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Théâtres d’Outre-mer en Avignon : "Un archipel de solitudes"

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De gauche à droite : Joël Jerdinier, Harry Baltus et Dominik Bernard dans "Un archipel de solitudes", une pièce de Frantz Succab, mise en scène par José Jerdinier (production Compagnie Savann') ©philippe triay/la1ere.fr
Tous les jours de cette semaine, La1ere.fr vous emmène en Avignon, dans le cadre des Théâtres d’Outre-mer en Avignon (Toma) et du Festival "Off". Aujourd’hui, "Un archipel de solitudes", une comédie dramatique interprétée par la compagnie Savann’ de Guadeloupe. 
Ce 9 juillet à 22h15, la pièce "Un archipel de solitudes" (programmée dans le cadre du "Off", et non spécifiquement par les Toma), porte bien son nom. En ce jour de deuxième demi-finale de la Coupe du monde de foot, seulement deux spectateurs ont fait le déplacement. Dont l’auteur de ces lignes, qui couvre le Festival. Et du coup, les trois acteurs sont plus nombreux que le public ! Pas facile, la vie de comédien ! Mais avec plus de mille spectacles par jour durant le Festival "Off" d’Avignon, les salles désertées sont malheureusement monnaie courante.
 

Accents grandioses

Qu’à cela ne tienne, les acteurs (Harry Baltus, Dominik Bernard, Joël Jernidier), professionnels jusqu’au bout des ongles, jouent le jeu. Pour nous tout seuls, et pour notre ravissement. Car la pièce, écrite par le Guadeloupéen Frantz Succab et mise en scène par son compatriote José Jernidier, a des accents grandioses.
 
Au début, on croit à un pastiche du film "Les Trois frères". Trois frères guadeloupéens se réunissent en effet au pays quelques temps après le décès de leur mère. Mais l’objectif n’est pas de récupérer un hypothétique héritage, c’est de créer un spectacle. Point de départ, une vague "intention d’auteur" manuscrite sur un feuillet. Ainsi le déroulé de la pièce semble-t-il se construire devant le spectateur, un théâtre s’organisant dans le théâtre. Parfois les acteurs jouent… les acteurs, parfois ils sont eux-mêmes. Durant ces dédoublements permanents, le public est quelquefois invité à attendre que les personnages se consultent, et un petit panneau signalant "Atann !" ("attendez !" en créole guadeloupéen) est brandi à leur intention.
 

Entre drôlerie et gravité

La pièce alterne entre drôlerie et gravité, dans un décor minimaliste et devant une bouteille de rhum. Les trois frères, Pat et Tik, qui résident en Guadeloupe, et Dolor, qui vit dans l’hexagone, explorent l’univers de la psyché guadeloupéenne (et antillaise). Les dialogues, émaillés d’expressions créoles, sont brillants, passant du comique à la réflexion philosophique.
 
Un grand nombre de problématiques sont abordées dans le spectacle : la crise économique en Guadeloupe et la grève générale de 2009, l’exil, l’identité, la famille, la maladie, le langage, la sujétion, la xénophobie… Autant de thèmes mis subtilement en relation et qui résonnent non seulement chez les Antillais mais de manière universelle. La pièce comporte plusieurs niveaux de lecture, avec en filigrane un secret décliné sur le mode d’une histoire familiale passionnante, où le passé se mâtine de "quimbois" (magie aux Antilles).
 
A la fin du spectacle, on applaudit chaudement, à quatre mains. L’avantage d’être deux spectateurs, c’est de pouvoir échanger longuement avec les acteurs après la représentation, en toute simplicité. Sur la pièce, leurs attentes, leurs projets, et d’autres choses encore. Un peu plus tard, des amis les rejoignent, dont la dramaturge guyanaise Valérie Goma, pour aller boire un verre. C’est ça, finalement, le "Off" d’Avignon. De belles et d’inoubliables rencontres. On est comblé.
 

EXTRAIT : "Un archipel de solitudes", (compagnie Savann’, Guadeloupe), Avignon, 9 juillet 2014


 

Compagnie de théâtre SAVANN'
Direction artistique : Harry BALTUS
Portable : 0690.17.07.01
Mail : harry.baltus@hotmail.fr

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