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Brigitte Girardin :"Il faut repenser la défiscalisation" pour les énergies renouvelables

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Brigitte Girardin
L'ex-ministre chiraquienne Brigitte Girardin ©BERTRAND GUAY / AFP
En marge d'un colloque sur l'autonomie énergétique du Pacifique sud, l'ancienne ministre de l'Outre-mer Brigitte Girardin estime qu'il faut "rénover" le dispositif de défiscalisation. 
Le sénateur de Wallis et Futuna, Robert LAUFOAULU, a organisé un colloque sur l'autonomie énergétique du Pacifique Sud, cette semaine, au Palais du Luxembourg. Colloque organisé sous l'égide du Projet MOANA NUI, un projet transversal, autour d'une expédition trans-Pacifique à bord de pirogues/catamarans de voyage océanopolynésiens et qui utilise des méthodes traditionnelles de navigation et de survie. Le but du Projet MOANA NUI est d'utiliser les clés et « sagesses » du Pacifique traditionnel et ancien, afin de les utiliser dans l'approche de problématiques complexes du Pacifique moderne, mêlant environnement, économie et société. Un think-tank, nommé Think Pacific a été lancé. Un colloque auquel le sénateur accordait beaucoup d'intérêt. A Wallis et Futuna l'électricité est cinq fois plus chère que dans l'hexagone. Selon Brigitte Girardin, ancien ministre de l’Outre-mer et représentante spéciale de la Polynésie française à Paris, l’Etat doit accompagner l’autonomie énergétique, via la défiscalisation, appelée Loi Girardin, un outil efficace, selon l’ancien ministre, auteur de la loi éponyme, votée en 2003. Interview.
 
La1ere.fr : Quel est l'enjeu du débat sur l'autonomie énergétique ?
Brigitte GIRARDIN : Cette autonomie énergétique, c’est une nécessité et c’est aussi une chance pour la Polynésie d’avoir des potentialités qui doivent être exploitées. Mais il faut bien voir, qu’il s’agisse des énergies renouvelables ou des énergies décarbonées comme les énergies marines, il est indispensable que l’Etat accompagne, pour plusieurs raisons.

Pourquoi ?
D’abord parce que nous avons des entreprises françaises qui sont vraiment leaders sur des niches technologiques. Elles ont besoin d’être soutenues. Tant que les technologies ne sont pas encore complètement au point et diffusées, c’est vrai qu’il y a des investissements importants à faire et puis quand on arrive au stade du projet, il faut que les porteurs privés de projets soient accompagnés par l’Etat. Et moi j’ai toujours pensé que le soutien de l’investissement par le biais de la défiscalisation était un soutien efficace.

Est-ce toujours le cas aujourd'hui ?
En 2003, j’avais mis un taux de 63% de défiscalisation sur les énergies renouvelables. Je regrette que ce taux ait été raboté, je regrette que le photovoltaïque ne soit plus éligible à la défiscalisation, et je pense qu’aujourd’hui, on est arrivé à un moment où il faut repenser la défiscalisation. Il faut la rénover, il faut la cibler de façon massive sur des secteurs comme les énergies renouvelables, parce que comme le Président de la République l’a dit récemment, l’Outre-mer est à l’avant-garde de la transition énergétique.  Les énergies de demain, elles sont dans les collectivités d’Outre-mer et en particulier dans celles du pacifique.

Que préconisez-vous ?
Je crois qu’il est indispensable de cibler massivement la défiscalisation sur ce secteur créateur de croissance et d’emploi. Je crois aussi qu’il ne faut plus hésiter à différencier l’application de la défiscalisation selon les collectivités d’Outre-mer. Il faut mettre un terme à ce régime uniforme.

Vous êtes favorable à une défisc "à la carte" ?
Vous savez, il y a dix ans, j’avais inventé les statuts à la carte pour les affaires institutionnelles. Je crois qu’en matière de développement économique et social, il est temps de faire du sur-mesure et de ne plus avoir des dispositifs uniformes partout dans l’Outre-mer et applicable de la même façon dans tous les secteurs. C’est ce qui me semble devoir être plaidé dans le cadre de ce fameux volet spécifique du pacte de responsabilité, qui d’après ce que je comprends, doit s’appliquer à l’Outremer.