A l'INRA de Marseille on travaille à la fabrication de biocarburants avec des champignons de Guyane !

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La révolution des biocarburants avec des champignons
A l'INRA de Marseille, on prépare la révolution des biocarburants avec des champignons (éprouvettes) ©BORIS HORVAT / AFP
Grâce aux enzymes des champignons c'est-à-dire ces protéines qui accélèrent les réactions chimiques, l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) compte mettre sur pied une véritable filière éthanol de 2e génération. Et les champignons de Guyane sont très utiles. 

A l'INRA de Marseille, on pense que les champignons, véritable "boîte à outils" de la chimie verte, vont révolutionner la production de biocarburant. Au milieu des calanques sur le campus de Luminy, l'unité BCM (Biotechnologie des Champignons Filamenteux) travaille sur les propriétés naturelles de certains champignons qui savent "digérer" le bois.

Les enzymes des champignons


"Les champignons n'ont pas de dents ! Alors quand ils s'attaquent au bois par exemple, ils fabriquent des enzymes qui dégradent la matière. Cela permet de libérer la cellulose du bois. Grâce à cette cellulose, on peut fabriquer du sucre qui en fermentant deviendra de l'alcool, que l'on appelle l'éthanol de 2e génération", explique à La1ere.fr le professeur Jean-Claude Sigoillot. Ce chercheur dirige l'unité marseillaise, l'une "des trente équipes dans le monde" qui planchent sur les champignons pour inventer la chimie du futur, qui sera "plus propre et plus économe en ressources naturelles".

Des champignons de Guyane


Pour ces recherches, l'équipe Marseillaise s'appuie sur une collection de champignons forte de 2.000 souches (Centre international de ressources microbiennes-Marseille) dont une partie a été recueillie dans la nature par la pharmacienne de l'unité, Anne Favel, en France ou dans la forêt tropicale guyanaise."On trouve des choses intéressantes en Guyane. On n'a pas toutes les espèces dans notre labo et il nous faut des champignons qui viennent de biotopes différents, de régions différentes et qui ont développé des aptitudes différentes", souligne la pharmacienne, avouant que ces missions en forêt tropicale "sont toujours des aventures... Il y a des insectes, des araignées venimeuses, des serpents mortels, des plantes couvertes d'épines et des orpailleurs qui n'apprécient pas forcément le voisinage des chercheurs." Un jeu qui en vaut la chandelle, estime-t-elle, car "les champignons sont un univers à défricher au niveau des molécules actives."

Champignons INRA
Eprouvettes d'échantillons de champignons / INRA ©BORIS HORVAT / AFP

Le projet Futurol


L'un des programmes phares du laboratoire marseillais, c'est le projet Futurol. Lancé en 2008, ce programme qui réunit une dizaine de partenaires (Confédération Générale des Betteraviers , Champagne Céréales, Crédit Agricole du Nord-Est, IFP, Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), Lesaffre, Office National des Forêts, Tereos, Total et Unigrains) a pour ambition de mettre sur pied une véritable filière éthanol de deuxième génération. "L'idée, c'est de ne plus utiliser du blé, du maïs ou de la canne à sucre qui sont consommés par les hommes, mais plutôt leurs résidus", explique le professeur Jean-Claude Sigoillot, et ainsi valoriser les déchets végétaux, la paille, le bois.

Un site pilote


Un site pilote de production de biocarburant de seconde génération fonctionne depuis 2011 dans la Marne à Pomacle-Bazancourt. Selon Jean-Claude Sigoillot, une usine prototype va prendre la suite dans les prochains mois pour passer au stade industriel et permettre ainsi de démontrer la rentabilité de la filière. Pendant ce temps, à l'INRA, on essaie de trouver les champignons qui possèdent les enzymes les plus efficaces. Et grâce à sa richesse inestimable en terme de biodiversité, la Guyane a sûrement une carte à jouer.