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« L’audace ultramarine en hexagone » en débat au Sénat

Universitaires, élus et membres de la société civile ont planché jeudi 12 septembre au Sénat sur la présence ultramarine dans l’hexagone. Morceaux choisis. 

Le Défenseur des droits Dominique Baudis (à gauche) et le sénateur de la Martinique Gérard Larcher (au centre), président de la Délégation sénatoriale à l'Outre-mer, lors du colloque « L’audace ultramarine en hexagone », le 12 septembre 2013 © La1ere.fr
© La1ere.fr Le Défenseur des droits Dominique Baudis (à gauche) et le sénateur de la Martinique Gérard Larcher (au centre), président de la Délégation sénatoriale à l'Outre-mer, lors du colloque « L’audace ultramarine en hexagone », le 12 septembre 2013
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
Organisé par la Délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer et la Délégation sénatoriale à l’Outre-mer, le colloque avait pour thème : « L’audace ultramarine en hexagone : comment s’exprime-t-elle ? Comment s’incarne-t-elle ? ». Vaste  programme en effet.
 
Durant toute la matinée du 12 septembre, historiens, sociologues, politologues, élus et représentants d’associations ont tenté de répondre à ces questions. 

« Impensé de la République »

Audace. La première audace fut déjà, pour l’historienne Myriam Cottias, présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, que les esclaves revendiquent leur liberté, à la fois dans les Outre-mer et sur le sol français, en faisant souvent des procès à leurs maîtres après l’abolition officielle de l’esclavage.
 
Sur cette question qui suscite encore des controverses, « il est absolument essentiel d’admettre toutes les périodes de l’histoire de France qui actuellement peuvent être condamnées, parce que la moralité a changé » souligne-t-elle. « C’est important parce que cela permet de réfléchir très concrètement aux discriminations contemporaines. Si on nie des périodes de l’histoire, on ne peut pas penser le contemporain. Avec l’histoire de l’esclavage, on a précisément ce problème. Cette histoire qui pose la question de la race et de l’inégalité dans un ensemble français qui se pense uniquement sous l’angle d’une république généreuse et égalitaire, tant qu’on ne pourra pas mettre au centre de la réflexion la question de la race qui est un impensé de la République, on ne pourra pas avancer et se saisir pleinement des problèmes contemporains. »

Vidéo de la table ronde n°1 : Peut-on définir les ultramarins de l'hexagone ? 
 
Deuxième audace ultramarine relevée par Myriam Cottias, le mouvement de migration intervenu après la loi sur la départementalisation de 1946. Un mouvement essentiellement féminin, on le sait moins, à mettre en relation avec une certaine effervescence culturelle des ressortissants des Outre-mer. « Cette migration intervient au moment où s’élabore une conscience noire, une réflexion sur ce qu’est une identité noire globalisée », précise-t-elle. 

Etat d’esprit des ultramarins

Autre élément important du colloque, l’analyse de l’état d’esprit des ultramarins de l’hexagone, sous la forme d’un baromètre présenté par l’institut de sondage Opinion Way, à la demande de la Délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer. Environ 15.000 personnes originaires des Outre-mer ont été interrogées pour la réalisation de l’enquête.
 
« On constate un profil un peu plus masculin, un peu plus jeune et un peu plus francilien que l’ensemble de la population hexagonale pour les ultramarins vivant dans l’hexagone », relève Hugues Cazenave, président fondateur d’Opinion Way. La Guadeloupe, la Martinique et la Réunion représentent 80 % des ultramarins vivant dans l’hexagone.
 
Première constatation, pour Opinion Way, « le niveau de confiance des ultramarins de l’hexagone est sensiblement plus élevé que celui de l’ensemble des Français en général, 23 % contre 13 % ». Constatation tempérée par une deuxième, l’enjeu majeur que constitue la question des discriminations pour les ultramarins. 

Discriminations

Concernant l’égalité des chances, à propos de mandats électifs, une très forte majorité des ultramarins considère qu’une personne originaire des Outre-mer peut être élue député ou maire. Mais pas président de la République (à plus de 60 %). Sur la question de la représentation de la diversité, notamment dans les institutions, les médias, les grandes entreprises, etc., les ultramarins pensent qu’ils sont mal représentés, particulièrement dans les médias et en politique.
 
Vidéo de la table ronde n°2 : Qui sont les ultramarins de l'hexagone ? 

Opinion Way a également voulu connaître le sentiment des ultramarins sur la place accordée dans le débat public, selon eux, aux problématiques liées à la discrimination, à la colonisation, et à l’esclavage. Majoritairement, les personnes originaires d’Outre-mer pensent que ces questions ne sont pas assez abordées.
 
Par ailleurs, « plus de 80 % des ultramarins de l’hexagone pensent que les discriminations sont des pratiques répandues, avec 27 % qui considèrent que ces discriminations sont même très répandues ». A la question de savoir s’ils ont déjà été victimes de discrimination, 56 % des ultramarins répondent positivement, dont 35 % affirment avoir été discriminés plusieurs fois. Le logement est l'un des premiers pôles de discrimination, suivi par l'emploi et l'évolution de carrière. L’apparence physique et l’origine sont les plus souvent citées comme étant à l’origine des discriminations. L'enquête constate également que sentiment de discrimination augmente avec l'ancienneté passée dans l'hexagone. 

Les actes du colloque comprenant toutes les interventions devraient être publiés prochainement. Nous y reviendrons. 

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