde. En 2004, j'ai même monté une école de surf à Saint Benoit, dans l'est de l'île. Ca s'appelait le Pierrot surf's cool. A l'époque, il n'y avait pas de requins". Malheureusement, l'aventure ne dure que  six mois. Lors d'une compétition organisée par Pierre Antolin, le 27 mars 2004, en fin de journée, un surfeur de 20 ans, se fait mordre par un requin. Il s'en est sorti indemne, mais avec de nombreux points de sutures. L'école de surf de Pierre Antolin a du fermer ses portes à l'est de La Réunion.

Ecole de surf Pierrot surf'cool
Pierre Antolin et son minibus de Pierrot surf's cool
  

"Ce n'était plus possible"

A l'époque, Pierre Antolin ne se pose pas de questions. Il embarque ses élèves de surf dans son minibus et poursuit son activité pendant quatre ans, à l'ouest de l'île vers Trois Bassins. "Comme tout le monde", dit-il. "Au bout d'un moment, ça m'a pesé. On était tous parqué au même endroit, raconte Pierre Antolin. L'esprit du surf, c'est d'aller dans des coins insolites. Pour moi, ce n'était plus possible. Je suis parti en 2007". Le surfeur Thomas Joncour est lui aussi un amoureux de La Réunion où il a grandi. La dernière attaque de requin qui a mis fin à la vie d'une jeune fille de 15 ans le rend malade. En 2011, il avait ainsi perdu son ami, Mathieu Schiller. Ils étaient ensemble au collège et au lycée et avaient participé tous les deux à des compétitions au sein de l'équipe de France.
  
Surfeur Thomas Joncour
Thomas Joncour ©Laurent Posetti

"A La Réunion, on ne peut plus vivre du surf"

Thomas Joncour se dit nostalgique de ses années de glisse à La Réunion même s'il a fait "son trou" aujourd'hui en Bretagne où il donne des cours de surf. "Aujourd'hui, poursuit-il, les jeunes surfeurs réunionnais doivent partir s'entraîner sept mois par an, hors de l'île, en Australie et dans l'hexagone. C'est coûteux et c'est dur pour leurs familles. Et puis, désormais, de mai à octobre, une cinquantaine de surfeurs de La Réunion viennent donner des cours dans le sud-ouest de la France. La-bas, on ne peut plus vivre du surf". 

Surfeur Yohann Cornillon
Yohann Cornillon ©Jym Renaut

"Surfer sans risque"


Installé également en Bretagne, Yohann Cornillon, 38 ans qui a passé neuf ans sur l'île dresse le même tableau que Thomas Joncour. Lui aussi a bien connu Mathieu Schiller. "Il y a cinq ans, mes collègues ont du mettre la clef sous la porte à Trois Bassins, entre saint Gilles et l'Etang salé, explique Yohann Cornillon. J'ai même un ami qui a laissé tomber le surf pour devenir charpentier. Moi j'ai choisi de partir en Bretagne. Il faut en vouloir ici, ce ne sont pas pas les mêmes conditions climatiques, mais au moins, on peut surfer tard le soir, sans risque". Thomas Joncour précise, de son côté, que la Bretagne est devenue la deuxième fédération de surf de France, derrière l'Aquitaine, et depuis peu devant La Réunion.