Le Noël cubain égayé par la perspective de normalisation avec les USA

monde
cuba, noel
Préparation des fêtes de Noël dans les rues de La Havane, le 23 décembre 2014. ©YAMIL LAGE/AFP
Les Cubains ont célébré Noël, une fête de plus en plus importante sur l'île après une longue période d'interdiction et qui se voit agrémentée cette année d'une forme de cadeau anticipé : le rapprochement USA - Cuba. 
Partout dans l'île, les maisons, immeubles, centres d'affaires, boutiques et supermarchés d'Etat, restaurants privés et hôtels arboraient les décorations scintillantes interdites au lendemain de la révolution des "Barbudos" de 1959. Les célébrations de la Nativité n'avaient été de nouveau autorisées qu'en 1998, après une visite historique du pape Jean Paul II dans ce pays où le catholicisme est largement supplanté par les cultes syncrétiques afro-cubains. "Noël était une tradition très enracinée à Cuba, avant de s'interrompre pendant 38 ans, ce qui n'est pas rien. Et elle commence malgré tout à rejaillir" chaque année davantage, souligne Jose Felix Perez, secrétaire de la Conférence épiscopale cubaine.
        
Dans les rues de La Havane, de nombreux automobilistes ont paré leurs tableaux de bord des ornements coutumiers (guirlandes, petits sapins, poupées de père Noël. Des décorations plus sobres garnissent grilles et jardins des ambassades et de la Section des intérêts américains qui devrait bientôt retrouver son statut d'ambassade suspendu depuis 1961, à la faveur de l'annonce historique du rapprochement USA-Cuba la semaine dernière.
        

Paniers garnis

Les magasins d'Etat ont renoué avec les paniers garnis et les restaurants et hôtels ont rivalisé d'offres spéciales pour de fastueux dîners de Noël aux tarifs souvent bien supérieurs au salaire moyen local, qui avoisine les 20 dollars mensuels.
                  
Dans d'autres quartiers, écoles et crèches mobilisaient enfants et parents pour des célébrations de la fête chrétienne. Faute de sapins sur cette île au climat tropical, ce sont les pins et les arbres en plastique qui reçoivent boules et guirlandes. "Avant il n'y avait pas ces décorations de Noël, c'est totalement nouveau", témoigne un diplomate latino-américain qui a effectué de multiples séjours à Cuba ces dernières décennies.
                  
noel cuba 2
Un sapin de Noël dans un immeuble de La Havane, en décembre 2014. ©YAMIL LAGE/AFP

D'habitude, sur l'île communiste, il était plutôt de bon ton de fêter le Nouvel An, qui correspond à la victoire de la Révolution de Castro, le 1er janvier 1959. Mais Noël est de plus en plus présent, même si cette fête n'atteint pas encore le même degré d'adhésion - ou de consumérisme - qu'ailleurs en Amérique latine ou en Occident. "L'esprit de Noël, comme célébration traditionnelle, est en plein essor", constate le religieux Jose Felix Perez.
 
Auparavant férié, le 25 décembre devint jour ouvré au début des années 1960, au moment de fortes tensions entre le régime cubain et l'Eglise catholique. A l'époque, les familles les plus croyantes devaient célébrer Noël dans la discrétion, en déjouant la surveillance des Comités de défense de la révolution (CDR) déployés dans tout le pays.
        

"Seul Dieu fait des cadeaux"...

Fidel Castro a rétabli le jour férié de Noël en 1998, mais la tolérance n'est devenue totale qu'avec l'arrivée au pouvoir de Raul Castro, qui a remplacé son frère à partir de 2006. En 2010, les autorités ont ouvert un dialogue avec l'Eglise, qui a débouché sur la libération de 130 prisonniers politiques et sur la restitution à l'épiscopat de biens nationalisés dans les années 1960.
        
Ce rapprochement avait aussi permis à son principal artisan, le cardinal Jaime Ortega, de célébrer en 2010 une messe de Noël dans une prison pour la première fois depuis plus d'un demi-siècle. Et à la faveur d'une visite de Benoit XVI en 2012, Raul Castro avait également rétabli le vendredi Saint comme jour férié.
        
Pour de nombreux Cubains profondément marqués par la crise et les pénuries de la "Période spéciale" des années 1990, après l'effondrement du bloc soviétique, le rapprochement avec les Etats-Unis a été perçu comme un cadeau de Noël avant l'heure. Toutefois, corrige le prêtre Jose Felix Perez, "seul Dieu fait des cadeaux"...