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Christiane Taubira : "Eu sou quem eu sou" (Je suis comme je suis)

Dans une longue interview au quotidien brésilien O Globo, Christiane Taubira revient sur le terrorisme, les attaques racistes et la crise grecque. Elle en profite pour contredire Manuel Valls et reconnaît que "les jeunes fascinés par l’état islamique nous montrent clairement notre échec".

Christiane Taubira avoue que les insultes racistes qu’elle a subies ont laissé "des plaies". © THOMAS SAMSON / AFP
© THOMAS SAMSON / AFP Christiane Taubira avoue que les insultes racistes qu’elle a subies ont laissé "des plaies".
  • Par Laura Philippon
  • Publié le , mis à jour le
Que ça soit dans la presse française ou brésilienne, Christiane Taubira ne trahit jamais son franc parler. Dans une interview publiée, dimanche 5 juillet, dans le quotidien O Globo, la ministre de la Justice n’hésite pas à contredire le Premier ministre, Manuel Valls, en refusant de parler de "guerre de civilisation", face à l’état islamique. Christiane Taubira estime également que si l’Europe "n’arrive pas à amortir le choc des difficultés de la Grèce, elle sera fragilisée et cela marquera la vulnérabilité du projet européen". Enfin la garde des Sceaux guyanaise, se confie et reconnaît que les insultes racistes qu’elle a subies ont laissé "des plaies".
© O GLOBO
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"La voix forte d'un gouvernement faible"

Christiane Taubira a reçu au ministère Place Vendôme, une journaliste du quotidien brésilien O Globo. Se présentant avec quelques mots de Portugais, la Guyanaise née à Cayenne "n’a rien perdu de son intime relation avec ses voisins de l’autre côté de la frontière".

Dans l’article, le quotidien O Globo décrit la ministre comme "la voix forte d’un gouvernement faible", "celle qui marque la défense des idéaux et des valeurs". "Libre, elle montre les douleurs de la France et de l’Europe dans un moment de crise identitaire, de menace terroriste et d’angoisse avec le destin de la Grèce et de désorientation avec le traitement des migrants", écrit la journaliste.

Interview au quotidien brésilien "El Globo"PARIS - La Ministre arrive en parlant portugais. Elle est née à Cayenne, en...

Posted by Christiane Taubira on lundi 6 juillet 2015


"La sortie de la Grèce de la zone Euro serait un échec pour l’Europe"

Interrogée sur la crise grecque, Christiane Taubira estime que "la sortie de la Grèce de la zone Euro serait un échec pour l’Europe". "Cela fait huit ans que les Grecs sont en difficulté et font de lourds efforts, mais, je ne suis pas sûre que les responsables de cette situation aient été identifiés et punis", remarque la garde des Sceaux. Si l’Europe "n’arrive pas à amortir le choc des difficultés de la Grèce, elle sera fragilisée et cela marquera la vulnérabilité du projet européen", poursuit-elle.

"Ce n’est pas une guerre de civilisation"

Six mois après les attentats, Christiane Taubira refuse de parler de guerre de civilisation. "Ce n’est pas une civilisation contre l’autre. Le terrorisme n’est pas une civilisation", affirme la ministre qui contredit la position de Manuel Valls. Le 28 juin dernier, le Premier ministre avait emprunté cette expression controversée, déjà utilisée par l’ancien président Nicolas Sarkozy lors des attentats de janvier. "C’est une guerre politique, poursuit Christiane Taubira dans sa réponse à O Globo. Ce sont des personnes (les membres de Daesh, ndlr) qui ont un projet politique. L’interprétation de l’islam et la guerre aux infidèles ne sont qu’un prétexte".

© O GLOBO
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Sur le nombre de jeunes français engagés auprès de Daesh, la ministre de la Justice déclare : "Les jeunes fascinés par l’état islamique nous montrent clairement notre échec". "C’est un échec que de ne pas réussir à donner confiance en l’avenir, à ces jeunes fascinés par les crimes et la mort", estime Christiane Taubira qui remarque que ces jeunes viennent du monde entier, "y compris des petites îles des Caraïbes".

"L’Europe est désorientée"

Face à l’afflux de migrants clandestins, Christiane Taubira estime que "l’Europe est désorientée". "Elle s’est habituée à traiter des symptômes et a oublié de se demander quelles sont les causes". La ministre de la Justice veut combattre les réseaux criminels et accueillir les migrants. Elle propose "de donner l’asile politique aux cas qui le nécessitent et d’accueillir de manière provisoire ceux qui fuient la misère ou le changement climatique".

"Les attaques racistes m’ont laissé des blessures"

Interrogée sur les insultes et remarques racistes qu’elle a subies, Christiane Taubira raconte que c’est en rédigeant son livre "Paroles de liberté", chez elle, à Cayenne, qu’elle a eu une prise de conscience. "Je me suis rendu compte que les attaques m’avaient laissé des plaies". "Je ne suis ni fragile, ni vulnérable, je suis juste une personne de combat", poursuit la ministre avant de conclure : "Les combats ont un prix et le prix que j’ai payé a été divisé entre moi et mes enfants".

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