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Nickel : un été en pente douce, un automne incertain

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Didier Julienne (08/07/13)
Didier Julienne invité de NC 1ère ©Nouvelle-Calédonie 1ère

A Londres, la progression des cours du nickel est interrompue. L'euphorie du printemps est passé.  Retour sur un "été en pente douce" avec Didier Julienne, le spécialiste français des matières premières et de l'économie du nickel, notamment calédonienne.

 

La1ere.fr : 21 500 dollars la tonne de nickel au mois de mai, 18 640 dollars ces derniers jours, les cours mondiaux du nickel n'ont pas profité de l'été, pourquoi ?
Didier Julienne : Parce que l'attente créée au printemps était bâtie par quelques fausses espérances qui se focalisaient sur la situation indonésienne, facile à comprendre, mais les responsables de ces prévisions négligeaient la possibilité d'autres fondamentaux du marché plus complexes. C'est le présage qui devient irrationnel lorsqu'il méjuge la force de l'imprévu.
 
-Le banquier australien Macquarie et le négociant en métaux Trafigura envisagent néanmoins une baisse rapide des stocks de nickel voir une pénurie et un cours à 25 000 dollars la tonne en 2015, quelle est votre analyse ? 
Je me suis déjà exprimé sur l'élaboration de ces prévisions de prix au mois de juin dernier et l'évolution des cours me donne raison. Ces prévisions sont basées sur le moment présent et elles changent,  par définition, assez souvent car il est déconcertant que l'importante fécondité de l'inattendu puisse y être parfois ignorée. En outre elles profitent d'une faiblesse du mineur pour qui les bonnes nouvelles, c'est à dire une prévision de hausse des prix, à un très fort pouvoir hypnotique.
 
-Les entrepôts du LME en Asie sont pleins à craquer de métal de nickel, à Singapour, mais aussi à Johor en Malaisie, de quoi calmer la spéculation à la  hausse ?
 C'est exact, pour le moment. Ce sont les stocks cachés que j'annonçais dans vos colonnes en février dernier. Ils surgissent notamment à la suite du scandale financier du port chinois de Qingdao et donc des exportations chinoises de nickel  vers les entrepôts du LME de Malaisie, mais également de transferts de stocks australiens. L'état d'esprit calculateur pouvait voiler ces fortes éventualités.
 
-Les Philippines profitent de l'embargo indonésien pour vendre leur nickel aux chinois, c'est un coup de poignard dans le dos ?
C'est un juste rééquilibrage du marché du nickel, il est mondialisé et chacun y agit selon ses propres intérêts. Par ailleurs la réglementation indonésienne d'exportation de minerai a déjà été légèrement assouplie. Il est vrai comme nous en discutions déjà en février que les mineurs philippins et leurs sous-traitants sont probablement plus sereins que ceux d’Indonésie ;  le même  sentiment vaut pour les apports de la ressource minière aux balances commerciales  des deux pays.
 
-Le gouvernement indonésien maintient son embargo sur les exportations de minerai de nickel afin d'obtenir la construction d'usine métallurgique sur son sol, il vient d'annoncer 102 projets d'usines de nickel, c'est du bluff ?
Je ne le pense pas, c'est une doctrine minière nouvelle et assumée qui aura les inconvénients de ses avantages. Sous un aspect, c'est un rattrapage lorsque l'on compare la future production métallurgique indonésienne locale à, par exemple, celle existante en Nouvelle-Calédonie.
 
-Un nickel bon marché produit par des usines "low cost" en Indonésie, c'est une menace à l'horizon pour la concurrence et notamment les trois usines calédoniennes de nickel ?
Certainement et la Nouvelle-Calédonie a une fenêtre de tir étroite, jusqu'à la fin 2015, pour bâtir sa Doctrine Nickel, c'est à dire pour se mettre en ordre de marche et affronter cette nouvelle concurrence. Il deviendra difficile d'ignorer cette dernière lorsqu'elle sera composée d'usines chinoises de NPI ( basse teneur en nickel ) neuves, propres, économes... implantées sur des sites miniers en Indonésie, et approvisionnées par de nouvelles usines électriques financées par la Chine qui exporteront vers la Chine via de nouveaux ports financés également par des capitaux chinois.
La Nouvelle-Calédonie n'a plus de temps à perdre.
 
-Les producteurs européens d'acier inoxydable, Aperam ou Thyssen, accordent une grande importance à la qualité du nickel qu'ils utilisent. Le SLN 25 d'Eramet, le KNS 33 de la SMSP ou encore celui de Vale sont réputés pour la régularité de leurs composants. Nickel, fer, chrome, cet alliage réputé made in Calédonie sera-t-il un atout pour conserver ces clients face aux productions émergentes de nickel?
Rien n'est moins certain,  le prix est également important.
 
Didier Julienne sera l'invité du journal InfoMidi sur France Ô lundi 1er septembre à 12H30.
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