"Le consommateur ne tirera aucun avantage du décret carburant", selon Marie-Luce Penchard

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Marie Luce Penchard
Marie Luce Penchard ©JODY AMIET / AFP
L'ancienne ministre de l'Outre-mer de Nicolas Sarkozy estime que le décret sur les carburants qui doit entrer en vigueur le 1er janvier prochain dans les Départements d'Outre-Mer a été mal préparé et ne fera pas baisser les prix des carburants. 
La1ere.fr : Selon vous, ce décret qui doit entrer en vigueur le 1er janvier prochain va-t-il dans le bon sens ? Autrement dit fera-t-il effectivement baisser les prix des carburants à la pompe ?
Marie-Luce Penchard : Pour justifier sa réforme, le ministre des outre mer a indiqué, au départ  que le nouveau décret s'inscrivait dans le cadre de la loi de régulation économique qui vise à lutter contre la vie chère. A ce titre il a annoncé une remise en cause  des marges qu'il considère comme exagérées, des pétroliers, ce qui pouvait laisser espérer une baisse du prix des carburants. Au fil des mois, le discours a changé car le ministère a laissé entendre que cette révision des marges pouvait se faire sans baisse des prix. Que deviennent alors  les gains obtenus de cette baisse annoncée des marges ? Qui en profitera ? Aucune explication n'a été donnée qui montre que la méthode utilisée pour préparer ce décret est parfaitement opaque et manque de transparence. De toute évidence il est certain que  le consommateur ne tirera aucun avantage de cette réforme et il risque même de subir dans quelques temps une augmentation  à cause de la problématique de la gestion des stocks stratégiques.  
 
L'Autorité de la concurrence a émis un avis favorable sur ce décret, indiquant notamment qu'il ne "menaçait pas les gérants des stations services". Pensez-vous qu'il y a au contraire une menace réelle, notamment sur les emplois dans les stations?
L'autorité de la concurrence a émis un avis favorable uniquement sur le projet de décret. Les arrêtés de méthode qui précisent le décret ne lui ont pas été soumis, ce qu'elle ne manque pas de souligner dans son avis qui dans ces conditions, ne peut être que partiel. Enfin l'autorité de la concurrence méconnaît totalement les comportements et pratiques des compagnies pétrolières vis à vis des gérants. Elle n'a qu'une vision théorique et donc erronée de ces relations d'ordre commerciales qui relèvent des contrats de droit privé. Les gérants sont effectivement  menacés car les compagnies peuvent juridiquement  ne pas renouveler leurs contrats. Elles peuvent même rompre à tout moment les contrats à durée indéterminée en respectant un préavis qui, la plupart du temps, est de 3 mois.
S'il n'y a plus de gérants, automatiquement  les pompistes disparaîtront. Faire croire le contraire, c'est se voiler la face car les compagnies ne voudront pas   gérer en direct le personnel. D'ores et déjà Il faut savoir  que 7 stations (2 en Martinique et 5 en Guyane) sont aujourd'hui gérées directement par les compagnies en représailles au projet de décret.
  
La marge actuelle des pétroliers en Outre-mer serait de l'ordre de 14%. Trouvez-vous cela normal ? Comment faire effectivement baisser les prix des carburants pour les automobilistes ?
 Il est difficile de porter une appréciation car nous n'avons pas connaissance du montant du différentiel  qui découle de  la  marge calculée dans le cadre du projet de décret. Preuve une fois de plus de l'opacité de la méthode utilisée dans le processus de cette réforme.  A ma connaissance, la marge actuelle des pétroliers est de 5,4 centimes par litre et elle n'a pas été revalorisée depuis 2008. Au niveau des prix, ils sont aujourd'hui proches du niveau de la métropole. Alors, avant de se poser la question de la  baisse des prix  des  carburants qui pèsent sur le pouvoir d'achat des consommateurs, il faut d'abord réfléchir aux solutions alternatives au tout véhicule en repensant notre politique des transports en commun pour alléger ce poste de dépense dans le budget des familles. 
 
Les professionnels de la filière carburants dénonce dans une lettre ouverte à Victorin Lurel, l'absence de concertation. Quel regard portez-vous sur l'élaboration du décret?
Visiblement il n'y a pas eu de réelle  volonté de dialogue et beaucoup d'acteurs de la filière ont été oubliés tels que les transporteurs, les représentants des salariés. On bien loin de la large  concertation que j'avais menée préalablement à la parution du décret de 2010. L'élaboration de ce décret  est une catastrophe sur le plan de la méthode qui peut aboutir  à une situation de blocage très néfaste et préjudiciable pour nos économies  fortement fragilisées par le contexte de la crise.
 
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