Naissance d'un nouveau géant de la banane: les producteurs antillais doivent-ils s'inquiéter?

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Planteur de banane
Le planteur montre un régime de banane rachitique à cause de la cercosporiose noire. ©Martinique 1ère
Lundi 10 mars, l'Américain Chiquita Brands annonçait sa fusion avec l'Irlandais Fyffes. La naissance de ce nouveau numéro 1 mondial de la banane inquiète les producteurs français. Et ce, à juste titre : cette fusion ne sera pas sans conséquence pour le marché de la banane antillaise.
C'est sans nul doute un beau mariage. Une fois consommé, le groupe Chiquita Fyffes devrait afficher un chiffre d'affaires annuel de 4,6 milliards de dollars et pas moins de 32 000 salariés. Prix de l'opération pour Chiquita, l'acheteur : 526 millions de dollars.

"Cette alliance va nous amener des problèmes"
Du côté des producteurs de banane aux Antilles, les réactions ne se sont pas faites attendre. "Fyffe a vraiment une connaissance du marché européen. Cette alliance va nous amener des problèmes", prédit Francis Lignières, président du groupement des producteurs de Guadeloupe au micro de Guadeloupe 1ere.
"La conversion dollar-euro leur donne déjà un avantage énorme alors que nous avons une productivité en difficulté", ajoute-t-il, soulignant également la baisse du tarif douanier qui avantage la banane américaine ou "banane dollar".
La banane antillaise est pour l'instant protégée par l'Union européenne. Au delà des aides financières attribuées aux planteurs, ces derniers sont exonérés des droits de douane. La "banane dollar" en revanche doit s'en acquitter.

Autre motif de mécontentement de Francis Lignières : l'interdiction de l'épandage aérien pour des raisons environnementales, qui, estime-t-il, nuit à leur productivité. Une interdiction qui n'est pas en vigueur ailleurs sur le continent américain.

Une concurrence de taille en Europe de l'Est
C'est surtout sur les marchés de l'Europe de l'Est, que la naissance de ce nouveau groupe devrait rapidement se faire ressentir chez les producteurs antillais. Ces derniers exportent aujourd'hui en Pologne, en Hongrie ou en encore en République Tchèque. Ces marchés sont "particulièrement sensibles aux prix", souligne Denis Loeillet. Responsable de l'observatoire des marchés pour le Cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, il suit de près cette fusion.
"On peut imaginer que ce nouveau groupe pratiquera une politique plus agressive, en pratiquant des baisses de prix importantes, qui n'impacteront pas ou peu leur chiffre d'affaires". Une chute de prix qui obligerait la concurrence française à s'aligner... si tant est qu'elle en a les moyens.

Chiquita et Fyffes absents du marché français... pour l'instant
Une grande question se pose aujourd'hui : cette fusion va-t-elle modifier le marché français ? A ce jour, entre 40 et 45% des bananes vendues par la grande distribution française proviennent des Antilles. "Chiquita a quitté le marché français il y a de nombreuses années, rappelle Denis Loeillet. Et Fyffes n'y a jamais mis les pieds". La possibilité de voir leurs productions envahir les étalages français est envisageable. "Mais cela rendrait le marché français, déjà fragilisé, encore plus fragile".

Une plus-value non reconnue
Le grand atout de la banane antillaise, c'est sa production "vertueuse", c'est à dire plus respectueuse de l'environnement que la concurrence.
Reste encore à convaincre les distributeurs que la prise en compte de l'aspect environnemental, et social est une plus-value. "Ils n'y sont pas assez sensibles. Ce message d'une production plus durable, ils ont encore du mal à la traduire en termes de valeur ajoutée. Ce qui intéresse les grandes surfaces, c'est uniquement le prix bas. La banane est un produit d'appel qui sert à attirer la clientèle dans leurs magasins", précise Denis Loeillet.
Quant aux clients, "ils reconnaissent qu'une production durable, c'est mieux pour leur santé, mais ne sont pas forcément prêts à payer un prix supérieur", ajoute-t-il, avant de préconiser un véritable "changement de conscience de la part des grands acheteurs et des consommateurs".