Publication de la pièce de Véronique Kanor, "Le Temps suspendu de Thuram"

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Véronique Kanor
Véronique Kanor à Paris, au mois d'avril 2013 ©Stéphane Weber
La pièce de la réalisatrice martiniquaise Véronique Kanor, "Le Temps suspendu de Thuram", récemment jouée en Guadeloupe, vient d’être publiée chez Lansman Editeur.
Véronique Kanor est une artiste inspirée. On la connaissait surtout comme réalisatrice (« Retour au Cahier », « Marcel Manville, d’homme à hommes », etc.), elle a démontré de véritables talents d’écriture avec son récit « Combien de solitudes… » (éditions Présence africaine) paru en décembre 2013. Un livre tiré d’une expérience scénique en solo de "pict-dub-poetry", performance mêlant la vidéo, la photographie, et une sorte de slam poétique, dont elle revendique la maternité.
 
Voici maintenant la Véronique Kanor dramaturge, dont la pièce « Le Temps suspendu de Thuram », a été créée en février 2014 à l’Artchipel scène nationale de la Guadeloupe dans une mise en scène d’Alain Timar, avec comme acteurs Dominik Bernard et Ricky Tribord.
 
Le texte imagine le faux enlèvement en Guadeloupe de Lilian Thuram par Eugène, un quinquagénaire alcoolique qui estime être passé à côté de sa vie. Le kidnapping de Thuram sera son acte rédempteur, la catharsis qui lui permettra d’exister à ses propres yeux et aux yeux du monde. Dans cette pièce aux allures d’allégorie, Véronique Kanor retrouve les thèmes et préoccupations récurrents dans son travail : la problématique identitaire, l’aliénation et la dépendance des Antilles, le rapport à la complexité de l’autre…
 

VIDEO. La bande annonce de la pièce « Le Temps suspendu de Thuram », de Véronique Kanor

 
« Il s’agissait d’un appel à écriture sur Thuram. Je n’y connais rien en foot et en people. Pourtant, je ne sais pas pourquoi – et je ne vais pas inventer un parce que qui m’échappe – quelque chose m’a poussée à répondre à l’appel, à écrire sur une  personne dont j’avais des a priori négatifs et dont, pourtant, je ne pouvais que dessiner les contours sans y mettre du nan-nan, des arguments, le fourrer de détails, de matières, d’os, de chairs, d’anecdotes… » explique Véronique Kanor dans une « note d’écriture ».

Véronique Kanor "thuram"
©Lansman Editeur
« J’ai pensé « C’est marrant d’avoir une opinion sur quelqu’un sans pouvoir dire - pas même en gros - qui est cette personne, quels sont ses hauts faits, ses basses œuvres, ses creux et ses pics. Alors j’ai eu envie d’écrire sur ça. Pas sur Thuram. Mais sur ce que l’on représente pour les autres, sur la manière dont chaque individu se moule aux attentes de l’autre. J’ai pensé à toutes ces amies qui suivent des thérapies pour tenter de se dégager des attentes de leurs parents, de leur mari, de leurs enfants, d’un modèle qu’elles ont fait leur et qui au final ne leur convient pas (…) »
 
« Thuram n’est pas ma copine, mais finalement, j’ai eu envie qu’il le devienne » poursuit l’auteur. « Qu’il se rende 
compte lui aussi que là où il est, dans cette tribune où il distille sa pensée sur le monde noir, ce n’est peut-être pas une place choisie, mais imposée par l’entourage, les fans, les politiques et un peuple. Dans sa position, comment et pourquoi s’échapper du rôle assigné pour être un autre, plus proche de ce que l’on pense être ? C’est cette question qui a guidé mon écriture et m’a aidée à dépasser les contours pour entrer à l’intérieur des frontières de Thuram. »
 
Les représentations de la pièce en Guadeloupe sont terminées, mais deux bonnes nouvelles pour ceux qui souhaiteraient la lire et y assister : le spectacle sera présenté au festival d’Avignon cet été (du 4 au 27 juillet au Théâtre des Halles), et le texte vient d’être publié par Lansman Editeur (Belgique).
 
Véronique Kanor, « Le Temps suspendu de Thuram » - Lansman Editeur/L’Artchipel (Belgique) – 42 pages, 9 euros.