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"Les cartouches au fond du jardin ? On en fait des cha-cha pour le carnaval", suite du procès de Ruddy Alexis

justice
Cour d'assises de Paris
La très moderne salle numéro 3 de la Cour d'assises de Paris ©LS
Au deuxième jour du procès en appel de Ruddy Alexis aux assises de Paris, la Cour est entrée dans le vif du sujet. Le Guadeloupéen est accusé d'avoir tiré sur Jacques Bino lors des émeutes de février 2009. Enquêteurs et témoins se sont succédés, les uns en personne, les autres par visioconférence.
Nouveau rebondissement au deuxième jour du procès en appel de Ruddy Alexis. Jeudi matin aux assises de Paris, il n’y avait plus un, mais deux avocats sur le banc de la défense. Le Guadeloupéen Daniel Démocrite, qui avait fait acquitter son client en première instance en 2012, a finalement pris l'avion. Une décision qu’il a repoussée jusqu’au dernier moment, pour protester contre le dépaysement du procès à Paris. Ruddy Alexis comparaît pour le meurtre du syndicaliste Jacques Bino, lors des émeutes de février 2009 en Guadeloupe.

Les enquêteurs accablent Ruddy Alexis

Les jurés - sept hommes et deux femmes - écoutent avec attention le détail des faits, dans un climat plus calme que la veille. L’ex-directeur de la sécurité publique en Guadeloupe et deux enquêteurs se succèdent à la barre. Sur les écrans suspendus dans la salle, le Président diffuse des photos prises dans les endroits clés. "Voyez, là, on a retrouvé sur les lieux du crime un étui de cartouche FOB gros gibier, calibre 12", explique l'enquêtrice. "Comme vous pouvez le voir ici, dans son jardin, on a trouvé des cartouches similaires." 


Placées sous scellés, les dites cartouches circulent entre les mains des différents protagonistes dans la salle. Les enquêteurs accablent Ruddy Alexis. Ils soutiennent que l'accusé aurait pris pour cible la voiture de Jacques Bino, croyant tirer sur des policiers de la BAC. Mais Me Démocrite n’écarte pas l’hypothèse d’un crime commis par les forces de l’ordre. Voire d'un assassinat perpétré contre le syndicaliste.

Maître Démocrite
Maître Démocrite ©LS


La visioconférence n'abolit pas la distance

Puis vient l'heure des témoins. N'ayant pas pu faire le voyage depuis la Guadeloupe, c'est en visioconférence que ça se passe, avec tous les désagréments d'une conversation par "Skype", assortie d'une mauvaise connexion. Les juges assesseurs font signe au Président qu'ils n'entendent rien.


La compagne de Ruddy Alexis fait partie des rares personnes audibles. L'avocat général, Philippe Courroye, l'interroge sur la présence de cartouches de fusil de chasse retrouvées au fond de son jardin. Sur l'écran télé, on la voit expliquer, pédagogue, que Ruddy Alexis utilise les plombs pour faire des "cha-cha pour le carnaval" : des maracas dans des calebasses.  

Une explication qui ne satisfait guère le magistrat. C'est tout juste s'il ne s'esclaffe pas à l'évocation du carnaval. Dans la salle n°3 des assises de Paris, les quelque 7.000 kilomètres qui séparent la Guadeloupe de la Cour se font sentir.
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