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Typhon aux Philippines: la catastrophe était-elle prévisible?

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L'île de Leyte est l'une des plus sévèrement touchée par le typhon ©RYAN LIM / MALACANANG PHOTO BUREAU / AFP
Les vents à plus de 320 km/h du typhon Haiyan ont semé la mort et la désolation. Le bilan provisoire est de 10.000 morts et 2.000 disparus, malgré les alertes et les évacuations préventives. Les Philippines sont pourtant habituées à ce type de phénomène. Pourquoi un tel bilan?

Une vague déferlant à des centaines de mètres à l'intérieur des terres, un vent d'apocalypse, des constructions fragiles et une information lacunaire: les experts avancent désormais de multiples explications pour tenter de comprendre la catastrophe.

Phénomène d’une violence inédite

Pour le ministre de l'Energie, Jericho Petilla, les autorités n'avaient de toute façon pas les moyens matériels et humains suffisants face à un typhon d'une telle puissance. "On n'avait jamais connu une tempête de cette intensité. Vous pouvez prendre autant de mesures préventives que vous voulez, elles ne serviront pas à grand chose face à quelque chose d'aussi violent", a-t-il déclaré à la chaîne ABS-CBN.

Vents à plus de 300 km/h

Haiyan a balayé le centre de l'archipel philippin vendredi avec des vents soufflant à plus de 300 km/h et une succession de vagues géantes qui ont détruit des zones entières, notamment sur les îles de Leyte et Samar.Plus de 10.000 personnes pourraient avoir été tuées, selon des estimations provisoires. "On ne peut jamais se préparer à des vents de 320 km/h. Si vous voulez vraiment protéger tout le monde, c'est la province entière qu'il faut évacuer", insiste le ministre Petilla.

Une vingtaine de tempêtes par an en moyenne

Le responsable de l'Organisation internationale des migrations (OIM) aux Philippines, Marco Boasso, juge le gouvernement de Manille "très mobilisé et organisé, surtout comparé à d'autres que je ne peux pas nommer pour des raisons diplomatiques. Mais peut-on jamais faire assez quand les catastrophes naturelles se succèdent?", a-t-il fait valoir, rappelant que l'archipel de près de 100 millions d'habitants était battu chaque année par une vingtaine de tempêtes tropicale.

Les habitants piégés

La ville de Tacloban, capitale de l'île de Leyte, a subi les pires dégâts après avoir été subermergée par un mur d'eau de cinq mètres qui a tout emporté sur son passage, allant jusqu'à piéger les habitants réfugiés dans les centres d'évacuation --écoles, églises, gymnases-- désignés par les autorités. Les gens "ont suivi les instructions. Mais la tempête était trop puissante", a commenté le porte-parole du Conseil de réduction des risques naturels, Reynaldo Balido.

Echec de la prévention ?

Mahar Lagmay, directeur d'un programme de cartographie des zones exposées aux tempêtes (Project NOAH), avance pour sa part que les efforts pédagogiques déployés par les scientifiques et les politiques auprès des populations n'ont pas suffi. "Le message n'est pas totalement passé" quant aux dangers potentiels des tempêtes les plus importantes, reconnaît-il. Même constat pour Mario Aurelio, géologue à l'université de Manille. Selon lui, "il semble que les populations locales aient encore beaucoup de mal à apprécier ces phénomènes. Nous avons échoué à nous faire comprendre", estime-t-il.

Des problèmes structurels aux Philippines

Norman Cheung, un expert en risques environnementaux et gestion des situations d'urgence à la Kingston University de Londres, dénonce de son côté des problèmes structurels d'urbanisme et de construction, un paramètre récurrent dans les pays pauvres ou émergents. "Les pertes (humaines) catastrophiques s'expliquent principalement par la mauvaise qualité du matériel de construction et de la construction elle-même", affirme-t-il, évoquant en particulier "une faible solidarité entre les toits et les murs" qui provoque l'effondrement des édifices sous la pression du vent et de l'eau.

Impuissance et fatalisme

Le météorologue philippin Jori Loiz fait partie d'une équipe d'experts qui avaient évalué les risques de submersion sur l'île de Leyte en 2006-2007. Il se souvient de l'absence de reliefs susceptibles de servir de refuges comme ce fut le cas dans certains pays touchés par le tsunami de 2004 en Asie. "Où les gens auraient-ils pu fuir? Si j'avais été le gouverneur (de la province), je n'aurais pas su quoi faire", reconnaît-il.

Des anciens de Tacloban ont témoigné avoir assisté par le passé à la submersion d'une partie de la ville par des vagues, mais jamais dans de telles proportions."Cette tempête est sans précédent. Beaucoup de choses de ce genre sont au-delà de toute intervention humaine", rappelle Lawrence Jeff Johnson, le responsable philippin de l'Organisation internationale du travail (OIT) qui s'associe aux secours.

Tacloban, ville côtière particulièrement meurtrie

regardez le récit de France TV info
 

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