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Glencore Xstrata et la facture du Koniambo

nickel
L'usine du Nord
©Alain Jeannin (Outre-mer 1ère)
Le grand projet métallurgique et minier de la province Nord de Nouvelle Calédonie est en train de devenir le gros problème du géant suisse des matières premières. L'usine du nord et l'exploitation minière associée du massif du Koniambo ressemblent de plus en plus à un puits sans fond. 
Les dépassements alarmants des dépenses d'investissement et des coûts de production expliquent en grande partie la situation financière difficile du mastodonte suisse né de la fusion entre Glencore et Xstrata.


Budget en hausse de 1 milliard de dollars

La forte augmentation des dépenses d'investissement pour la réalisation du complexe nickélifère de Koniambo en Nouvelle-Calédonie risque de dissuader Ivan Glasenberg d'envisager tout futur projet sur site vierge, après le Koniambo. A Londres la semaine dernière, face aux investisseurs institutionnels Kenny Ives et Peter Johnston, les responsables de la branche nickel de Glencore Xstrata, ont annoncé que le budget du projet Koniambo (usine du Nord) était désormais estimé à 6,3 milliards de dollars, soit une hausse non prévue de 1 milliard de dollars.
Glencore statistiques
©Glencore

Augmentation du coût du métal produit

La dépense d'investissement totale est une chose, mais KNS (Koniambo Nickel SA) devrait connaître de nouveaux reports dans la montée en puissance de l'usine du nord adossée au massif de nickel. La filiale de Glencore Xstrata envisage désormais une augmentation de 40% du coût du métal produit. Le prix de revient attendu du ferronickel made in Koniambo serait passé de 2,75 dollars à 3,88 dollars par livre de métal contenu. Or le cours du nickel reste bas à la bourse des matières premières de Londres. Les bénéfices attendus ont fondu comme neige au soleil. Un exemple ? La production commerciale de la ligne 2 de KNS est retardée de septembre 2013 à février 2014. Conséquence de ce retard, la production en 2013 n’atteindra que 4 000 tonnes de nickel contenu contre 16 600 tonnes prévues précédemment. Pour 2014, la prévision de production a également été revue à la baisse, de 50 400 à 34 000 tonnes. Xstrata tablait sur une montée en puissance achevée en 2015 avec une production de 61 000 tonnes. Glencore Xstrata n'attend plus pour cette période que 55 000 tonnes.
 

"Le dépassement budgétaire a été un choc"

Ivan Glasenberg, le directeur exécutif de Glencore Xstrata, siégeait déjà au conseil d'administration de Xstrata lorsque le projet KNS, héritage du rachat du canadien Falconbridge, a été lancé. "Nous n'y étions pas favorable, lorsque nous siégions au conseil, mais avec un investissement de 3,9 milliards de dollars il semblait pas mal. Mais en juillet 2011, un massif dépassement de budget a été annoncé et personne ne s'y attendait. Ça a été un choc, tant pour la direction que pour les investisseurs", a souligné Glasenberg. A cette période, tout le monde voulait investir dans les nouveaux projets, a rappelé Kenny Ives dans sa présentation. Glencore en fusionnant avec Xstrata a donc hérité dans la corbeille de mariage d'un projet Koniambo dont il n'est propriétaire qu'à 49% puisque 51% du projet et des profits à venir reviennent à la SMSP calédonienne. Autant dire que la multinationale suisse habituée à imposer ses conditions, autour de 90% pour elle et de 10% pour les sociétés locales, a sans doute le sentiment d'avoir fait une très mauvaise affaire. Avec le recul, on comprend mieux le refus des dirigeants du groupe français ERAMET de se lancer dans l'aventure de l'usine du nord. Ce projet ultra moderne ressemble de plus en plus à un gouffre financier. Glencore et Xstrata en ont hérité bien malgré eux.

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