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Procès Elisor : les contradictions d'Amadou Fall

Depuis vendredi, tous les regards sont braqués sur lui. Amadou Fall, 24 ans, principal accusé du meurtre de Claudy Elisor, comparaît libre devant la cour d'assises de Bobigny. Il a reconnu les faits lors de sa garde-à-vue, avant de se rétracter. Compte-rendu d'audience au troisième jour du procès.

Cour d'assises de Bobigny © MK / la1ere.fr
© MK / la1ere.fr Cour d'assises de Bobigny
  • Par Maïté Koda
  • Publié le , mis à jour le
C'était très tôt dans la matinée du 1er janvier 2011, quelques instants après l'agression de Claudy Elisor, le DJ guadeloupéen tué dans une tragique soirée de réveillon au Blanc-Mesnil. La mère d'Amadou Fall se souvient que son fils avait tenté de ramener une jeune fille chez lui.  Elle raconte qu’il a fait demi-tour après l’avoir aperçue, elle qui dormait alors dans le salon.

C’est elle, assure la mère, qui a convaincu son enfant d’1m97 de  se rendre à la police. Elle le savait recherché, elle voulait qu’il aille s’expliquer. Elle décrit ses larmes qui coulaient lors de leur discussion. " Mon enfant ne ferait pas de mal à une mouche, affirme-t-elle. Il est grand, c’est tout".
 
 

Jamais formellement identifié

Vendredi à l'ouverture du procès, Amadou Fall avait raconté son enfance ballottée et ses rêves avortés.  Il sait qu'il encourt trente ans de prison, même si les témoignages divergent. Certains l'ont reconnu sur photo, d'autres l'ont confondu. Avec son oncle, qui dispose d'un alibi. Ou avec Alassane Diop, lui aussi sur le banc des accusés.

Lundi, Tania, l'une des convives de la soirée, était à la barre. Elle avait décrit avec précision les détails de l'agression, se souvenant jusqu'aux couleurs vives de la chemise de Claudy Elisor, et des chaussures Nike, "des requins", du meneur de la bande. Jusqu'à présent, elle est la seule à avoir systématiquement désigné Amadou Fall sur les photographies que les enquêteurs ont pu lui présenter.

Le président de la cour d'assises a alors demandé à Amadou Fall de se lever. "Pouvez-vous formellement l'identifier?", demande-t-il à la jeune femme de 23 ans. Depuis trois jours, la question est redondante. Comme à chaque fois, Amadou Fall a déplié sa longue silhouette. Le visage fermé, il relève bien haut son menton et fixe le témoin.
"Non", a répondu Tania.
 
 

"Je suis désolé pour la famille"

Ce mardi, l'accusé écoute le président lire ses déclarations, enregistrées lors de sa garde-à-vue. Elles remontent au mois de janvier 2011. Amadou Fall avait d'abord tout nié en bloc. Puis il a admis être revenu au Château d'Egypte, où se déroulait la soirée, et avoir frappé Claudy Elisor, "pour se défendre".
 
 
"A un moment, je l'ai vu allongé au sol, il était en train de se relever. J'ai voulu lui faire une balayette, il est retombé", lit le président qui poursuit "Tout ça est de ma faute, j'en assume l'entière responsabilité, je suis désolé pour la famille"
 
Le  magistrat relève la tête : "Il n'y a rien de vrai là-dedans ?"

"Y'a des choses vraies, concède l'accusé. Notamment la façon dont j'étais habillé". Le reste il explique ne l'avoir dit que "sous la contrainte et la pression policière". Amadou Fall a maintenant une autre version des faits. Il affirme avoir été évincé une première fois de la soirée. Ensuite, il a averti ses amis d'une "embrouille au Château", avant de poursuivre son chemin et de croiser une jeune fille, introuvable depuis, qu'il tente en vain, de séduire.

 
"Même les témoins ont changé de version"

Après un silence, le président prend la parole : "C'est l'occasion. Vous devez la vérité, aux victimes, et à vous-même. Vous devez dire si c'est vous qui avez participé aux violences".
La salle, bondée, se fige.
"J'ai dit la vérité. Je sais même pas pourquoi on doute de moi, rétorque Amadou Fall. Même les témoins ont changé de version !", avance-t-il.

Les bras croisés, vêtu d'un jean et d'un pull noir, il parle désormais avec assurance : "Faites un an en prison, on verra si c'est très peu", rétorque-t-il à Me Tacita, avocate de la partie civile, qui lui reproche d'avoir oublié des déclarations remontant à mai 2013.

Il demande ensuite à l'avocate générale qui le questionne, si elle a "déjà fait 24 heures de garde-à-vue". Avant de s'impatienter: "De toute façon, si tout le monde avait fait son boulot normalement, on ne serait pas deux dans le box. On serait plusieurs".
 

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