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L’ancien directeur du journal satirique de la Réunion frôle la prison pour diffamation

justice
Le Tangue
Quelques unes du mensuel satitrique Le Tangue, dont celle du n°6, qui dressait un portrait de J.Tillier ©Page Facebook Le Tangue
Ancien directeur de publication du journal satirique, Le Tangue, à la Réunion, Nicolas Bérard a été interpellé, jeudi dernier. Poursuivi pour diffamation, il a bien failli finir en prison. Une histoire qui amuse l’auteur de la plainte et ancien PDG du Journal de l’île, Jacques Tillier.
Il est 7h30, le jeudi 29 janvier, à Allauch, près de Marseille. Un coup de sonnette et quelques minutes plus tard, Nicolas Bérard est sorti de son lit par deux policiers. "Ils avaient en main un mandat d’amener, ils me l’ont lu en m’annonçant qu’ils devaient me transférer à la Réunion", raconte le journaliste.

Un transfèrement hors de prix

Ancien directeur de publication du journal satirique, Le Tangue, à la Réunion, Nicolas Bérard est interpellé pour une plainte en diffamation. "C’était hallucinant ! Les policiers eux-mêmes n’en revenaient pas, raconte le journaliste. En lisant le mandat, ils me disaient : mais vous risquez une amende pour diffamation, on va quand même pas payer des billets d’avions pour vous envoyer à la Réunion alors qu’au commissariat il n’y a même pas d’argent pour acheter des crayons ! ".

A l'origine de cette interpellation, une plainte contre Nicolas Bérard, pour diffamation et injure. Elle a été déposée par Jacques Tillier. Le journaliste, ancien PDG du journal de l’île de la Réunion,  n’avait pas apprécié un portrait de lui paru, en 2013, dans le Tangue. (Le journal a cessé toute publication en mai 2014).
Le tangue Jacques Tillier
©Le Tangue

Une convocation manquée

Depuis, l'affaire est devant la justice. "Je n’ai pas pu me rendre à une convocation dernièrement, mais j’avais prévenu le tribunal", explique Nicolas Bérard. Cela n’a visiblement pas suffi puisque ce mandat d’amener a été délivré par la juge d'instruction du tribunal de grande instance de Saint-Denis, à la Réunion. "Pour moi c’est une erreur, avance Nicolas Bérard. La juge, elle, parle de problème de communication".

En cellule plusieurs heures

Jeudi dernier, après le passage des policiers, Nicolas Bérard est donc emmené au commissariat à Marseille puis au Tribunal de Grande Instance où il va patienter en cellule, avant de s’entretenir avec le juge des libertés et de la détention. "Je savais pourquoi j’étais là, mais c’était surréaliste. Tellement incroyable que je ne savais plus à quoi m’attendre, raconte le journaliste qui a dû retirer montre et affaires personnelles avant d'être isolé.
Dans sa cellule, Nicolas Bérard cogite et ne croit pas à son transfèrement à la Réunion. "J’imaginais une visio-conférence mais pas un transfèrement. Il aurait fallu payer les billets d’avion pour moi et deux policiers qui puissent m’accompagner, ça aurait coûté au moins 8 000 euros". 

Menotté devant le juge

Le journaliste est ensuite menotté puis présenté au juge des libertés et de la détention qui estime qu’un transfèrement est "aberrant" et "non justifié". "Ne serait-ce que pour la bonne gestion des deniers publics", aurait précisé le magistrat.
D’autant que si le mandat d’amener avait été effectif, Nicolas Bérard aurait dû rester en détention à la prison des Baumettes, le temps d’être emmené, par avion, à la Réunion. Finalement Nicolas Bérard a pu rentrer chez lui dans l’après midi.

Jacques Tillier s’en amuse

Contacté par la 1ere.fr, Jacques Tillier, auteur de la plainte pour diffamation, comme à son habitude, ne fait pas dans la dentelle : "Ça lui fera les pieds. Quand j’étais à la Réunion, j’ai eu entre 45 et 60 plaintes pour diffamation, je n’ai jamais demandé la moindre grâce". Amusé par cette histoire, Jacques Tillier s’en prend à Nicolas Bérard. "Si c’est ça le scoop de sa vie, je le plains. Par les temps qui courent, il y en a qui meurent, qui prennent des balles, qui sont pris en otage pour ce qu’ils écrivent, alors se faire arrêter, c’est vraiment pas grand-chose". 

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