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La Fédération Nature Environnement critique le futur "Grand port maritime de Guadeloupe"

Alors que le rapport du commissaire enquêteur est désormais connu à propos du Grand port maritime de Guadeloupe, la Fédération Nature Environnement dit son hostilité à ce projet, déjà critiqué par l'Autorité Environnementale. 
Interview du porte-parole de la FNE. 

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  • la1ere.fr
  • Publié le , mis à jour le
Le Grand Port Maritime de Guadeloupe souhaite s’agrandir pour pouvoir accueillir les portes conteneurs du futur, ceux qui pourront bénéficier de la nouvelle écluse du canal de Panama. Le projet vient de franchir une nouvelle étape. Depuis le 12 mai 2014, le rapport du commissaire enquêteur est publié sur le site internet de la préfecture. Un rapport qui fait suite à une enquête publique menée sur l’île en février et mars 2014.
L’URAPEG, l’Union Régionale Associations Patrimoine Environnement de Guadeloupe, membre de la FNE, la Fédération Nature Environnement, s’est déclarée contre ce projet fortement critiqué par l’Autorité environnementale, un groupement d’experts indépendant.
La 1ere a interviewé  Benoit Hartman, le porte parole de la FNE.
 
 
La 1ere - Pourquoi la FNE a émis un avis défavorable ? Qu’est-ce qui vous interpelle dans ce projet ?
Benoit Hartman : On a vraiment l’impression que dans l’étude d’impact, un certain nombre de questions n’ont pas été posées alors qu’elles sont indispensables. Une des premières questions, c’est l’opportunité économique, sociale et environnementale de ce projet. Est-ce qu’on a vraiment intérêt à ce que la Guadeloupe aille capter ces nouveaux navires gigantesques ? Cette question n’a pas été posée.

Si demain, l’activité portuaire explosait et était multipliée par 5 ou 10 en Guadeloupe, quelles seraient, par exemple, les conséquences pour la qualité de l’air ? On sait que ces navires gigantesques ont un effet désastreux sur la qualité de l’air. Par ailleurs, l’étude d’impact mentionne un dragage de plusieurs millions de m3 de sédiments dans le chenal de Jarry. Première chose : on a vu des décalages énormes entre la présentation qui nous a été faite et le document publié récemment. Parfois on parle de 3 millions de m3, parfois de près de 7 millions. Or, on parle de sédiments pollués parce qu’on sait que les sédiments portuaires sont pollués et encore plus avec le Chlordécone qui est arrivé jusque dans ces sédiments portuaires. On a relevé des traces de Chlordécone jusqu’à 6 mètres de profondeur. Et dès qu’on va commencer à brasser cette vase, on va mettre en suspension ces polluants, c’est inévitable.

Quand on fait un dragage, on créé une pollution par mise en suspension. Et ces sédiments, on en fait quoi ensuite ? Ce qui est prévu, c’est d’aller les larguer aux larges. Alors on nous dit « on va les larguer dans une zone très profonde, à un endroit où on ne pêche pas ». C’est faux ! On est à 2 km d’une des nouvelles zones de pêche mise en place parce qu’on ne peut plus pêcher le long du littoral en raison du Chlordécone. Donc sur de nombreux points, on a l’impression que cette étude d’impact a été faite à l’emporte pièce.
 

Le port avance pour argument qu’il va créer des emplois pour les guadeloupéens.
On comprend que cet argument fonctionne très bien dans une période de crise mais l’emploi ne peut être l’alpha et l’oméga d’une politique. Si demain, créer temporairement des emplois sur le port provoque la destruction du récif ou des herbiers avec lesquels se nourrit la faune marine locale, c’est une partie des activités de pêche et de tourisme qui va s’effondrer. Et en fait, cela revient à dire que l’on tue la poule aux œufs d’or car la production de richesse en Guadeloupe vient beaucoup de son milieu naturel.

Par ailleurs, est-ce que ce projet va être vraiment créateur d’emplois pour les guadeloupéens ? On sait très bien que les grands navires sont souvent sous pavillons de complaisance avec des salariés à bord qui sont panaméens, qui viennent de destination où les salaires et les conditions de travail sont absolument inacceptables et malheureusement ça ne créée pas tant d’emplois que cela. Tous les guadeloupéens ne vont pas devenir des dockers ! L’activité portuaire est de surcroît fortement automatisée.
 
L’arrêté préfectoral doit être bientôt publié. Il donnera son feu vert à ce projet. Que va faire la FNE, la Fédération Nature Environnement ?
La première chose, c’est de continuer à avoir ce dialogue avec les autorités pour faire évoluer le projet afin qu’il soit le moins impactant possible. Par ailleurs, en plus de cette activité de conseil, on va aussi continuer à avoir notre vigilance habituelle. Nous sommes capables d’avoir des recours juridiques. Il y a un certain nombre de failles qui se sont fait jour. Par exemple : l’étude d’impact n’étudie que les impacts de la première phase des travaux. Or légalement, une étude d’impact doit étudier l’ensemble des impacts pour l’ensemble du projet parce que c’est une perturbation longue du milieu. Donc, nous nous réservons le droit d’agir en justice. 
 
Quelle est la politique américaine face à ces gros navires qui vont bénéficier de cette nouvelle écluse du canal de Panama ?
B. H. : La gestion des gros navires aux Etats-Unis est beaucoup plus exigeante que la politique européenne, en particulier sur la question environnementale. Il est interdit aux très gros navires de s’approcher des côtes américaines afin de préserver la population de toute pollution. Il faut savoir que le carburant utilisé par ces navires est solide à l’état naturel. Pour le maintenir liquide, il faut chauffer les cuves. C’est du fioul lourd ! Comme dans l’Erika. C’est tellement polluant que les américains refusent de les accueillir sur leurs côtes ! Résultats, l’activité de transbordement explose dans la Caraïbe. On se rend bien compte que malheureusement, c’est aussi un marché de la pollution qui est en train de s’ouvrir.
 
La Caraïbe s’expose donc à un risque de marée noire ?
 Il y a la même quantité de pétrole dans ces énormes bateaux que dans L’Amoco Cadiz, donc en acceptant ces navires gigantesques sur ses côtes, la Guadeloupe augmente sensiblement son risque de marée noire. Des marées noires sans commune mesure avec celles qu’on a pu connaître.
 
Un projet de ce type doit-il anticiper ces risques ?
Il est obligé d’anticiper ces risques. Dans l’étude d’impact on doit aussi malheureusement envisager le risque accidentel. Quelles mesures vont être prises si d’aventure il y avait une marée noire gigantesque sur les côtes de Guadeloupe du fait d’un échouage de ces navires ? Pour l’instant, nous n'en savons rien. 
1 400 766 167
Le rapport du commissaire enquêteur est publié

Le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur sont tenus à la disposition du public pendant une durée d’un an à compter de la date de clôture de l’enquête publique, soit jusqu’au 7 mars 2015. Vous pouvez les consulter sur le site internet de la préfecture mais aussi sous sa forme papier à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre et dans les mairies de Baie-Mahault, de Gosier, de Goyave, de Petit-Bourg et de Pointe-à-Pitre.

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