Du Canada à Paris, bataille de communication et de recrutement autour du Nickel.

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Mineur sur le massif de nickel du Koniambo en Nouvelle-Calédonie ©Alain Jeannin
Koniambo-Nickel qui recrute désormais au Canada, l'association "Mon Nickel" qui communique à Paris, le "métal du diable" est au centre de toutes les attentions. En oubliant, derrière le rideau de fumée d'une communication habile, la nouvelle baisse des cours du métal au LME de Londres.
Près de 200 personnes réunies dans un hôtel de Trois-Rivières au Québec pour s'informer des offres d'emploi en Nouvelle-Calédonie. Le lendemain, l'équipe de recrutement de Koniambo-Nickel était à Saguenay-Lac-Saint-Jean, toujours dans le cadre d'une tournée québécoise visant à recruter des dizaines d'ingénieurs et de techniciens d'expérience.

La campagne de recrutement de la direction de KNS continue donc. Avec toujours cette intéressante proposition faite aux métallurgistes canadiens: " venir travailler en Nouvelle-Calédonie pour y vivre une aventure humaine incroyable". Pourtant, comme le raconte Le Nouvelliste, journal du Québec, la directrice canadienne de Koniambo  n'a pas caché que les débuts de l'usine du Nord ont connu : "des petits et des immenses problèmes".

Des révisions à la baisse des prévisions de production

Hasard du calendrier, le très sérieux Financial Times s'était déjà fait l'écho courant mai, et pour la seconde fois en quelques mois, des soucis rencontrés par l'usine du Nord. Et à la meilleure source, puisqu'il s'agit de propos tenus par le patron de Glencore, Ivan Glasenberg, actionnaire à 49 % du projet depuis qu'il a absorbé Xstrata. Dans le quotidien financier, ce dernier a confirmé les nombreux problèmes de l'usine du Nord. 

Yvan Glasenberg semble aussi ne pas se remettre de la facture de 6 milliards de dollars : " Koniambo n'a produit que 1000 tonnes de nickel dans les premiers mois de 2014, nous sommes en train de réviser nos prévisions de production, Glencore s'attendait à un niveau de production de 26 000 tonnes en 2014". Et Yvan Glasenberg de conclure : " Glencore s'est vu contraint de réviser les plans d'ingénierie et de production laissés par le management d'Xstrata".
 

Concilier le développement durable et les profits financiers du nickel:  comme une légère contradiction…


L' insistance de Glencore à souligner que l'usine du Nord rencontre d'importants problèmes de fourniture en minerai et en énergie est étonnante dans un milieu traditionnellement très discret. Dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, l'ambiance n'est pas peut-être pas au beau fixe autour du Koniambo. 
Dans ce contexte, on ne peut que souligner l'habileté de la SMSP, le partenaire calédonien majoritaire du projet: les soucis de fonctionnement et de rentabilité de l'usine du nord relèvent en effet de la multinationale venue chercher l'or vert en Nouvelle-Calédonie. Au départ du projet elle s'appelait Falconbridge qui fut absorbée par Xstrata qui le fut à son tour par Glencore, la multinationale Anglo-Suisse. 

L'empressement de l'équipe de direction de KNS issue d'Xstrata à réaliser au plus vite et avec succès la dernière campagne de recrutement ne serait donc pas sans rapport avec le mécontentement de Glasenberg, le nouveau patron de l'usine du Nord. Comme le déclare Chantal Francoeur qui dirige le management passé sous la coupe de Glencore : " le temps est notre pire ennemi". Et d'autant plus que les dirigeants et actionnaires de la multinationale anglo-suisse n'ont pas la réputation d'être tendre quand il s'agit de faire un bilan d'exploitation...

Au même moment à Paris, les deux fondateurs de l'association "Mon Nickel" présentaient leur vision lisse et "politiquement correcte" de l'économie calédonienne du Nickel

De l'actualité, il n'était pas question, jeudi soir, à la maison de la Nouvelle-Calédonie. La jeune association appelée " Mon Nickel " organisait sa seconde "conférence ", en réalité une réunion d'information et de communication à destination d'une trentaine d'étudiants calédoniens. Mon Nickel a été fondé par deux jeunes managers parisiens d'origine calédonienne, Edouard Martin et Erwann Kerouredan. Pour l'occasion étaient invités Anne Duthilleul chargée de mission sur les grands projets miniers Outre-Mer et Christophe Stalla-Bourdillon expert en relations internationales.
S'en est suivi un exposé intéressant, précis, mais hors actualité, sur le nickel en Nouvelle-Calédonie.

Thème abordé parmi d'autres, celui d'un fond "souverain" calédonien pour les générations de "l'après-nickel".

Ce fond d'investissement serait financé par une taxe sur les entreprises ou sur les profits du nickel. Mais avec un obstacle et de taille; Vale et Glencore les deux multinationales du nickel en Nouvelle-Calédonie sont exonérées d'impôts et de taxes pendant vingt ans. Les conférenciers proposeront également de "profiter des cours élevés du nickel à la bourse de Londres", sauf que, les cours du nickel au LME sont redescendus, pas de quoi pavoiser.
A la question d'actualité sur le dernier accident industriel chez Vale, qualifié de " mineur " par un intervenant, pas d'autres réponses qu'un silence un peu pesant. Pour conclure, la SLN, l'usine du Nord et celle du Sud ont été présentées comme des entités presque identiques. Le dernier-né des "réseaux parisiens" rassemble donc, autour d'un intérêt commun pour " Mon Nickel", des ingénieurs et gestionnaires financiers d'origine calédonienne, qui ne travaillent pas -ou pas encore- précisons le, pour Vale et/ou Eramet...