Trois victimes d'essais nucléaires devant le Tribunal administratif de Bordeaux

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Mururoa
Vue de la zone de vie Mururoa 1990 ©ECPA / AFP
Le Tribunal administratif a examiné, ce mardi, trois dossiers de personnes se disant victimes des essais nucléaires, pratiqués par la France en Algérie puis en Polynésie. Ces trois cas avaient été rejetés par la Commission d'indemnisation, mise en place par la loi Morin. 
Les victimes des essais nucléaires ne se sentent pas beaucoup écoutées. Certes, il y a eu la loi Morin votée en 2010, mais en juin dernier, selon Corinne Bouchoux,  sénatrice du Maine-et-Loire, sur 811 dossiers de victimes déposés au CIVEN (Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires), seuls 11 ont eu droit à une indemnisation dont 4 concernaient des personnes en Polynésie française.

L'armée possède tous les papiers

Les représentants des trois familles qui se sont présentées ce matin au Tribunal administratif de Bordeaux avaient déposé un dossier à la Commission d'indemnisation, sans succès. Il s'agit abord de Christine Lecullée, 75 ans, veuve de  Bernard Lecullée, mort le 4 janvier 1976, des suites d'un cancer de la moelle osseuse, dû à son exposition à la radioactivité lors des essais au Sahara Occidental. L'armée possède tous les papiers et certificats confirmant sa maladie et le fait qu'à 34 ans, il était pensionné à 80 %, puis à 100 % à 37 ans.

27 tirs en cinq ans

Une autre veuve, Mme Fontaine, est également venue à ce procès. Son mari est décédé d'un cancer du rein à la suite d'expositions radioactives dues aux essais nucléaires. Enfin, le dossier de Claude Lequesne a été examiné par le Tribunal administratif de Bordeaux. Il a assisté, et donc subi, 14 tirs nucléaires aériens et 13 souterrains à Mururoa en Polynésie Française, pendant cinq ans. 

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Sylvie Tuscq-Mounet de France 3 Aquitaine
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La loi Morin élargie à toute la Polynésie française

Le jugement a été mis en délibéré. Le rapporteur public a demandé le rejet de ces trois requêtes. Par ailleurs, vendredi dernier, L'Assemblée nationale a voté à l'unanimité un texte qui étend la possibilité d'indemnisation des victimes d'essais nucléaires à toute la Polynésie française. Auparavant, il était prévu dans la loi Morin que seules les personnes se trouvant dans certains secteurs (atolls de Mururoa, de Fangataufa, de Hao, et une partie de l'île de Tahiti)  entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998, pouvaient prétendre à bénéficier du régime d'indemnisation.

Du travail pour le CIVEN

Le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) réexaminera automatiquement, sur la base de ces nouvelles dispositions, les dossiers rejetés au vu de la version antérieure de la loi. Un récent rapport du Sénat avait en effet pointé l'inefficacité de la loi Morin et préconisé des aménagements pour en augmenter le nombre de bénéficiaires, actuellement très limité.