outre-mer
territoire

La Russie justifie l'annexion de la Crimée et cite l'exemple de Mayotte

politique
Sergueï Lavrov
Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères ©ALEXANDER NEMENOV / AFP
Dans une interview, Sergueï Lavrov,  le ministre des Affaires étrangères russe,  a fait référence au référendum de 1974, sur l'autodétermination des Comores pour justifier l'annexion de la Crimée.
L'interview a été publiée sur le site du ministère des Affaires étrangères russes et relevée par le Monde.fr :  "Contrairement à de nombreuses décisions de l'ONU, qui a condamné cette approche, Mayotte est désormais membre à part entière de la République française", a noté le ministre russe. Il faisait ainsi référence au référendum de 1974.
 

Un référendum d'autodétermination aux Comores

A cette époque Mayotte faisait encore partie des Comores, et les quatre îles de l'archipel étaient colonisées par la France. Lorsque le temps de l'indépendance fut venu, un référendum a été organisé. Dans trois des quatre îles comoriennes (Grande Comore, Mohéli et Anjouan), les votants à 95% se sont exprimés pour l'indépendance. A Mayotte, le non à l'indépendance l'a emporté à près de 64%.
 
La loi permettant de distinguer les résultats île par île, la France a depuis conservé Mayotte dans son giron, une décision régulièrement contestée par les Comores. En 1976, l'Assemblée générale des Nations unies avait alors considéré que les référendums imposés aux habitants de l'île comorienne de Mayotte constituaient "une violation de la souveraineté de l'Etat comorien et de son intégrité territoriale". Elle les avait condamnés et considérés comme nuls et non avenus. Restée française, Mayotte est devenue un département en 2011.
 

La Crimée rattachée sur référendum

Quarante ans plus tard, le 16 mars 2014, c'est la Crimée, province de l'Ukraine qui a voté en faveur de son rattachement à la Russie. Historiquement, la Crimée faisait partie de la Russie jusqu'en 1954 et son annexion à l'Ukraine au sein de l'URSS, sur un décret  de Nikita  Khrouchtchev.
Depuis l'éclatement de cette dernière, la Crimée était restée dans l'Ukraine, devenue un état souverain. L'organisation du référendum puis le rattachement effectif de la Crimée à la Russie a été accueilli très défavorablement par les grandes puissances occidentales.
 
Début mars, le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius, avait détaillé  les raisons de son opposition à ce référendum. "En droit international on ne peut pas faire un référendum pour modifier des frontières. Imaginez un département de France qui demande son indépendance !", s'était-il exclamé.
 

Croisement de points de vue

Dans une interview accordée au média gouvernemental  La Voix de la Russie, le politologue Bertrand Badie,  notait la différence de point de vue internationaux sur ces deux situations. "Lorsque ce référendum est intervenu aux Comores, la France a soutenu le point de vue du droit séparatiste (…)Là on voit l’inverse, les occidentaux s’insurgent contre le principe séparatiste tandis que la Fédération de Russie soutient le processus de séparation de la Crimée. Il y a une sorte de croisement de points de vue et d’échange de perspective qui est quand même assez remarquable du point de vue des relations internationales."
Publicité