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Quand Frédéric Mitterrand évoquait ses souvenirs de l'Outre-mer... Vraiment sans langue de bois !

Entre 2009 et 2012, Frédéric Mitterrand était ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy. Dans un livre-souvenir, "La récréation", il évoque à plusieurs reprises les Outre-mer, à sa façon ! Détonnant et étonnant... 

© BERTRAND GUAY / AFP
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  • Par David Ponchelet
  • Publié le , mis à jour le
"La récréation" est un ouvrage de 720 pages, paru en octobre 2013. Frédéric Mitterrand y décrit au jour le jour son parcours au ministère de la Culture, entre 2009 et 2012, alors que Nicolas Sarkozy était président de la République. Tantôt drôle, tantôt cruel, l'ancien animateur et producteur de télévision, neveu de François Mitterrand, porte un regard plutôt distancié et même amusé sur sa plongée en politique.

A l'occasion de plusieurs déplacements en Guyane, Guadeloupe, Martinique, à Mayotte, La Réunion et Saint-Pierre et Miquelon, il évoque les Outre-mer, vraiment sans langue de bois, avec des descriptions des élus locaux parfois étonnantes !
© DR
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Le président du conseil général de Guyane : "Joli petit cul"

Le ministre de la Culture s'est déplacé à plusieurs reprises en Guyane, notamment afin d'installer un centre des cultures guyanaises dans l'ancien hôpital Jean-Martial, dans le centre de Cayenne. A ces occasions, il a rencontré Alain Tien-Liong, le président du conseil général de Guyane, dont il dresse le portrait suivant : "Rigolo et rusé, il joue avec moi de son charme et de son joli petit cul moulé dans son jean Wonderbra". Cette allusion au physique du président du conseil général revient à trois reprises dans le livre !

Frédéric Mitterrand évoque par ailleurs la forte rivalité entre le président du conseil général et son homologue du conseil régional, Rodolphe Alexandre, "superpro de la politique, et porteur d'un projet politique ambitieux".


Christiane Taubira : "j'ai voté pour vous en 2002"

Frédéric Mitterrand a manifestement une certaine considération pour l'actuelle ministre de la Justice. Il raconte que, la croisant un jour à l'Assemblée, il lui confie avoir voté pour elle à l'élection présidentielle de 2002. "Elle s'arrête stupéfaite, puis elle rit : ++ça ne m'étonne pas de vous !++ Je ne sais pas trop comment je dois le prendre".  Il écrit également qu'à l'époque, lors des séances de questions d'actualité à l'Assemblée, Christiane Taubira était la seule députée d'Outre-mer à poser des questions pas uniquement liées aux Outre-mer.   



Juin 2010 : la Martinique, "Fort-de-France pauvre et triste"

En juin 2010, le ministre de la Culture est en Martinique. Voici ce qu'il en retient : "Fort-de-France est pauvre et triste, mal entretenue avec un beau patrimoine en deshérence. Tout ferme à six heures. Des quartiers sauvages s'accrochent sur les collines comme les favelas brésiliennes.  La mémoire d'Aimé Césaire est très vive. Tous les politiques s'en réclament pour mieux se déchirer. Le leader qui s'affirme, Serge Letchimy, vient des quartiers sauvages. Sa mère était une femme de ménage qui trimait chez les blancs. Grosse tête au crâne rasé, regard sombre, voix de basse. C'est un type rude, très à gauche, qui dénonce l'attitude coloniale de la République". 

En Martinique, Frédéric Mitterrand rencontre également Bernard Hayot, l'un des békés les plus influents de l'île : "D'une politesse raffinée, il est tout simplement là, immuable évidence", écrit le ministre à la date du 24 juin 2010.   



Marie-Luce Penchard et sa mère "Impératrice du bout du monde"

Frédéric Mitterrand est assez peu bavard sur celle qui fut ministre de l'Outre-mer dans le même gouvernement que lui. Voici ce qu'il en dit : "Marie-Luce Penchard est la fille de Lucette Michaux-Chevry ; Il faut le savoir pour le croire et elle n'a pas l'air d'apprécier qu'on le lui rappelle".

En revanche, à loccasion d'un déplacement en Guadeloupe, toujours en juin 2010, le ministre de la Culture est beaucoup plus bavard concernant Lucette Michaux-Chevry qu'il surnomme "L'impératrice du bout du monde" : "Chérie de Chirac, elle a obtenu de bourrer Basse-Terre d'institutions administratives pour éviter que sa ville ne tombe tout à fait dans une agonie fantômatique (...) Elle m'entraîne dans une biguine endiablée. A plus de 80 ans, Lucette est dans une forme olympique (...) Sur sa fille, comme un léger froid en pleine fournaise : ++J'en suis très fier, vous pensez bien, mais il ne faut pas qu'elle se surmène. Ministre de l'Outre-mer, vous ne trouvez pas que ça fait un peu colonial?++ "


Le mémorial Acte : "budget faramineux"

En juin 2010, le ministre est en tournée aux Antilles. En Guadeloupe, il visite le chantier du Mémorial Acte, monument dédiée à l'histoire de l'esclavage (NDLR : François Hollande l'inaugurera officiellement le 10 mai prochain, lors d'une visite officielle aux Antilles). Frédéric Mitterrand est apparemment sceptique : "Jeunes architectes enthousiastes, auditoire ardent, élus très pressants, budget faramineux. On nage en plein délire quand on voit tout ce qui reste à réparer. Je garde mes pensées pour moi".


Didier Robert : "Inculte, méfiant"

A l'occasion d'une visite à La Réunion, Frédéric Mitterrand est reçu par l'UMP Didier Robert, président du conseil régional. Le portrait qu'il en fait est assassin : "Très mauvaise impression du président du conseil régional : inculte, méfiant, sûr de lui"



Mayotte : les politiciens "d'une nullité afligeante"

Frédéric Mitterrand décrit Mayotte et ses élus  (dans son livre, en date du 2 décembre 2011) : "A Mayotte, la situation sociale est très mauvaise ; grèves et affrontements avec les forces de l'ordre ; les politiciens locaux sont d'une nullité affligeante". En revanche, le ministre ne tarit pas d'éloges à propos du musicien mahorais Mikidache, dont il soutiendra le projet de construction d'un zénith. 

 

Son voyage à Saint-Pierre et Miquelon

Finalement, la collectivité d'Outre-mer qui semble avoir séduit sans réserves Frédéric Mitterrand est Saint-Pierre et Miquelon. A plusieurs reprises il explique que ses collègues ministres et les membres de son cabinet ne comprennent pas son souhait d'une visite officielle dans l'archipel. "Qu'est-ce que tu vas foutre à Saint-Pierre et Miquelon ? C'était bon pour Chirac, mais toi, enfin, il n'y a rien à voir !" lui dit un ministre en juillet 2011 à la sortie du conseil des ministres. Mais quelques jours plus tard, du 28 au 31 juillet, voici le ministre de la culture à Saint-Pierre et Miquelon.

"Ce que je voulais voir sur ces îlots perdus, c'était la persistance d'une utopie, celle d'une poignée de Français isolés par l'histoire, la distance et le climat, à vouloir rester Français précisément, en s'accrochant de génération en génération à leur lopin de rochers désolés" (...) "A Miquelon, moins de mille habitants groupés autour de la belle église, on danse le quadrille à l'ancienne (...) c'était cela que je cherchais, ce battement de coeur de la culture que rien ne peut arrêter ni faire taire". 


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